À Maroua, capitale régionale de l’Extrême-Nord, le gouvernement camerounais et le Groupe de la Banque africaine de développement ont officiellement lancé le mois dernier le programme « Bâtir les capacités et les compétences pour l’employabilité et l’entrepreneuriat dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun » CAP2E.
La cérémonie s’est tenue en présence de Midjiyawa Bakary, gouverneur de la région, représentant le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, de Mouhamed Gueye, chef de Division du capital humain, de la jeunesse et du développement des compétences, représentant le directeur général de la Banque pour l’Afrique centrale, du président du Conseil régional, du maire de Maroua, ainsi que de plusieurs responsables sectoriels et opérateurs privés.
Le programme repose sur trois piliers. Le renforcement de la formation technique et professionnelle. L’appui au développement économique et à l’entrepreneuriat. La mise à niveau des infrastructures sociales de base. « Ce programme vise à apporter des solutions concrètes à un certain nombre de défis majeurs un chômage élevé des jeunes, une inadéquation entre la formation et les besoins du marché, une fragilité socio-économique persistante, des infrastructures insuffisantes et une forte vulnérabilité aux effets du changement climatique », a déclaré Midjiyawa Bakary.
22 CENTRES DE FORMATION POUR CHANGER L’ÉCHELLE
Le CAP2E prévoit la construction et l’équipement de 22 centres de formation technique, technologique et professionnelle. Près de 30 000 jeunes fréquentent déjà ces établissements. L’objectif est d’augmenter les effectifs d’au moins 20 pour cent, soit 6 000 apprenants supplémentaires dont 40 pour cent de filles. Au-delà des chiffres, l’enjeu porte sur l’adéquation entre l’offre de formation et la demande du secteur privé. Le programme ambitionne de développer des cursus alignés sur les besoins du marché local afin d’améliorer l’employabilité.
La dynamique productive ne se limite pas à la formation. Dix infrastructures collectives et marchandes seront construites au bénéfice des opérateurs privés. Marchés et centres de services communs doivent renforcer les chaînes locales de valeur. Parallèlement, 1 400 petites et moyennes entreprises bénéficieront d’un accompagnement financier et non financier. Le volet social comprend la réhabilitation de 15 hôpitaux, dix écoles et quatre centres de santé, avec une approche sensible au genre et intégrant la résilience climatique.
Le programme mobilise 89,2 milliards de francs CFA sur cinq ans, de 2025 à 2030. Il est mis en œuvre à travers le mécanisme de Financement axé sur les résultats, une première au Cameroun et en Afrique centrale. Ce dispositif conditionne les décaissements à l’atteinte d’objectifs vérifiés. Il complète les projets d’investissement classiques et les appuis budgétaires. « Le Financement axé sur les résultats repose sur un partenariat renforcé entre la Banque et le gouvernement, fondé sur la performance et les résultats vérifiables. Il améliore l’efficience des dépenses publiques en liant l’endettement aux réalisations effectives, tout en favorisant la coordination multi-bailleurs autour d’un cadre commun de résultats », a souligné Gueye. La logique est claire. L’endettement doit produire des effets mesurables sur l’emploi, la formation et la résilience territoriale.
OBJECTIF INSERTION ET STABILISATION ÉCONOMIQUE
À l’horizon 2029, le CAP2E vise un taux d’insertion professionnelle de 80% pour les diplômés formés et la création de 5 000 emplois. Soixante pour cent seront destinés aux jeunes, quarante pour cent aux femmes, avec une part significative d’emplois verts. Pour une région marquée par le chômage massif des jeunes, l’insécurité passée et la vulnérabilité climatique, l’enjeu dépasse la statistique. Il s’agit d’ancrer une reconstruction productive durable.
« Le programme “Bâtir les capacités et les compétences pour l’employabilité et l’entrepreneuriat dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun” n’est pas simplement un programme de financement. C’est un levier de transformation, un instrument de résilience et une opportunité historique pour notre région. Sa réussite dépendra de notre capacité collective à travailler en synergie, à respecter nos engagements et à placer les résultats au cœur de notre action », a conclu Alhadji Magra Massaou, coordonnateur du Programme spécial de reconstruction et de développement de la région de l’Extrême Nord, agence d’exécution du CAP2E.
Le lancement officiel de ce programme est couronné par un atelier organisé du 17 au 19 février 2026 à Maroua pour renforcer les capacités des structures de mise en œuvre et mobiliser les parties prenantes. Une délégation mixte Banque – PSRDREN et MINEPAT a ensuite visité les futurs établissements bénéficiaires.







