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L’État resserre l’étau sur les sorties d’or et de minerais

Alors que des tonnes d’or échappent chaque année aux circuits officiels, le ministère des Mines a, le 15 avril 2026 à Yaoundé, fixé de nouvelles limites strictes sur les volumes de minerais pouvant être expédiés à l’étranger pour analyses. Cette décision intervient parallèlement à des opérations de démantèlement de sites illégaux dans la région de l’Est, visant des opérateurs accusés de contourner la réglementation et de priver l’État de recettes importantes.

Le gouvernement camerounais durcit le contrôle des flux d’or en imposant des plafonds précis aux quantités de minerais pouvant être expédiées hors du pays. À travers une décision signée le 15 avril 2026, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) fixe des seuils stricts pour les envois d’échantillons, une pratique régulièrement utilisée par certains opérateurs pour contourner les circuits officiels d’exportation.

Le texte officiel encadre désormais ces sorties en précisant que « la présente décision fixe la quantité d’échantillons de minerais ou de concentrés autorisée au cours d’une expédition, aux fins d’analyses ou d’essais industriels », en application du décret du 19 novembre 2024 relatif à la circulation des substances minérales. Dans le détail, les quantités autorisées sont plafonnées à cinquante kilogrammes pour les substances précieuses et semi-précieuses, dont l’or, tandis que les minerais de base et les substances de carrière sont limités à une tonne par expédition.

Autre verrou introduit par l’administration : les envois dépassant le cadre strict des analyses basculent automatiquement dans le régime commercial. Le ministère précise en effet que « l’expédition d’échantillons à valeur commerciale aux fins de tests métallurgiques ou de production est assujettie au paiement des droits et taxes prévus par la réglementation en vigueur ». En d’autres termes, toute tentative de faire transiter des volumes significatifs sous couvert d’essais techniques sera désormais fiscalisée.

Des failles exploitées dans la chaîne d’exportation

Ce durcissement réglementaire intervient dans un contexte de reprise en main d’une filière aurifère marquée par d’importantes fuites. Le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), présenté en décembre 2025 à Yaoundé, met en évidence un écart massif entre les exportations déclarées et les volumes réellement sortis du territoire.

Selon ce document, 15,2 tonnes d’or ont quitté le Cameroun sans être enregistrées officiellement, dont plus de 90 % à destination des Émirats arabes unis, alors que les statistiques douanières nationales ne font état que de 22,3 kilogrammes exportés. L’ampleur de cet écart conduit l’ITIE à estimer les pertes fiscales potentielles à environ 165 milliards de FCFA.

Dans ce contexte, l’encadrement des échantillons apparaît comme un levier stratégique de contrôle. Les envois destinés aux analyses, en principe marginaux, ont souvent servi de canal discret pour faire sortir des quantités bien supérieures à celles déclarées. En limitant ces volumes et en imposant une taxation dès lors qu’un usage industriel est suspecté, l’administration cherche ainsi à combler une faille identifiée dans le dispositif de surveillance.

Pression accrue sur les exploitants de l’Est

Le resserrement des règles sur les exportations s’accompagne d’une intensification des actions de terrain. Dans la région de l’Est, principale zone aurifère du pays, le ministère annonce une opération de démantèlement visant les unités de production jugées illégales ou non conformes.

D’après le communiqué officiel, l’intervention cible « le démantèlement pur et simple des unités de production d’or sur les sites illégaux ainsi que celles ne s’étant pas conformées aux mesures mises en place ». Elle fait suite à une mission de contrôle menée fin mars 2026, qui avait déjà constaté la poursuite d’activités malgré des suspensions administratives.

Les entreprises souhaitant reprendre leurs activités devront désormais se conformer à de nouvelles exigences. Parmi celles-ci figurent la signature d’un engagement de production minimale de dix kilogrammes d’or par mois et le versement d’une caution de réhabilitation fixée à 63 millions de FCFA. Les opérateurs sont également tenus d’adopter des procédés de traitement en vase clos et de produire des études sommaires pour tout nouveau site.

Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large de reprise en main de la filière aurifère par les autorités camerounaises. Depuis l’adoption du Code minier de décembre 2023 et du décret de novembre 2024 sur la circulation des substances minérales, le ministère des Mines multiplie les instruments réglementaires pour mieux tracer la production et sécuriser les recettes publiques.

L’encadrement des échantillons, le durcissement des conditions d’exploitation et les opérations de démantèlement participent ainsi d’un même objectif. Selon les éléments fournis par le ministère et les données de l’ITIE, il s’agit de réduire les sorties frauduleuses d’or, d’améliorer la transparence des flux et de restaurer les revenus fiscaux associés à cette ressource stratégique.

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