Au Cameroun, la Société de recouvrement des créances (SRC), entreprise publique détenue à 100 % par l’État, se retrouve au cœur d’un sévère constat dressé par la Chambre des comptes de la Cour suprême. Dans un rapport couvrant la période 2018-2022, la juridiction financière épingle une charge locative « disproportionnée » qui pèse lourdement sur les finances de cette structure stratégique, pourtant chargée de sécuriser des recouvrements au profit du Trésor public.
Selon les magistrats, la SRC loue pour ses services centraux un immeuble situé dans le quartier huppé de Bastos, à Yaoundé, pour un loyer mensuel de 45 millions de FCFA. Sur la durée du bail, fixée à cinq ans, le coût total atteint 2,7 milliards de FCFA. Un niveau de dépense jugé excessif au regard des moyens réels de l’entreprise.
La Chambre des comptes souligne que le contrat est d’autant plus défavorable qu’il ne prévoit pas de possibilité de résiliation anticipée sans pénalités jugées « excessives ». En clair, la SRC est enfermée dans une dépense rigide, difficilement compressible en cas de tension budgétaire, ce qui accroît sa vulnérabilité financière.
Une charge qui absorbe près d’un tiers des revenus
L’impact de ce bail sur les comptes de la SRqc est évalué à 540 millions de FCFA par an, la charge locative absorbe près du tiers du produit global d’exploitation de l’entreprise, qui s’élevait à 1,82 milliard de FCFA en 2022. Pour la Chambre des comptes, le coût de la location est jugé « disproportionné par rapport aux besoins réels et aux moyens financiers de la SRC ».
Cette pression sur les ressources se traduit par des pertes qualifiées de « considérables ». Le rapport fait état de déficits financiers importants, dont un déficit de plus de 1,06 milliard de FCFA en 2022, malgré des pratiques comptables contestées. Les magistrats relèvent en effet des « reports irréguliers des charges de fonctionnement » sur les comptes de liquidation, une méthode qui permettrait de différer artificiellement certaines dépenses, sans pour autant redresser la situation de fond.
Au total, sur les exercices 2018, 2020 et 2022, la SRC affiche un déficit cumulé de plus de 2 milliards de FCFA, une trajectoire jugée préoccupante pour une entité publique dont la mission est précisément de renforcer les recettes de l’État.
Un choix immobilier vivement critiqué
Au-delà des chiffres, la Chambre des comptes s’attarde sur la logique ayant conduit la SRC à s’installer dans un immeuble loué à un coût aussi élevé. Le rapport rappelle que l’entreprise occupait auparavant un bâtiment situé en centre-ville, appartenant à l’État camerounais. Pour les magistrats, ce départ ne se justifiait pas dans les conditions observées.
« La SRC n’aurait dû libérer l’immeuble, propriété de l’État, qui abritait ses services, que pour s’installer dans un bâtiment dont elle est propriétaire », estime la juridiction. En optant pour la location d’un immeuble de plusieurs niveaux dans un quartier huppé, les organes dirigeants auraient, selon les termes du rapport, entraîné l’entreprise « dans une opération manifestement ruineuse ». Cette décision immobilière est ainsi présentée comme l’un des facteurs structurants de la dégradation financière de la SRC, dans un contexte où chaque charge pèse directement sur sa capacité à remplir sa mission de recouvrement.
L’audit ne se limite pas à la question du loyer. La Chambre des comptes relève de nombreuses irrégularités dans la gestion de l’entreprise sous la direction de Marie-Rose Messi, en poste depuis 2013. Le rapport évoque notamment l’octroi d’avantages indus à des dirigeants, le non-reversement intégral à l’État des sommes effectivement recouvrées, ainsi qu’une surévaluation du montant des créances à récupérer.
Pris ensemble, ces éléments renforcent le constat d’une gouvernance jugée défaillante, alors même que la SRC joue un rôle sensible dans l’architecture financière de l’État camerounais. Pour la juridiction, cette situation est « de nature à entraîner des risques budgétaires pour l’État », dans un contexte où la maîtrise des finances publiques demeure un enjeu central.
Construire ou acheter, plutôt que louer
Face à ce diagnostic, la Chambre des comptes formule une recommandation claire. Dans sa recommandation n°9, elle invite les organes dirigeants à « envisager la construction ou l’acquisition d’un immeuble siège de la SRC ». L’objectif est de mettre fin à une charge locative jugée insoutenable à moyen terme et de doter l’entreprise d’un actif immobilier plus cohérent avec sa situation financière.







