Le Cameroun concentre 65,1 % du volume et près de 57 % de la valeur des transactions de paiement de la CEMAC. Sur ce marché dominé par des acteurs déjà bien implantés, Wave veut gagner des parts en jouant sur un levier très concret. Le coût des opérations.
Le marché camerounais du mobile money entre dans une nouvelle phase. Les opérateurs ne disputent plus seulement les ouvertures de comptes. Ils cherchent désormais à convaincre les utilisateurs de faire de leur portefeuille électronique un moyen de paiement courant. Dans cette bataille, le prix prend une place de plus en plus importante.
Les chiffres cités par Wave donnent la mesure de l’enjeu. Le Cameroun représente 65,1 % du volume des transactions de paiement de la CEMAC et près de 57 % de leur valeur. Le pays s’impose ainsi comme le principal marché régional pour les paiements digitaux. « Le Cameroun n’est pas seulement un grand marché. C’est la véritable locomotive des paiements digitaux dans la CEMAC », affirme Joël Ndjodo, Country Manager de Wave Cameroun, dans une interview récemment accordée à Financial Afrik, un média économique. Pour lui, cette taille ne signifie pas que tous les besoins sont couverts. « Un marché dynamique n’est pas nécessairement un marché dans lequel tous les besoins sont déjà satisfaits », soutient-il.
Paiements digitaux en Afrique
WAVE ATTAQUE PAR LE COÛT
Wave tente de se différencier avec une politique tarifaire simple. L’ouverture du compte passe par un auto-enrôlement à partir de l’application. Le dépôt d’espèces auprès d’un agent agréé est gratuit. Le retrait l’est également. Les transferts entre utilisateurs Wave sont facturés à 1 % du montant envoyé.
L’opérateur revendique aussi la gratuité du paiement de plusieurs factures. Les clients peuvent régler leurs consommations d’électricité, d’eau ou encore leurs factures de câble sans frais supplémentaires. Pour Joël Ndjodo, cette approche doit permettre de réduire le coût d’utilisation du mobile money. « Nous veillons ainsi à proposer des frais extrêmement abordables aux usagers », explique-t-il. Le dirigeant refuse toutefois de réduire la concurrence à une simple bataille tarifaire. « Notre valeur ne se résume pas à une tarification », insiste-t-il. Wave mise aussi sur la simplicité du parcours client, la disponibilité du service et la gestion des réclamations.
Concurrence dans le mobile money
L’enjeu financier de cette politique sur ses comptes ou sur ceux de ses concurrents. L’entreprise préfère mettre en avant la conquête des usages. Elle estime que la valeur se construira avec le temps grâce à une utilisation plus régulière des services. Cette logique rejoint l’évolution du marché. « La prochaine phase de développement ne reposera plus uniquement sur l’ouverture de nouveaux comptes », affirme Joël Ndjodo. Elle dépendra davantage de la qualité de l’expérience, de la transparence des coûts et de la fiabilité du service.
L’arrivée de Wave pousse aussi le marché à s’ajuster. Selon son dirigeant, la simple annonce de son entrée au Cameroun a déjà contribué à faire évoluer les offres existantes.
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Wave et ses stratégies en Afrique
UN MARCHÉ DÉJÀ HABITUÉ À COMPARER
Wave arrive pourtant face à des utilisateurs qui connaissent déjà les services de monnaie électronique. Après plusieurs années de développement, les Camerounais disposent d’une expérience suffisante pour comparer les offres. « Wave ne vient pas apprendre le mobile money aux Camerounais », relève Joël Ndjodo. Les clients connaissent les différentes solutions et regardent les coûts avant de choisir. Ils attendent aussi un service qui fonctionne, des points de distribution accessibles et une prise en charge rapide lorsqu’un problème survient.
Cette évolution change la nature de la concurrence. Les opérateurs doivent désormais fidéliser un utilisateur déjà équipé et habitué aux paiements électroniques. Pour Wave, le problème reste aussi celui de l’usage. L’ouverture d’un compte ne garantit pas son utilisation quotidienne. Dans la CEMAC, le nombre de comptes de monnaie électronique a fortement augmenté, mais un peu plus d’un tiers seulement sont considérés comme actifs sur une période de trente jours, selon les données citées par le responsable de Wave Cameroun.
La tarification pourrait ainsi devenir un outil pour stimuler les usages. Mais Wave identifie un autre enjeu. Il faut convaincre les commerçants et les petits entrepreneurs qui continuent de travailler largement avec du cash. Pour le Country Manager, leur comportement répond d’abord à une logique économique. « Pour un petit commerçant, chaque décision est économique », explique-t-il. Le paiement digital doit donc permettre de gagner du temps, de sécuriser les recettes et de réduire certains risques liés à la manipulation des espèces.
Cette cible est importante pour Wave. Les petits commerçants, les femmes actives dans l’informel, les entrepreneurs et les petites entreprises représentent un marché encore largement sous-exploité par les services financiers numériques. L’objectif consiste à faire du téléphone un véritable outil de circulation de l’argent. Le transfert entre particuliers restera important. Mais Wave veut aussi développer les paiements du quotidien, les échanges entre entreprises et le règlement des services.
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UNE STRATÉGIE QUI A UN COÛT
La question de la tarification pose toutefois celle du modèle économique des opérateurs. Des retraits gratuits et des dépôts sans frais limitent mécaniquement les revenus directement tirés de ces opérations. Le transfert à 1 % devient alors un élément central du dispositif.
Wave ne communique pas dans l’entretien sur la structure de ses marges ni sur son niveau de rentabilité au Cameroun. Il est donc impossible d’évaluer, à partir des seuls éléments disponibles, l’impact financier de cette politique sur ses comptes ou sur ceux de ses concurrents. L’entreprise préfère mettre en avant la conquête des usages. Elle estime que la valeur se construira avec le temps grâce à une utilisation plus régulière des services. Cette logique rejoint l’évolution du marché. « La prochaine phase de développement ne reposera plus uniquement sur l’ouverture de nouveaux comptes », affirme Joël Ndjodo. Elle dépendra davantage de la qualité de l’expérience, de la transparence des coûts et de la fiabilité du service.
La concurrence devrait donc porter à la fois sur les prix, la disponibilité des agents, la qualité du réseau, les usages marchands et la sécurité. Dans cet environnement, le consommateur dispose d’un choix plus large et peut mettre davantage les opérateurs en concurrence.
Wave compte de son côté s’appuyer sur son expérience africaine. L’entreprise revendique 150 000 agents actifs et plus de 25 millions d’utilisateurs actifs chaque mois dans 11 pays. Mais elle dit vouloir adapter son modèle aux réalités camerounaises, plutôt que de reproduire une formule conçue ailleurs. Son partenariat avec la Commercial Bank Cameroun doit servir ce positionnement. Il associe l’expertise technologique et l’expérience utilisateur de Wave à l’ancrage local et à l’expertise bancaire de la CBC.
La baisse du coût des opérations peut faciliter l’adoption du mobile money. Elle ne garantit pas, à elle seule, un changement durable des habitudes. Les utilisateurs attendent aussi un service disponible, sécurisé et facile à comprendre. Les commerçants veulent pouvoir accéder rapidement à leur argent. Les entrepreneurs recherchent des solutions adaptées à leurs contraintes. Les familles veulent pouvoir transférer de l’argent sans complication.
« Le paiement digital devient un outil de croissance lorsqu’il ne crée pas une nouvelle contrainte, mais retire une contrainte qui existait déjà », résume Joël Ndjodo.
Par Fabrice BELOKO
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