Après plusieurs mois de sensibilisation et un premier report, le Cameroun passe à une nouvelle étape dans la lutte contre la fraude douanière sur les terminaux numériques. Depuis le 1er septembre 2026, les téléphones, tablettes et autres appareils connectés non dédouanés peuvent être privés d’accès aux réseaux de télécommunication nationaux. Une mesure qui place les usagers, les vendeurs et les importateurs face à une nouvelle exigence : vérifier la conformité douanière de leurs appareils.
Le téléphone peut encore s’allumer, afficher l’heure et stocker des photos, mais ne plus permettre de passer un appel. Au Cameroun, certains terminaux sont désormais sous la menace d’une coupure de réseau. Depuis le 1er septembre, le dispositif de blocage des appareils non dédouanés entre dans sa phase effective. Dans le viseur des autorités : les terminaux dont la situation douanière n’a pas été régularisée.
Initialement annoncée pour la fin du mois de mai 2026, la mesure avait été reportée. Cette période supplémentaire devait notamment permettre de poursuivre la sensibilisation des usagers et de finaliser les conditions techniques de mise en œuvre. Le ministère des Finances a finalement confirmé le 1er septembre 2026 comme nouvelle échéance pour le blocage des terminaux concernés. La mesure s’inscrit dans le cadre du mécanisme de collecte des droits et taxes de douane sur les téléphones, tablettes et autres terminaux numériques importés au Cameroun.
LES APPAREILS CONNECTÉS DEPUIS LE 1ER AVRIL DANS LE VISEUR
Le dispositif cible principalement les téléphones, tablettes et terminaux connectés pour la première fois au réseau national à compter du 1er avril 2026, lorsque les droits et taxes de douane exigibles n’ont pas été acquittés. Sont également concernés certains appareils ayant déjà été connectés au réseau depuis cette date et dont les propriétaires ont reçu des messages d’information ou d’alerte les invitant à régulariser leur situation, sans donner suite. Selon les informations communiquées par les autorités, près de 700 000 terminaux avaient déjà été identifiés comme non dédouanés après leur connexion au réseau national.
Fraude douanière au Cameroun
En revanche, les appareils déjà connectés au réseau national avant la date de référence bénéficient d’un régime d’exclusion. Les téléphones utilisés en roaming, notamment par les voyageurs étrangers et les touristes de passage, ne sont pas concernés par cette opération. Le mécanisme vise ainsi à réduire les importations frauduleuses et à lutter contre le marché parallèle, tout en rétablissant une concurrence plus équitable entre les opérateurs économiques qui s’acquittent régulièrement de leurs obligations douanières et ceux qui échappent au paiement des taxes. Selon les données relayées autour de la réforme, le Cameroun ambitionne de mobiliser 25 milliards de FCFA de recettes douanières supplémentaires par an grâce à ce nouveau dispositif.
MTN, ORANGE ET CAMTEL : LES RÉSEAUX NE SONT PAS LES CIBLES
Une précision s’impose face aux nombreuses réactions suscitées par la mesure : ce ne sont pas les réseaux MTN, Orange ou Camtel qui sont bloqués. Le mécanisme vise les terminaux identifiés comme non conformes. Les opérateurs de télécommunication participent à la mise en œuvre technique du dispositif, sous la coordination des administrations compétentes. Ainsi, un utilisateur dont le téléphone est concerné pourrait se retrouver privé d’accès aux réseaux locaux, alors que sa carte SIM demeure parfaitement fonctionnelle sur un autre appareil conforme. Les opérateurs concernés sont notamment MTN Cameroun, Orange Cameroun et Camtel.
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L’IMEI, LA CARTE D’IDENTITÉ DU TÉLÉPHONE
Au cœur du dispositif se trouve un numéro bien particulier : l’IMEI, pour International Mobile Equipment Identity. Il s’agit de l’identifiant unique permettant de reconnaître un terminal. Pour connaître l’IMEI de son téléphone, l’utilisateur peut simplement composer *#06# sur son appareil. Le numéro affiché peut ensuite être utilisé pour vérifier le statut douanier du terminal. Cette identification s’effectue à travers le dispositif mis en place par l’administration douanière, notamment à partir du système MPIE CAMCIS, qui permet de croiser les informations relatives aux terminaux et à leur situation douanière.
COMMENT SAVOIR SI SON TÉLÉPHONE EST EN RÈGLE ?
Face au risque de coupure, les usagers sont invités à effectuer eux-mêmes la vérification de leur appareil. La première étape consiste à composer *#06# afin d’obtenir le numéro IMEI. Il faut ensuite consulter la plateforme dédiée au dispositif et vérifier le statut du terminal. En cas de difficulté ou pour obtenir des informations supplémentaires, les usagers peuvent également contacter le numéro vert 8044 de la Direction générale des Douanes ou se rapprocher du bureau des Douanes le plus proche. La démarche est particulièrement recommandée aux personnes ayant récemment acheté un téléphone, notamment sur le marché de l’occasion. Un appareil proposé à bas prix peut en effet cacher une situation douanière irrégulière.
Derrière le blocage des terminaux se joue également une bataille pour les recettes publiques. L’État cherche à mieux capter les droits et taxes liés à l’importation des téléphones, tablettes et autres terminaux numériques.
LE CONSOMMATEUR APPELÉ À LA VIGILANCE
Pour les utilisateurs, cette réforme change progressivement les habitudes. Acheter un téléphone ne consiste plus seulement à vérifier sa marque, son prix, son état ou ses performances. Il faut désormais s’intéresser à son statut douanier. Cette vigilance est particulièrement importante pour les téléphones achetés auprès de vendeurs informels ou provenant de l’étranger. Les consommateurs sont invités à demander des garanties sur la régularité de l’appareil avant de procéder à l’achat. Pour les vendeurs et importateurs, la nouvelle réglementation impose également davantage de transparence sur l’origine et la situation douanière des terminaux commercialisés.
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La fiscalité passe désormais par le réseau
Avec cette réforme, les autorités camerounaises franchissent un nouveau cap dans le contrôle des importations numériques. Le téléphone devient ainsi un terminal identifiable, traçable et associé à une situation douanière. La frontière ne se limite donc plus aux postes terrestres, aux ports ou aux aéroports. Elle se prolonge désormais jusque dans le réseau de télécommunication. À chaque connexion, l’IMEI permet d’identifier l’appareil et de déterminer s’il est autorisé à accéder au réseau national.
Au Cameroun, le téléphone portable n’est désormais plus seulement un outil de communication. Il devient aussi un marqueur de conformité douanière. À l’ère du dédouanement numérique, un appareil peut avoir toute sa batterie, mais sans conformité, il risque surtout de ne plus avoir de réseau.
Par Yvana TELEZING, stagiaire
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