Le gouvernement du Royaume-Uni a décidé de ne plus délivrer de visas d’études aux ressortissants du Cameroun, de l’Afghanistan, du Myanmar et du Soudan. L’annonce a été faite le 3 mars 2026 par la ministre britannique de l’Intérieur, Shabana Mahmood, dans un communiqué du Home Office.
Selon Londres, cette décision « sans précédent » vise à mettre un terme aux « abus » du système migratoire. Les autorités britanniques affirment que de nombreux ressortissants de ces quatre pays entrent légalement sur le territoire avec un visa d’étude, avant de solliciter l’asile une fois sur place.
Une hausse spectaculaire des demandes d’asile
D’après les chiffres officiels, les demandes d’asile émanant de personnes arrivées par des voies légales ont plus que triplé entre 2021 et 2025, atteignant près de 133 760 dossiers. Les requêtes introduites par des étudiants originaires des quatre pays visés auraient bondi de 470 % sur la période.
Le ministère de l’Intérieur souligne qu’entre septembre 2024 et septembre 2025, 2 900 visas d’étude ont été délivrés aux ressortissants concernés, pour 1 210 demandes d’asile déposées par des titulaires de ces visas. Les Afghans seraient particulièrement concernés : environ 95 % d’entre eux auraient sollicité l’asile après leur arrivée sous statut étudiant depuis 2021.
Le coût du soutien aux demandeurs d’asile, estimé à « plus de 4 milliards de livres sterling » par an, est également avancé comme justification. Environ 16 000 ressortissants des quatre pays seraient actuellement pris en charge par le dispositif britannique.
Un tournant politique assumé
Cette décision intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire du gouvernement travailliste dirigé par Keir Starmer. Confronté à une pression croissante sur les questions d’immigration, notamment de la part du parti anti-immigration Reform UK, l’exécutif britannique multiplie les mesures restrictives.
En novembre 2025, Londres avait déjà menacé de suspendre les visas pour l’Angola, la Namibie et la République démocratique du Congo afin d’obtenir leur coopération sur les expulsions de migrants en situation irrégulière. Quatre mois plus tard, le Home Office affirme que des vols de retour ont effectivement repris vers ces pays.
Par ailleurs, la réforme récente de la politique d’asile prévoit désormais que le statut de réfugié soit accordé pour une durée de 30 mois renouvelable, contre cinq ans auparavant. Les réfugiés devront attendre jusqu’à 20 ans avant de prétendre à un droit de résidence permanente, sous réserve de validation parlementaire.
Quelles conséquences pour les étudiants camerounais ?
Pour le Cameroun, cette suspension représente un coup dur. Le Royaume-Uni constitue depuis plusieurs années une destination prisée pour les études supérieures, notamment dans les domaines du droit, de la finance, de l’ingénierie et de la santé. La mesure pourrait contraindre de nombreux étudiants à se réorienter vers d’autres pôles académiques, en Europe continentale, en Amérique du Nord ou en Asie.
Au-delà de l’impact académique, cette décision risque d’affecter les dynamiques de mobilité internationale et les transferts de compétences. Elle intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à renforcer la formation de son capital humain à l’international.
Si Londres assure vouloir « préserver sa tradition d’accueil envers ceux qui sont véritablement dans le besoin », la suspension ciblée des visas soulève des interrogations sur l’équilibre entre contrôle migratoire et coopération éducative. Les prochaines semaines diront si des discussions diplomatiques pourront infléchir cette orientation ou si cette mesure s’inscrira durablement dans la nouvelle doctrine migratoire britannique.







