Une dépense mal exécutée, un contrôle tardif ou une fraude détectée trop tard peuvent coûter cher aux finances publiques. Le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) veut désormais agir en amont. Le 21 juillet à Yaoundé, le ministre Alamine Ousmane Mey a reçu officiellement le Guide d’audit interne du ministère, élaboré par le Contrôle supérieur de l’État (Consupe). « Je vous remets ce guide conçu par les experts du Consupe. Je vous assure que vous reviendrez me remercier davantage », lance Rose Mbah Acha née Fomundam, ministre déléguée à la Présidence de la République chargée du Consupe, en remettant officiellement le document à Alamine Ousmane Mey.
En recevant le référentiel, le ministre de l’Économie situe immédiatement son ambition. « Le Guide d’audit interne est un outil catalyseur de progrès dans la pratique de l’audit interne au sein des administrations publiques engagées dans un processus de modernisation », affirme le Minepat. Pour lui, « la bonne gouvernance est une exigence à la fois déontologique et morale, non négociable. Bien plus, elle constitue un levier essentiel de la performance ».
Instrument pédagogique
Plus qu’un manuel de procédures, le document se présente comme un outil destiné à prévenir les risques avant qu’ils ne produisent leurs effets sur la gestion publique. Le guide uniformise les méthodes de travail des auditeurs internes. Il fixe les règles de planification des missions, encadre la collecte des preuves, la rédaction des rapports, le suivi des recommandations et le contrôle de la qualité des travaux. Le ministère veut ainsi rendre ses audits plus cohérents et plus efficaces. « Le Guide de l’audit interne constitue, sans aucun doute, un instrument pédagogique destiné à harmoniser et à améliorer les pratiques de l’audit interne. Il permet de clarifier les méthodes de travail, de renforcer les capacités des acteurs concernés et de garantir une meilleure conformité aux normes et procédures en vigueur », souligne Alamine Ousmane Mey.
Au cœur de cette réforme figure une approche désormais privilégiée dans les administrations modernes. L’audit ne se limite plus à constater les irrégularités. Il identifie les risques avant qu’ils ne se matérialisent. Depuis 2020, le MINEPAT dispose d’une cartographie des risques qu’il actualise chaque année. Ce référentiel servira désormais de base à l’élaboration des plans annuels et pluriannuels d’audit. Les contrôles cibleront en priorité les activités les plus exposées aux défaillances ou aux pertes financières.
Vers l’harmonisation des pratiques
Pour Eric Omengue Messanga, secrétaire général du Consupe, cette évolution répond d’abord à une exigence professionnelle. « Le guide participe au renforcement des capacités organisationnelles de l’inspection générale. Il décrit les processus d’audit, les techniques appliquées, les outils de travail et les mécanismes permettant de garantir la qualité des travaux d’audit », explique-t-il. Selon lui, le document harmonise désormais les pratiques. « Chaque auditeur utilisera exactement la même méthode qui est décrite dans le manuel », indique-t-il.
Le contenu du guide traduit cette volonté de professionnalisation. Il comprend vingt chapitres répartis en deux grandes parties. La première rassemble les règles méthodologiques qui encadrent les missions d’audit. La seconde décline les principaux domaines de contrôle auxquels les inspecteurs seront confrontés. Les programmes budgétaires, les systèmes d’information, la comptabilité matière, la performance, la détection des fraudes et les missions de conseil y occupent une place importante.
Outil de modernisation de la gestion des finances publiques
L’introduction d’un chapitre consacré aux systèmes d’information accompagne la digitalisation progressive des administrations. Les audits porteront désormais sur la fiabilité des outils numériques utilisés pour gérer les finances publiques. L’audit de performance traduit également l’évolution du nouveau régime financier de l’État, qui privilégie désormais les résultats obtenus plutôt que les seuls moyens mobilisés. Pour le ministre, cette évolution s’inscrit pleinement dans la réforme de la gestion publique. « La Stratégie nationale de développement 2020-2030 rappelle que la modernisation de la gestion des finances publiques vise notamment à développer les audits, les vérifications internes et les contrôles externes. Il est question de mettre en conformité notre cadre institutionnel et nos pratiques avec les recommandations des organisations internationales auxquelles le Cameroun est affilié », explique Alamine Ousmane Mey.
La lutte contre la fraude constitue un autre axe majeur. Le guide demande aux auditeurs d’identifier les risques propres à chaque processus, d’évaluer les dispositifs de contrôle existants puis de réaliser des tests destinés à vérifier leur efficacité. Cette démarche doit permettre de corriger les faiblesses avant qu’elles ne débouchent sur des pertes financières ou des irrégularités administratives. Pour le ministre, cette orientation répond également aux plus hautes orientations de l’État. « Son Excellence Paul Biya a rappelé que améliorer la gouvernance, c’est aussi amplifier la lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics. Le Guide de l’audit interne du MINEPAT est l’expression tangible de notre détermination à traduire dans les faits cette volonté du Chef de l’État », déclare-t-il.
Eric Omengue Messanga insiste aussi sur la portée institutionnelle du document : « Le manuel est un outil qui permet d’attester de l’alignement de l’inspection générale aux bonnes pratiques et aux normes internationales. » À ses yeux, cette harmonisation renforcera le professionnalisme des équipes tout en facilitant l’évaluation de leurs performances par les autorités de contrôle et les partenaires extérieurs.
Alamine Ousmane Mey souhaite toutefois que le guide dépasse le seul cadre des services de contrôle. « À partir du moment où l’auditeur intervient pour vérifier la conformité, la performance et l’efficacité, chacun peut s’inspirer de cette méthodologie afin de s’assurer de la qualité du travail déjà accompli. C’est pourquoi il me paraît important de ne pas limiter les utilisateurs et les bénéficiaires de cet outil au seul cercle des inspecteurs, des auditeurs ou des acteurs chargés du contrôle », insiste-t-il.
En s’équipant de ce référentiel, le MINEPAT cherche finalement à faire de l’audit interne un véritable instrument de pilotage stratégique. Dans un contexte où chaque franc public est appelé à produire davantage de résultats, l’enjeu dépasse le contrôle administratif. Il s’agit de mieux orienter les dépenses, de réduire les risques de mauvaise gestion et de renforcer l’efficacité des politiques publiques, conformément aux objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030.







