C’est un maire visiblement satisfait qui a sillonné hier, lundi 28 avril 2026, les différents sites du projet Yaoundé cœur de ville. Luc Messi Atangana, maître d’ouvrage du projet, s’est rendu successivement au carrefour Mvan, à la gare routière de Mvan en construction, au carrefour dénivelé d’Elig-Effa et à la gare de Messa (Mokolo), pour constater de visu l’état d’avancement de ce vaste chantier urbain qui ambitionne de transformer en profondeur le visage de la capitale camerounaise.
Cette tournée intervient dans un contexte particulier : dix mois après le démarrage effectif des travaux structurants, le projet affiche un taux d’exécution de 32 % pour une consommation de délais de 30 %. Un ratio jugé satisfaisant, qui a d’ailleurs convaincu l’Agence française de développement (AFD) d’ordonner le décaissement de la deuxième tranche de financement, soit 12 milliards de francs CFA supplémentaires injectés dans la continuité des travaux.
UN PROJET ANCRÉ DANS LE C2D
Financé à hauteur de 48,7 milliards de francs CFA, le projet Yaoundé cœur de ville repose sur un partenariat entre la France, qui contribue pour 43,2 milliards de francs CFA, et le Cameroun, dont la part s’élève à 5,5 milliards de francs CFA. Ces fonds sont mobilisés dans le cadre du Contrat de désendettement et de développement (C2D), mécanisme bilatéral de coopération qui convertit une partie de la dette camerounaise envers la France en investissements au bénéfice direct des populations.
Lancé en juin 2025 pour les travaux structurants — et un mois plus tard, en juillet 2025, pour les travaux à impact rapide — le projet s’articule autour de deux composantes principales. La première, dite « travaux structurants », porte sur la construction ou la réhabilitation de grandes infrastructures urbaines : gares routières, carrefours dénivelés et voies de circulation. La seconde, les « travaux à impact rapide », cible des aménagements de moindre envergure mais à fort effet visible sur le quotidien des Yaoundéens, notamment des terminaux à minibus et le reprofilage de carrefours.
MVAN : LA CHAUSSÉE SE DESSINE
Au carrefour Mvan, première étape de la tournée, le maire a pu observer le travail méthodique accompli par l’entreprise Razel, mobilisée sur ce site depuis le lancement des travaux. Les engins de terrassement ont profondément reconfiguré la physionomie du carrefour et de ses voies adjacentes. Selon Atangana Bindzi, ingénieur de suivi du projet, les travaux de libération des emprises sont pratiquement achevés. Les équipes posent désormais les perrés maçonnés sur les talus pour prévenir les glissements de terrain, tandis que les travaux de chaussée avancent avec la pose des caniveaux 50×50 et le terrassement des voies menant vers Ahala et Tropicana. Le déplacement des réseaux — Eneo, Camwater, Camtel — se poursuit en parallèle, de même que le règlement des derniers cas d’indemnisation recensés sur l’emprise du chantier.

Le nouveau poste de police, qui avait dû être démoli pour laisser place aux travaux, est quant à lui en pleine reconstruction. Toujours à Mvan, mais sur le site de la future gare routière, logée entre le lycée technique de Nsam et le carrefour SCDP, les travaux se trouvent à une phase plus fondamentale — au sens propre du terme.
La zone, naturellement marécageuse et constituée de dépôts de terre boueuse, a nécessité un travail préalable de reconstitution du sol : creusage de fouilles sur l’ensemble du site, enrochement pour substituer les terres instables, puis remplissage en matériaux solides. « Nous construisons en ce moment une couche de forme et les fondations des différents bâtiments de la gare », a précisé l’ingénieur de suivi. Un chantier encore invisible pour le passant, mais dont la rigueur conditionne la solidité de l’ouvrage à venir.
ELIG-EFFA : LE TUNNEL PREND CORPS
C’est sans doute le chantier le plus spectaculaire du projet, et celui qui avait suscité le plus de scepticisme. La construction d’un carrefour dénivelé avec giratoire et passage souterrain à Elig-Effa semblait, il y a encore peu, relever du vœu pieux pour une ville comme Yaoundé. Mais la réalité du chantier a dissipé les doutes. Après six mois de fouilles intensives, l’entreprise a réalisé le béton de propreté, ferraillé et coulé les radiers, et s’attelle désormais à couler les voiles du tunnel.
Le génie civil du passage souterrain prend donc littéralement forme sous les yeux des riverains. En parallèle, le déplacement des réseaux se poursuit sur ce site particulièrement dense, avec notamment les infrastructures d’Eneo, Camwater et Camtel qui doivent être déviées pour libérer définitivement l’emprise des travaux.
MESSA : TABLE RASE POUR UN NOUVEAU DÉPART
À la gare de Messa (Mokolo), la transformation est peut-être la plus brutale dans son apparence immédiate. Là où s’agitait naguère une gare routière bouillante et bondée de monde, il ne reste aujourd’hui qu’un vaste terrain plat, parsemé d’engins. L’ancienne gare a été rasée, après que commerçants et transporteurs ont été recasés dans une structure provisoire construite à cet effet par le projet : 120 comptoirs installés sous un hangar à l’abri des intempéries, des places de parking matérialisées et des toilettes modernes avec eau courante.

Une solution d’attente digne, saluée par les bénéficiaires eux-mêmes. Marie Djock, présidente des commerçants de l’ancienne gare, se dit heureuse de voir le projet se concrétiser et de constater que la plupart des commerçants recensés ont déjà été indemnisés. Fondjomo Catherine Yvette, commerçante depuis dix-huit ans à la gare de Mokolo, confirme : indemnisée et recasée, elle poursuit sereinement ses activités dans le nouveau site provisoire. Les travaux sur ce site consistent désormais en l’aménagement des plateformes devant accueillir la nouvelle gare. Seule ombre au tableau : une station-service mitoyenne dont le processus d’indemnisation s’éternise, freinant la progression des travaux sur cette partie du site.
PLUS DE 1 000 PERSONNES INDEMNISÉES
Au-delà des chantiers eux-mêmes, la tournée du maire a permis de mesurer l’ampleur du volet social du projet. Depuis le démarrage des paiements en avril 2025, plus de 95 % des personnes affectées par le projet ont été indemnisées, soit plus de 1 000 bénéficiaires sur l’ensemble des sites. Sur les 1 272 Personnes affectées par le projet (PAP) recensées, 1 020 ont signé leurs accords de compensation. Après validation par la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY), 1 000 dossiers ont été transmis à la Caisse autonome d’amortissement (CAA) pour règlement.
Le montant total des compensations des accords signés s’élève à 1 253 736 248 francs CFA, dont 944 597 043 francs CFA ont déjà été effectivement payés, soit un taux de paiement global de 77,85 %. Les paiements inférieurs à 500 000 francs CFA ont été effectués en espèces ; les montants supérieurs, par chèque. Quelques dossiers restent en suspens pour des raisons administratives — erreurs de noms ou de montants, bénéficiaires hors emprise, doublons ou refus du montant proposé. Trente-six chèques attendent encore d’être retirés par leurs bénéficiaires. Un mécanisme de gestion des plaintes a été mis en place pour traiter ces situations résiduelles.
LES DÉFIS DE LA PROCHAINE ÉTAPE
Si le bilan à un an est globalement positif, le coordonnateur du projet, Arnauld Philippe Ndzana, ne cache pas les défis qui subsistent. Le déplacement des réseaux doit s’accélérer, et le périmètre des chantiers, constamment envahi par des commerçants et passants, constitue un risque permanent pour la sécurité et le calendrier. Plus structurellement, le projet est exposé à une possible mesure suspensive de l’AFD, qui a fait part de son inquiétude face aux retards dans le décaissement de la contrepartie camerounaise.
La part de l’État, attendue à hauteur de 4 milliards de francs CFA via le ministère de l’Habitat et du Développement urbain, et de 1,5 milliard par la CUY sur trois ans, conditionne en effet la poursuite des décaissements français. Un équilibre financier à préserver absolument pour que Yaoundé puisse, dans les délais impartis, se doter des infrastructures urbaines qu’elle attend depuis longtemps.
Yves TChenang







