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Réunions d’orientation 2026 : le Minpmeesa remet l’artisanat au centre de la SND30

Au Cameroun, l’artisanat ne relève ni du folklore économique ni d’un simple secteur de subsistance. Il constitue l’un des piliers les plus concrets de l’économie réelle, celle qui produit, transforme, emploie et irrigue quotidiennement les communautés locales. C’est ce constat, chiffré et assumé, qui a structuré les échanges des Réunions annuelles d’orientation 2026 du MINPMEESA, tenues fin janvier à Yaoundé, dans un contexte où la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) cherche des relais de croissance ancrés dans les territoires.

Selon les données présentées par l’administration, l’artisanat contribue à environ 5 % du produit intérieur brut. Un chiffre modeste à l’échelle macroéconomique, mais qui masque un poids social et territorial déterminant. Le secteur représenterait près de 35 % de l’emploi total, avec une forte concentration de jeunes (60 %) et de femmes (45 %), confirmant son rôle de principal amortisseur du chômage et de l’exclusion économique dans un pays à forte croissance démographique.

UNE ÉCONOMIE DE PROXIMITÉ AU CŒUR DES TERRITOIRES

 Contrairement aux secteurs extractifs ou à certaines industries capitalistiques, l’artisanat opère au plus près des populations. Présent dans les dix régions du pays, il structure aussi bien les économies urbaines que rurales. En milieu urbain et périurbain, où se concentrent environ 65 % des artisans, il alimente des activités de production, de services et de maintenance indispensables au fonctionnement quotidien des villes. En zones rurales, qui regroupent près de 35 % des acteurs, l’artisanat de transformation agricole, du bois ou du textile joue un rôle clé dans la fixation des populations et la génération de revenus locaux.

Cette dimension territoriale explique pourquoi les pouvoirs publics parlent désormais d’« économie réelle » : l’artisanat transforme directement les ressources locales en biens et services tangibles, sans dépendre massivement des importations. Bois, produits agroalimentaires, textile ou métal constituent la base d’une chaîne de valeur courte, dont les effets multiplicateurs se diffusent rapidement dans les économies locales.

UN SECTEUR STRUCTURANT, MAIS FAIBLEMENT VALORISÉ

Malgré ce rôle central, la valeur économique créée reste limitée par des contraintes structurelles persistantes. L’informalité domine encore largement, rendant difficile la mesure statistique réelle de la production et freinant l’accès au financement bancaire. La productivité demeure faible, en raison d’équipements rudimentaires, d’un accès limité à la formation technique et d’une faible intégration aux circuits commerciaux organisés.

 Les villages artisanaux, conçus comme des pôles de production, de formation et de commercialisation, illustrent ce paradoxe. Treize infrastructures sont aujourd’hui fonctionnelles, appuyées par un réseau de 360 Bureaux communaux de l’artisanat. Pourtant, leur rendement économique reste inférieur aux attentes, en raison de taux d’occupation inégaux, de difficultés de gouvernance et d’une monétisation encore limitée des activités.

EMPLOI, INCLUSION ET STABILITÉ SOCIALE

Au-delà des chiffres de production, l’artisanat joue un rôle stratégique dans la cohésion sociale. Il constitue un point d’entrée rapide vers l’auto-emploi, notamment pour les jeunes et les femmes exclus du marché du travail formel. L’apprentissage, souvent informel mais structurant, permet la transmission intergénérationnelle des savoir-faire et le renforcement du capital humain, un objectif central de la SND30. Dans les zones rurales, cette capacité d’absorption de la main-d’œuvre contribue à limiter l’exode vers les grandes métropoles, tout en soutenant les revenus des ménages. À ce titre, l’artisanat agit comme un stabilisateur social, réduisant les pressions sur les infrastructures urbaines et participant à un développement territorial plus équilibré.

 UN PILIER APPELÉ À CHANGER D’ÉCHELLE

Conscientes de ces enjeux, les autorités entendent repositionner l’artisanat comme un pilier assumé de la transformation structurelle. La feuille de route 2026-2028 prévoit un renforcement du cadre institutionnel, une accélération de la formalisation, des mécanismes de financement dédiés et une montée en puissance de la digitalisation, notamment via des plateformes de commercialisation en ligne et des outils de marketing numérique.

L’objectif n’est pas de transformer l’artisanat en industrie lourde, mais de consolider son rôle dans l’économie réelle, en améliorant la productivité, la qualité et l’accès aux marchés. À moyen terme, la montée en valeur du secteur pourrait élargir l’assiette fiscale, renforcer la résilience économique des territoires et soutenir une croissance plus inclusive.

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