vendredi, janvier 16, 2026
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L’Institut français du Cameroun mise sur la co-construction culturelle en 2026

L’Institut français du Cameroun ouvre sa saison culturelle ce vendredi 16 janvier 2026 à Yaoundé, sous le signe du « Tout-monde » et de la pensée d’Édouard Glissant. Plus qu’une suite d’événements artistiques, cette programmation se veut un cadre de réflexion et de positionnement culturel. Présentée à la presse le 9 septembre 2026 en présence d’artistes et de partenaires, elle s’appuie sur le concept du « Tout-monde », élaboré par le poète et philosophe martiniquais (1928-2011), pour interroger les relations entre cultures, territoires et imaginaires contemporains.

« Cette saison 2026 se déploie comme une invitation à explorer les liens entre l’Afrique, les Caraïbes et l’Europe, entre histoires partagées, mémoires entremêlées et futurs à imaginer ensemble », a declaré Muriel Piquet Viaux, directrice de l’IFC Cameroun. Ce choix n’est pas symbolique. Il traduit une volonté institutionnelle de repositionner l’action culturelle française au Cameroun dans un contexte international marqué par la remise en question des modèles classiques de diplomatie culturelle, longtemps fondés sur la diffusion verticale des œuvres et des normes.

Le « Tout-monde », dans la pensée de Glissant, désigne un monde structuré par les relations entre cultures, par les circulations et les interdépendances, plutôt que par l’isolement ou la hiérarchisation. Appliqué à une saison culturelle, ce cadre théorique sert ici de grille de lecture pour interroger les liens entre l’Afrique, les Caraïbes et l’Europe, ainsi que les héritages historiques et les imaginaires contemporains qui les relient.

Vers la co-construction

La saison 2026 se distingue par une inflexion stratégique claire : la diplomatie culturelle n’est plus présentée comme un outil de rayonnement unilatéral, mais comme un espace de co-construction avec les acteurs locaux. La programmation est conçue comme pluridisciplinaire et participative, associant arts visuels, musique, danse, théâtre, cinéma, littérature, sciences humaines, pratiques numériques, architecture, urbanisme ou encore gastronomie. Cette diversité disciplinaire répond à une logique : croiser les savoirs et les formes artistiques pour rendre accessibles des concepts souvent perçus comme abstraits, tels que la créolisation, l’identité-relation ou l’archipel, notions centrales chez Glissant.

Dans cette perspective, la culture est envisagée comme un levier de dialogue et de médiation. Elle devient un outil de compréhension mutuelle entre sociétés, mais aussi un espace où se discutent des enjeux globaux : diversité culturelle et linguistique, rôle de la jeunesse, liens entre création artistique, savoirs endogènes et écologie.

Une programmation territorialisée

La saison 2026 est structurée autour de trois grandes périodes : janvier-avril, mai-août et septembre-décembre. Les activités se déploient à la fois dans les murs des Instituts français de Yaoundé et de Douala et hors les murs, en partenariat avec quatre acteurs culturels camerounais.

Tout au long de l’année, des expositions sont prévues dans les deux villes, notamment dans le cadre du Cabinet de curiosités. En avril, une exposition consacrée à l’Ensemble national du Cameroun, photographié par Adama Sylla, est annoncée à Douala, tandis que Yaoundé accueillera l’exposition Ville cruelle. Entre juillet et août, l’IFC de Douala présentera Arc-en-ciel monochrome, accompagnée de projections de la collection cinématographique Regards des Outre-mer à Douala et Yaoundé. La même période sera marquée par l’Urbain Arts Festival dans les deux métropoles. D’autres activités sont programmées sur le reste de l’année, dans une logique de continuité plutôt que d’événementialisation ponctuelle.

Jeunesse, participation et espaces publics

Un axe central de la saison concerne la jeunesse camerounaise, considérée non comme simple public, mais comme actrice des dispositifs proposés. Plusieurs projets mettent l’accent sur la participation active et l’appropriation des contenus.

Le projet L’archipel des quartiers, porté par Louise Abomba, transforme les quartiers en espaces de récits partagés à travers des parcours artistiques, balades poétiques, performances interactives et installations éphémères. L’espace public devient ainsi un lieu de création et de dialogue, où les mémoires locales sont mobilisées comme matière culturelle.

Le programme Paroles et identités du Tout-monde, développé par The Okwelians, vise à rendre la pensée glissantienne accessible à un large public jeune. Ateliers philosophiques, concours d’éloquence, universités populaires et séminaires en forêts communautaires traduisent des concepts théoriques en outils de réflexion collective. Déployé dans les dix régions du Cameroun, le projet doit aboutir à un Manifeste du Tout-monde camerounais, élaboré autour des questions de cohésion sociale et de transition écologique.

Résidences, transmission et circulation des savoirs

La saison accueille également plusieurs résidences de recherche et de création. Parmi elles, une résidence confiée à Ruben pour une réinterprétation contemporaine du conte musical Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev, présentée à Douala et Yaoundé.
Ces résidences s’inscrivent dans une logique d’hybridation culturelle : il ne s’agit pas seulement de produire des œuvres, mais de créer des espaces de transmission, de dialogue et d’adaptation des formes artistiques à des contextes locaux.

Le projet La parole nomade, porté par Kouam Tawa, illustre cette démarche. Lectures itinérantes, arbres à poèmes, ateliers d’écriture, performances et enregistrements radiophoniques font circuler la parole de Glissant sous des formes accessibles et mobiles, en dehors des cadres institutionnels traditionnels.

Culture, écologie et savoirs endogènes

Avec le Conseil International de Dialogue et de Partenariat (CIDP), la saison 2026 articule culture, écologie et savoirs traditionnels. Quatre actions sont prévues de Maroua à Limbé, de Yaoundé à Garoua : jardins communautaires inspirés de la philosophie de la Relation, ateliers de permaculture et de médecine endogène, débats inter-lycées et dispositifs numériques de médiation culturelle. Cette orientation élargit le champ de la diplomatie culturelle vers des enjeux environnementaux et sociaux, en lien direct avec les réalités locales.

La saison culturelle 2026 de l’Institut français du Cameroun se présente ainsi comme un dispositif de soft power renouvelé. Elle ne repose plus sur la seule diffusion d’œuvres ou de références culturelles françaises, mais sur la mise en relation de territoires, de mémoires et de pratiques. Dans un contexte international marqué par des crispations identitaires et des urgences écologiques, cette programmation propose une diplomatie culturelle fondée sur la relation, la circulation et l’ancrage local. Elle redéfinit le rôle de l’Institut français non comme simple opérateur culturel, mais comme plateforme de co-production d’imaginaires et de débats, à l’intersection du Cameroun, de la France et d’un espace culturel global en recomposition.

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