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La Bourse nationale des déchets : nouvel outil pour stimuler le recyclage

La production nationale de déchets est passée de trois à six millions de tonnes en neuf ans, alors que seuls 25 % sont formellement collectés. Face à un système saturé et à des impacts sanitaires et climatiques croissants, l’État mise sur la Bourse nationale des déchets pour structurer un marché de valorisation et corriger les défaillances existantes.

« La toute nouvelle Bourse nationale des déchets est suffisamment équipée, tant sur le plan de la gouvernance que sur le plan humain et beaucoup plus aussi sur le plan politique parce qu’on voit que nos politiques nationales se mettent en branle » a déclaré Sylvie Rebecca Essomba, Directeur général de la Bourse nationale des déchets, le 12 février 2025 à Yaoundé à l’occasion du lancement officielle des activité la Bourse nationale des déchets.

Pour elle, l’heure est l’action. « Nous pensons que les conditions sont réunies pour que la bourse puisse se mouvoir et atteindre les objectifs que le Cameroun s’est fixés en matière de développement durable » poursuit-elle. Il sera désormais question d’animer le marché boursier des déchets où l’offre et la demande sur les déchets vont se rencontrer. « Nous voulons mettre ensemble tous ces manipulateurs de déchets autour d’un outil unique et innovant qui fait que les déchets seront vus par les uns et les besoins des autres remplis. Ces déchets seront ainsi réinjectés dans le circuit industriel et là c’est déjà un apport pour l’import-substitution parce qu’il y aura une réduction des coûts finalement », a précisé Sylvie Rebecca Essomba. Ce jeudi-là, en plus du lancement de ses activités et sa plateforme électronique, l’identité visuelle et logo de la Bourse nationale des déchets a été présentés.

UN VOLUME QUI A DOUBLÉ EN NEUF ANS

Mais derrière la symbolique institutionnelle, l’urgence est chiffrée. En 2016, le Cameroun produisait trois millions de tonnes de déchets. En 2025, le volume atteint six millions de tonnes. En neuf ans, la production a doublé. Or le modèle actuel montre ses limites. À peine un quart de ces déchets est pris en charge par Hysacam. La moitié est gérée sans méthodologie conforme à la réglementation en vigueur.

Le dernier quart finit abandonné dans la nature. Pour le ministère de l’Environnement, cette situation n’est plus soutenable. « Nous avons vécu pendant des années dans ce tourment de déchets avec tout ce que ça cause et que nous puissions maintenant en arriver à mettre en place ce qui fait en sorte que les déchets des uns deviennent la matière première des autres », a déclaré Hélé Pierre, ministre de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, qui présidait la cérémonie.

Les externalités sont lourdes. Pollution des milieux récepteurs, dégradation des paysages urbains, prolifération de maladies, émissions de gaz à effet de serre qui compromettent les engagements du pays auprès de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. La question des déchets devient ainsi un sujet économique autant qu’environnemental.

 LES COLLECTIVITÉS MISENT SUR LA VALORISATION

La Bourse nationale des déchets est présentée comme un mécanisme correctif. Sa plateforme électronique doit mettre en relation offreurs et demandeurs. Les déchets des uns deviennent intrants pour les autres. La logique affichée est celle d’un marché structuré, avec une animation des échanges et une meilleure traçabilité des flux.

Dans les collectivités, l’initiative est perçue comme une opportunité budgétaire. « Ce sont ces territoires qui ont davantage intérêt à voir les déchets disparaître de leurs territoires et nous apprécions cette très forte action du gouvernement à travers le ministère de l’Environnement. Cette action va véritablement donner une valeur ajoutée aux ordures parce qu’on ne peut plus parler de déchets. Il s’agit davantage d’un capital et nous allons nous insérer dans cette brèche. Nous nous réjouissons que nos villes vont changer d’image et surtout se faire un peu d’argent », affirme Daniel Edjo’o, maire d’Ebolowa.

UNE FILIÈRE INDUSTRIELLE EN ATTENTE DE STRUCTURATION

Du côté des industriels du recyclage, l’attente est également forte. « Cette bourse vient à point nommé. Red-Plast, en tant qu’entreprise de recyclage des déchets entend tirer profit de cette bourse de déchets. Nous avons une application qui permet de collecter les déchets en ligne. Donc ça va permettre d’interconnecter tous les acteurs de la chaîne de transformation des déchets pour une meilleure organisation. Nous allons jouer notre partition et nous connecter aux entreprises qui auront besoin de nos produits. Cette bourse est une aubaine. Nous espérons améliorer nos ventes et pouvoir bien huiler le réseau de transformation de déchets au Cameroun », explique Henri Yene, superviseur de Red-Plast à Yaoundé.

 Les associations de consommateurs y voient aussi un enjeu de santé publique. « Nous saluons à juste titre l’avènement de cet outil parce que le consommateur a droit à un environnement sain et le lancement de la Bourse nationale des déchets vient contribuer à l’atteinte de ce droit-là. Nous voyons au quotidien à quoi ressemblent nos villes. Le consommateur est exposé à plusieurs maladies qui impactent sa santé. Aujourd’hui, il est question pour nous d’espérer un meilleur environnement, que l’air que nous respirons soit moins pollué et que nous puissions véritablement être en santé. L’employabilité des jeunes sera également boostée à travers cet instrument. Reste que la mise en œuvre suive véritablement », prévient Prince Mpondo, président d’une association de défense des droits des consommateurs.

La Bourse nationale des déchets ambitionne ainsi de transformer un goulot d’étranglement urbain en filière économique structurée. Reste à savoir si la plateforme saura absorber les six millions de tonnes annuelles et réduire la part des flux hors normes. La crédibilité du dispositif se mesurera à sa capacité à réduire l’abandon sauvage et à intégrer le recyclage dans le circuit industriel national, tout en alignant la gestion des déchets sur les engagements climatiques du pays.

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