Le diagnostic était connu. La conclusion, elle, se voulait cette fois opérationnelle. En clôturant le 24 avril dernier la deuxième édition du Colloque Financier International (Colfini 2), les participants ont tourné la page du simple constat pour entrer dans le concret. Sous le haut parrainage du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, représenté par Gilbert Didier Edoa, secrétaire général du Minfi, les travaux ont débouché sur une feuille de route articulée autour d’un objectif central : faire du marché financier régional un moteur souverain de financement des grands projets structurants de la sous-région.
UN MARCHÉ FINANCIER QUI PÈSE À PEINE 2 % DU PIB RÉGIONAL
Le point de départ des discussions tenait en un paradoxe. L’écosystème institutionnel de la CEMAC est jugé mature. Pourtant, le marché financier ne représente encore que 2 % du PIB régional. Un écart que les participants ont mis en regard d’un gisement de liquidités estimé à près de 500 milliards de FCFA, logé dans le secteur informel et dans les encours du mobile money. Ces ressources existent. Elles ne travaillent pas pour le développement. Le colloque a donc posé la question autrement. Comment capter ces flux, aujourd’hui absorbés par le court terme, pour les orienter vers des investissements de long terme dans les routes, les barrages et l’énergie ? La réponse tient en un mot : désintermédiation.
LA BLOCKCHAIN POUR RENDRE CHAQUE FRANC TRAÇABLE
Parmi les quatre piliers de la feuille de route adoptée, la technologie occupe une place de choix. Le COLFINI 2 a consacré l’entrée de la blockchain et de la tokenisation dans l’ingénierie financière régionale. L’idée est simple dans son principe. En adossant chaque emprunt à un actif tangible et traçable, on garantit aux investisseurs une transparence absolue sur l’allocation des fonds.
Cette mécanique ouvre la voie à une démocratisation de l’investissement. Grâce à la tokenisation, des parts de projets d’infrastructure jusqu’ici réservées aux institutionnels deviennent accessibles au grand public. Le rapport de synthèse du colloque le formule sans détour. « L’heure n’est plus à l’observation, mais à la mise en œuvre d’une autonomie financière qui repose sur l’intelligence de nos montages et la force de notre épargne locale. »
LE MOBILE MONEY, BRAS ARMÉ DE L’INCLUSION FINANCIÈRE
C’est sur ce terrain que le mobile money entre en scène. Les participants au COLFINI 2 lui ont assigné un rôle précis. Celui de passerelle entre l’épargne diffuse des ménages et les besoins en capital des grands projets régionaux. En permettant à chaque citoyen de souscrire à des instruments financiers depuis son téléphone, la sous-région entend élargir massivement la base des investisseurs. Le modèle repose sur une logique d’inclusion. Ce que les institutions financières classiques n’ont pas réussi à capter, le mobile money pourrait le mobiliser par le volume et la capillarité de son réseau. La feuille de route du COLFINI 2 ne s’arrête pas là. Elle promeut également une transition vers ce que les experts appellent la dette-projet, fondée sur la généralisation des véhicules à but spécial et des obligations de projet.
Elle consacre aussi l’essor des Sukuk, instruments de la finance islamique, présentés comme un modèle distributif permettant un partage équitable des risques et des rendements entre l’État et l’investisseur. Sur la question de la dette souveraine, le colloque a adopté une position ferme. « Il est impératif de ne pas recourir systématiquement à la restructuration de la dette », indique le communiqué final, qui appelle à une évaluation précise de la capacité de remboursement de chaque État, fondée sur les niveaux de liquidité et de solvabilité, avant toute décision de financement.
SOUVERAINETÉ FINANCIÈRE ET EXPERTISE LOCALE
En conclusion des travaux, les participants ont plaidé pour la sanctuarisation de l’expertise technique régionale. Le reproche était adressé sans détour aux pratiques actuelles, où les grands montages financiers sont trop souvent confiés à des acteurs extérieurs au détriment des compétences locales. La souveraineté économique de la CEMAC, ont-ils estimé, dépendra de sa capacité à structurer, noter et piloter ses propres instruments financiers via des acteurs locaux certifiés. Le COLFINI, plateforme annuelle dédiée à la co-construction de l’écosystème financier de l’Afrique centrale, a ainsi posé à Yaoundé les jalons d’un changement de paradigme. Reste à en mesurer la mise en œuvre.







