Le ministère de l’Eau et de l’énergie sera donc aux trousses des fraudeurs à compter du 15 mars 2026. Dans un communiqué signé, le 5 février 2026, le ministre de l’Eau et de l’Energie annonce le lancement d’une opération coup de poing contre la fraude à l’énergie électrique au Cameroun, à compter du 15 mars 2026.
« Ces opérations qui s’inscrivent dans le cadre des principales mesures à prendre dans le contexte post-renationalisation d’Eneo – le distributeur de l’électricité au Cameroun, NDLR – visent principalement à réduire les pertes commerciales et à faire respecter la loi », explique Gaston Eloundou Essomba. Officiellement, la fraude à l’énergie électrique au Cameroun occasionne des pertes estimées chaque année à plus de 60 milliards de FCFA, au détriment des investissements et de l’amélioration du service public de l’électricité. Ces pertes, selon les acteurs, contribuent à fragiliser davantage un secteur déjà financièrement sinistré.
« Par ailleurs, la fraude « est identifiée comme l’une des causes des multiples incendies et des cas d’électrocution», souligne le ministre Gaston Eloundou Essomba. Afin d’éviter de subir l’arsenal répressif dans le cadre de cette opération coup de poing, « tous les utilisateurs clandestins de l’énergie électrique» sont invités « à procéder sans délai à la régularisation de leurs compteurs et de leurs installations, afin de les rendre conformes aux normes en vigueur», prévient le membre du gouvernement.
DÉFICIT MENSUEL ESTIMÉ À 13 MILLIARDS DE FCFA
Lors d’une réunion à Douala, le 22 janvier 2026, le gouvernement et les chefs d’entreprise avaient posé un diagnostic clair : la crise persistante de l’électricité au Cameroun relève avant tout d’un problème de modèle économique. Selon le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Eneo enregistre en moyenne 31 milliards de FCFA de recettes mensuelles contre 44 milliards de FCFA de charges d’exploitation, générant un déficit mensuel estimé à 13 milliards de FCFA.
La dette cumulée de l’entreprise atteindrait 177 milliards de FCFA, pesant lourdement sur la qualité du service et la production industrielle. Pour y faire face, le MINEE avait annoncé un refinancement de la dette d’Eneo via un syndicat bancaire local. Cette opération devrait permettre de dégager environ 2,5 milliards de FCFA de gains financiers mensuels. L’enjeu est majeur pour les entreprises, confrontées aux délestages et aux variations de tension qui affectent leurs coûts, leur productivité et leurs décisions d’investissement, notamment dans le bassin industriel de Douala.
Les échanges entre le MINEE et le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) avaient mis en lumière l’ampleur du problème. Selon le président du GECAM, Célestin Tawamba, près de 80 % des entreprises identifient le déficit électrique comme leur principale contrainte opérationnelle, malgré les investissements réalisés dans les infrastructures de production. Dans sa feuille de route post-renationalisation, le gouvernement prévoit la renégociation de la dette, le règlement des arriérés publics et une réduction des coûts, couplés à une lutte renforcée contre la fraude, responsable de pertes estimées à 60 milliards de FCFA par an.
À l’horizon 2027, ces mesures pourraient générer près de 10 milliards de FCFA de recettes mensuelles supplémentaires, sous réserve d’une mise en œuvre effective.







