mardi, février 3, 2026
spot_img
AccueilInterviewHenri KOUAM, «Le litige sur le scanning peut avoir un impact...

Henri KOUAM, «Le litige sur le scanning peut avoir un impact sur le prix final des marchandises »

 L’expert en politiques publiques nous livre son analyse sur ce qui est considéré comme un bras de fer entre le gouvernement et le Port Autonome de Douala sur l’activité de scanning de marchandises et son incidence sur l’économie.

Après diverses sorties contradictoires des membres du gouvernement, le premier ministre a récemment tranché l’affaire de scanning au port de douala en donnant instruction de maintenir le contrat de SGS. Une position qui rejoint celle précédemment exprimée par le ministre Finances vis à vis du PAD qui a préféré l’ignorer. Comment comprendre cette affaire ?  

L’Autorité portuaire, sous la direction de son directeur général Cyrus Ngo’o, soutient que le contrat de dix ans liant la PAD à SGS a expiré le 31 décembre 2025. Il invoque un décret présidentiel de 2019 conférant au PAD l’autonomie sur son domaine portuaire et lui permettant de désigner un nouvel opérateur. Le PAD a mandaté Transatlantic DSA pour prendre le relai à compter du 1er janvier 2026, arguant que les équipements de SGS ne répondent plus aux exigences du commerce moderne. Le PAD ambitionne d’étendre le contrôle à 100 %, incluant les véhicules et les marchandises en vrac, une tâche qui, selon elle, serait mieux gérée par la nouvelle société. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, s’est fermement opposé à cette transition. Le ministère privilégie les recettes à la prévisibilité dans la gestion des opérations portuaires. En effet, il doit obtenir un montant précis auprès du gouvernement pour financer les nombreux projets. Le MINFI soutient que le compte à rebours de dix ans n’a commencé qu’en 2022, avec la livraison complète du matériel. De plus, il affirme que l’autorité portuaire ne peut pas passer outre un contrat signé par l’État (ce qui est vrai et regrettable).

Au Port de Douala, des opérateurs économiques se sont trouvés embarrassés entre les deux plateformes. Celle d’Atlantic et de SGS. D’aucuns ont même parlé de « scanner fantôme » indiquant que SGS continuait de facturer aux expéditeurs des services qu’elle n’effectuait plus. Quelles sont les incidences économiques de cette affaire ?

Naturellement, cela aura des répercussions négatives sur l’économie, bien plus importantes que ce que nous pouvons imaginer actuellement. Sur le commerce et l’économie, lorsque des services essentiels sont interrompus et que les opérateurs commerciaux sont confrontés à l’incertitude quant aux procédures qui devraient être standardisées, les conséquences sont immédiates, coûteuses et néfastes pour l’économie camerounaise et l’ensemble de la région CEMAC. Pour les opérateurs, c’est un véritable cauchemar, car cela peut entraîner une double facturation, augmentant ainsi les coûts. Étant donné que deux entités revendiquent le droit de facturer ce service vital, les importateurs se retrouvent face à un scénario cauchemardesque.  Le Cameroun affiche déjà des coûts logistiques parmi les plus élevés d’Afrique (représentant 30 à 40 % du prix final des marchandises). Ce scandale ajoute une surtaxe administrative qui rend les produits et les processus commerciaux camerounais moins compétitifs. Cela peut perturber le contrôle des conteneurs et les goulots d’étranglement créés par ce scandale ne feront qu’aggraver la situation. De plus, si l’autorité portuaire ne reconnaît pas les résultats de contrôle d’un opérateur, les conteneurs restent immobilisés. Le temps d’attente dans le port de Douala peut parfois dépasser vingt jours, entraînant des frais de surestaries importants pour les commerçants.

 Avec la position stratégique du port de Douala, quel impact sur le commerce régional ?

Le commerce régional sera fortement impacté par cette crise administrative. Douala est vitale pour le Tchad et la République centrafricaine, pays enclavés, ce qui rend la recherche d’une solution d’autant plus urgente. Si cette instabilité persiste, il faut s’attendre à ce que certaines cargaisons soient détournées vers les ports de Kribi ou de Cotonou, accélérant ainsi le désengagement de Douala et fragilisant son rôle de plaque tournante régionale pour des millions d’entreprises. Cette affaire envoie par ailleurs un message alarmant aux investisseurs et aux partenaires internationaux.

spot_img
LIRE AUSSI
0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

ACTUELLEMENT EN KIOSQUE

spot_img

LES PLUS RECENTS

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x