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Photographie : le Yaoundé PhotoFest veut accélérer la professionnalisation du secteur

La deuxième édition du Yaoundé PhotoFest, achevée le 26 juin 2026, a placé la photographie au croisement de la création, du numérique et de l’économie. À travers les expositions, les masterclasses et les échanges sur l’intelligence artificielle, le festival défend une vision où l’image ne se limite plus à l’expression artistique, mais peut aussi devenir une activité professionnelle et un levier de création de valeur.

Le Yaoundé PhotoFest veut changer le regard porté sur la photographie. Pour sa deuxième édition, le festival a réuni au Musée national de Yaoundé des artistes nationaux et internationaux autour du thème « L’Afrique en Mouvance ». Pendant plusieurs jours, expositions, rencontres, conférences, ateliers et masterclasses ont mis en avant une création africaine en pleine évolution. Derrière les œuvres exposées, une question prend de plus en plus de place. Comment faire de la photographie une véritable activité économique pour ceux qui la pratiquent ?

La photographie est désormais accessible à un public beaucoup plus large. Un smartphone suffit pour produire, retoucher et diffuser une image. Cette démocratisation élargit le nombre de pratiquants et brouille aussi la frontière entre amateur et professionnel. « La photographie est désormais pratiquée par tout le monde, aussi bien par les amateurs que par les professionnels », explique Fabrice Ngon, directeur délégué du Yaoundé PhotoFest et coordonnateur du pôle photographie d’art au ministère des Arts et de la Culture.

Pour lui, la différence tient surtout à l’usage que chacun fait de cette pratique. « Un professionnel peut vivre de la photographie et en faire son activité principale. Pour un amateur, elle ne constitue pas nécessairement une activité professionnelle. Mais, d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous des photographes. » Cette évolution ouvre un marché. Photographie événementielle, portrait, publicité, mode, communication, édition ou encore conservation des archives constituent autant de débouchés pour les professionnels de l’image.

Le smartphone élargit le marché

Le festival entend justement intégrer cette nouvelle réalité avec la photographie mobile. L’objectif affiché consiste à connecter les 54 pays du continent et leur diaspora autour de la création photographique. « La photographie mobile, c’est ce que nous pratiquons tous aujourd’hui avec nos téléphones portables et nos smartphones », souligne Fabrice Ngon. Pour les jeunes créateurs, cette accessibilité réduit la barrière du matériel. Elle permet de produire et de diffuser sans disposer nécessairement d’un équipement professionnel coûteux. Mais la démocratisation de l’outil ne règle pas la question de la rémunération du travail photographique.

Le Yaoundé PhotoFest cherche ainsi à installer la photographie dans un écosystème plus large. Le festival se veut un espace de dialogue, de rencontre, de créativité et de réflexion autour de l’image photographique. Les artistes venus du Cameroun, d’Afrique et de la diaspora y présentent des regards sur les réalités culturelles, esthétiques et environnementales du continent.

L’IA ouvre un nouveau marché

La transformation numérique touche également les fonds photographiques anciens. Une conférence du festival a porté sur l’apport de l’intelligence artificielle et du numérique dans leur conservation. Pour Fabrice Ngon, l’IA représente surtout un outil de valorisation. « Je la considère beaucoup plus comme un outil qui permet de mieux conserver et de mieux classer les fonds africains », affirme-t-il. Les fonds photographiques argentiques constituent une partie importante de cette mémoire. La numérisation permet de les préserver et de les rendre plus accessibles. L’IA peut ensuite faciliter leur classement et leur valorisation.

Cette activité ouvre aussi des perspectives économiques autour de la conservation, de la numérisation et de l’exploitation des archives photographiques. Le festival mise également sur la transmission. Une masterclass organisée à l’Université de Yaoundé I, au département des Arts et de l’Archéologie, a réuni quatre artistes visuels. Christian Etango, artiste performeur, Justin Ibanda, doctorant en arts plastiques, Fatoumata Diabaté, photographe et artiste malienne, ainsi que Lebon Chansard Ziavoula, artiste visuel de la République du Congo, ont partagé leurs expériences avec les étudiants. Cette dimension professionnelle est importante dans un secteur où la maîtrise de l’image doit désormais s’accompagner de compétences numériques et commerciales.

Raconter l’Afrique depuis l’intérieur

Le choix du thème « L’Afrique en Mouvance » traduit aussi une volonté de construire une offre photographique africaine capable de raconter le continent autrement. « Notre vision est de montrer une Afrique populaire, dynamique et résiliente », explique Fabrice Ngon. Le festival veut s’éloigner des représentations produites uniquement depuis l’extérieur et privilégier le regard des artistes africains. « Nous ne disons pas que tout est rose en Afrique. Il existe des difficultés. Mais notre ambition est justement de montrer une autre image de l’Afrique », précise-t-il.

Le Yaoundé PhotoFest cherche ainsi à faire de la photographie un espace de création, mais aussi un secteur où les talents peuvent trouver des débouchés. La professionnalisation reste toutefois le prochain chantier. Elle passe par la formation, la protection des œuvres, la valorisation des archives, la maîtrise des outils numériques et surtout la capacité des photographes à transformer leur création en revenus durables.

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