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La Banque africaine de l’énergie, un espoir encore fragile pour financer les ambitions du Cameroun

Installée à Abuja avec l’appui du Nigeria et portée par l’APPO et Afreximbank, la nouvelle institution veut combler le vide laissé par le retrait des bailleurs traditionnels du financement des hydrocarbures. Mais retards, souscriptions incomplètes et hésitations étatiques limitent encore sa capacité à soutenir des projets lourds comme le Compact énergétique camerounais ou la réhabilitation de la Sonara.

Le Cameroun recherche des financements massifs pour transformer son secteur énergétique, entre modernisation du réseau électrique et réhabilitation de sa raffinerie nationale. Dans cette équation, la Banque africaine de l’énergie (BAE), dont le siège a été inauguré le 3 février 2026 à Abuja, au Nigeria, apparaît comme un nouvel instrument africain susceptible, à terme, de soutenir ce type de projets stratégiques.

L’institution est une initiative conjointe de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) et de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, a d’ailleurs souligné, lors de cette inauguration, que la banque aidera en priorité à mobiliser des capitaux pour l’exploration, la production et les infrastructures énergétiques dans les États membres, à savoir l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Cameroun, le Tchad, le Congo, la RDC, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Ghana, la Libye, la Namibie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud. 

Le Cameroun a adopté en 2025 un Compact énergétique national (CEN) qui vise à transformer durablement le secteur de l’électricité d’ici 2030. L’enveloppe globale atteint 12,5 milliards de dollars (environ 7 750 milliards de FCFA), combinant financements publics, prêts concessionnels et capitaux privés. Yaoundé entend mobiliser à lui seul 6,5 milliards de dollars d’investissements privés, soit près de la moitié du total, afin de renforcer la production, le transport et la distribution, tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables. 

Dans le secteur pétrolier, la Sonara poursuit le Plan d’accélération des mesures de restructuration et de réhabilitation pour la reprise du raffinage sous 24 mois (Parras 24). Le coût du projet a été révisé de 300 à 291,9 milliards de FCFA. C’est dans ce contexte que la mise en place de la Banque africaine de l’énergie prend une résonance particulière pour le Cameroun. Elle vise à financer des projets pétroliers et gaziers en amont, au milieu et en aval, au moment où de nombreux bailleurs internationaux réduisent leur exposition aux hydrocarbures

 LES CONTRAINTES FINANCIÈRES LEVÉES ? 

Mais si l’institution prend forme sur le plan institutionnel, sa solidité financière demeure encore limitée. En novembre 2024, lors de la 46e session de l’APPO tenue à Yaoundé, les pays membres de la BAE indiquaient que le capital initial visé était de 5 milliards de dollars (environ 3 124 milliards de FCFA), avec une souscription théorique de 83,33 millions de dollars par pays. Cependant, en octobre 2025, des informations provenant de sources fiables soulignaient que la mobilisation du capital restait bloquée autour de 44 à 45 % du total requis. Selon les données communiquées, 99,953 millions de dollars avaient été mobilisés à l’époque grâce à trois pays pionniers : l’Angola (10 millions), le Ghana (20,83 millions) et le Nigeria (69,12 millions). Faute de réunir rapidement les 5 milliards, un seuil de démarrage de 500 millions de dollars avait été retenu. Omar Farouk Ibrahim, secrétaire général de l’APPO, indiquait qu’environ la moitié de cette enveloppe minimale serait sécurisée. 

Le ministre congolais des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua, évoquait quant à lui 40 % du budget de démarrage déjà mobilisé et appelait à un effort collectif des 18 membres. Denys Denya, premier vice-président exécutif d’Afreximbank, affirmait que des discussions se poursuivent avec plusieurs États et investisseurs institutionnels pour compléter le tour de table. Mais les contraintes budgétaires nationales, les priorités économiques internes et le contexte mondial de réduction du financement des hydrocarbures pèsent sur la dynamique. 

Une promesse plus qu’un guichet 

Pour le Cameroun, la BAE représente donc moins une solution immédiate qu’une option stratégique en construction. L’institution existe désormais physiquement et politiquement. Mais tant que sa base en capital ne sera pas consolidée, sa capacité à financer massivement des projets comme le Compact énergétique national ou la réhabilitation de la Sonara restera limitée. La banque prend forme. Sa crédibilité financière, elle, reste à bâtir. Même si, lors de l’inauguration, le ministre d’État nigérian aux Ressources pétrolières (Pétrole), Heineken Lokpobiri, a indiqué, sans plus de précisions, que « les retards antérieurs sont désormais levés ».  

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