L’encours a doublé en 9 ans puis a encore bondi d’environ 18% sur la seule année 2025.
A fin 2025, le stock de créances en souffrance des banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) atteignait 2 383 milliards FCFA, dont 73% de créances douteuses, à en croire la lettre-circulaire de Marcel Ondele, Secrétaire général de la Commission bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) du 19 juin 2026. Quelques mois plus tôt, en octobre 2024, la COBAC avait déjà durci le traitement du risque souverain sur la base du rapport de surveillance multilatérale 2023.
« Sur le fond d’abord, si ces créances étaient irrécouvrables et provisionnées depuis plus de cinq ans, pour quoi avoir attendu 2026 pour en ordonner la sortie ? » demande Ange Ngandjo, auteur, banquier et consultant en zone CEMAC dans sa tribune libre. La trajectoire du stock est éloquent selon le banquier : 1 016 milliards FCFA fin 2015 ; 2 024 milliards FCFA fin 2024 selon le rapport annuel 2024 de la COBAC 2 383 milliards FCFA fin 2025. Autrement dit, l’encours a doublé en 9 ans puis a encore bondi d’environ 18% sur la seule année 2025.
« Le problème n’est donc pas l’ignorance mais l’inertie : des créances douteuses ; intégralement provisionnées dormaient au bilan depuis plus de cinq ans, donnant du portefeuille de crédit une image artificiellement flatteuse. Sur le plan comptable, l’opération est en apparence indolore. Puisque les créances sont déjà provisionnées à 94%, leur passage en pertes consomme une provision déjà constituée et n’entame quasiment pas le résultat » indique Ange Ngandjo.
Ce dernier estime que du côté des banques, le sujet doit être traité comme un projet piloté, associant dès le départ les directions des risques juridiques, comptable et fiscale. Selon le banquier, chaque dossier doit être documenté avec rigueur, diligences de recouvrement, décisions de justice, procès-verbaux de carence afin de sécuriser à la fois le passage en perte et sa déductibilité fiscale.
Après la sortie du bilan, un recouvrement extra-comptable actif devrait selon le banquier être maintenu. « Mais la vraie réponse est en amont, à l’octroi mieux analyser le risque, exiger des garanties réalistes et réellement réalisables et réagir aux impayés dès les premiers signes plutôt que de laisser les créances vieillir jusqu’à devenir irrecouvrables » propose Ange Ngandjo. Du côté des autorités, ce dernier propose trois changements.
Propositions
D’abord, articuler la norme prudentielle et la règle fiscale pour qu’une perte imposée par le régulateur soit fiscalement déductible sur preuve des diligences. Ensuite, envisager un étalement de l’impact sur les fonds propres pour les établissements les plus exposées, afin d’éviter un choc brutal.
Enfin, il faut renforcer l’écosystème du recouvrement à la racine à travers une justice commerciale plus rapide, une effectivité réelle des sûreté l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (en abrégé OHADA), voire, l’amorce d’un marché secondaire des créances en souffrance qui permettrait aux banques de céder ces actifs plutôt que de les porter indéfiniment.







