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Crise de l’or blanc : Les cotonniers africains alertent et tissent leur résilience

A l'issue d'une réunion de crise tenue à Douala le 13 février, l'Association Cotonnière Africaine (A.C.A.) a déploré la situation catastrophique de la filière coton à travers le continent et engagé les gouvernements à prendre des initiatives audacieuses pour sauver cette filière vitale pour l'économie africaine.

Le cœur battant du secteur cotonnier africain s’est déplacé cette semaine dans la capitale économique du Cameroun. Réunis sous la bannière de l’Association Cotonnière Africaine (A.C.A.), les dirigeants des sociétés cotonnières du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Mali, du Sénégal, de la Tanzanie et du Tchad ont brisé le silence. À travers la « Déclaration de Douala », ils lancent un avertissement solennel aux gouvernements et aux partenaires financiers car l’équilibre de toute une région vacille. Ce document officiel rappelle avec insistance que « le coton constitue un pilier majeur du développement rural, un moteur de création d’emplois, une source importante de devises et un facteur déterminant de stabilité sociale » pour des millions de familles africaines. À travers la « Déclaration de Douala », ces décideurs exhortent les gouvernements à une mobilisation immédiate pour préserver une filière menacée par une tempête économique dévastatrice pour la filière. 

Le poids du coton en Afrique

Le coton ne représente pas qu’une simple commodité d’exportation car, en Afrique subsaharienne, il s’érige en véritable garant de la paix sociale et du développement rural. “Plus de 30 millions de personnes dépendent ainsi, directement ou indirectement, de cette fibre pour leur subsistance quotidienne”, souligne le rapport. Au-delà de la simple production agricole, cette culture structure les territoires et finance les économies locales tout en renforçant la sécurité alimentaire des populations. Comme le précise le communiqué final de la rencontre de Douala, “Les sociétés cotonnières africaines font face à un contexte international particulièrement difficile, marqué par des chocs exogènes, une volatilité extrême et des distorsions croissantes du marché mondial qui pénalisent la compétitivité du coton africain. Les échanges au sein de I’A.C.A. confirment une fragilisation financière généralisée : déficits récurrents, tensions de trésorerie, difficultés d’accès au crédit et risque de défaillance dans plusieurs pays. Les participants ont souligné que la préservation de la filière coton constitue un enjeu majeur non seulement pour le développement économique, mais également pour la stabilité sociale et la résilience des territoires ruraux”.

Volatilité du marché mondial 

L’A.C.A. pointe du doigt un marché mondial devenu illisible et profondément injuste pour les producteurs du Sud. Depuis plus de trois campagnes consécutives, les cours mondiaux subissent une baisse persistante, une tendance alimentée par des tensions économiques globales et des stocks mondiaux particulièrement élevés. Cette situation est aggravée par une concurrence fortement subventionnée par les grandes puissances agricoles et une parité euro-dollar défavorable qui grignote les marges des exportateurs de la zone CFA. Selon les experts réunis au Cameroun, “aucune visibilité crédible ne permet d’anticiper un redressement durable à court terme, ce qui engendre une fragilisation financière généralisée marquée par des déficits récurrents et des difficultés croissantes d’accès au crédit”.

Au Cameroun, l’ambition de la transformation intégrée

Au Cameroun, la situation revêt une dimension stratégique particulière avec la mise en œuvre d’un projet industriel d’envergure visant à briser le cycle de la dépendance aux marchés extérieurs. Le gouvernement camerounais, en partenariat avec la Sodecoton, a lancé un plan de modernisation technologique visant à porter le taux de transformation locale de la fibre de 2 % à près de 50 % à l’horizon 2030. Ce projet repose notamment sur la construction d’une nouvelle usine de trituration de graines de coton et le renforcement des capacités de filature pour alimenter une industrie textile nationale renaissante. L’objectif est de capter la valeur ajoutée qui échappe actuellement au pays, tout en créant des milliers d’emplois industriels pour compenser les pertes de revenus liées à la chute des cours mondiaux de la fibre brute.

L’Impact Économique et l’Appel à la Résilience

L’impact de cette crise sur l’économie camerounaise est palpable, car le coton demeure le principal moteur économique des régions septentrionales du pays. Une défaillance de la filière entraînerait mécaniquement une hausse de la pauvreté rurale et pourrait fragiliser la stabilité de zones déjà sous pression sécuritaire. La Déclaration de Douala insiste sur le fait que la préservation de ce secteur est un enjeu de résilience pour les territoires ruraux. En conclusion de leurs travaux, l’A.C.A. et ses membres ont réaffirmé leur détermination à travailler en étroite collaboration avec les États et les partenaires financiers pour renforcer la compétitivité d’un secteur qui reste, malgré les crises, un pilier stratégique indéboulonnable du continent africain.

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