Dès sa prise de fonction en mars 2022, Christopher John Lamora avait placé le MINEPAT parmi ses premiers interlocuteurs institutionnels. « Quand je suis arrivé ici au Cameroun en tant qu’ambassadeur, il faisait partie des premiers ministres que je suis venu voir, parce qu’il y a autant de possibilités, autant d’opportunités dans les relations économiques, les investissements, le commerce et le développement », a-t-il rappelé à l’issue de l’audience. Une déclaration qui résume la logique de travail adoptée tout au long de son mandat : inscrire la coopération américaine dans les priorités économiques définies par l’État camerounais.
Sur le plan sectoriel, le bilan fait apparaître plusieurs accords structurants. Le plus significatif concerne la santé publique. Un accord signé avec le ministère de la Santé publique prévoit un engagement financier d’environ 900 millions de dollars américains sur cinq ans. Ces ressources sont destinées au renforcement du système de santé camerounais, notamment à travers l’amélioration des infrastructures, l’accès aux soins et le soutien aux programmes de santé publique. À l’échelle nationale, ce type de financement constitue un apport majeur dans un secteur confronté à des besoins structurels élevés.
Le volet énergétique figure également parmi les dossiers emblématiques du mandat. En 2024, un protocole d’accord a été signé pour la construction d’un barrage sur le fleuve Sanaga, axe stratégique de la production hydroélectrique du pays. Le projet est porté par une entreprise américaine dirigée par un Camerouno-Américain basé aux États-Unis, illustrant l’implication de la diaspora dans les investissements productifs. Sans entrer dans les détails techniques, ce type d’infrastructure vise à accroître les capacités de production d’électricité, un facteur clé pour l’industrialisation et l’attractivité économique du Cameroun.
Les infrastructures rurales ont constitué un autre champ d’intervention. Un protocole d’accord a été conclu avec la société américaine Hoffman pour la fourniture d’équipements lourds destinés à la construction de routes rurales, notamment dans des zones enclavées. Ces équipements – engins de terrassement et de génie civil – sont essentiels pour améliorer la connectivité des bassins de production agricole, réduire les coûts de transport et faciliter l’écoulement des produits vers les marchés urbains.
Au-delà de ces projets précis, l’action de l’ambassadeur s’inscrit dans un cadre plus large de coopération économique et humanitaire. Selon des sources officielles, les États-Unis ont mobilisé plus de 650 millions de dollars d’aide humanitaire bilatérale en faveur du Cameroun depuis 2014, avec un impact direct sur environ 1,4 million de bénéficiaires pour la seule année 2021. Sur le plan commercial, les échanges entre les deux pays atteignaient 366 millions de dollars en 2018, un niveau qui traduit une relation économique réelle, bien que perfectible au regard du potentiel des deux économies.
Dans cette architecture, le MINEPAT apparaît comme un acteur central. Chargé de la planification, de la coordination de l’aide extérieure et de l’orientation des investissements publics, le ministère a servi d’interface entre les priorités nationales et les propositions de coopération américaine. « Le MINEPAT est au centre de tout ça, avec d’autres ministères bien sûr », a souligné Christopher John Lamora, mettant en avant une collaboration qu’il qualifie de « fructueuse » sur l’ensemble de son mandat.
À l’heure de son départ, l’ambassadeur a insisté sur la continuité institutionnelle. Bien qu’il quitte Yaoundé à la fin de la semaine, il affirme que le chargé d’affaires et l’ensemble de l’équipe diplomatique américaine poursuivront le travail engagé avec les autorités camerounaises. Une manière de rappeler que la coopération USA–Cameroun, vieille de près de soixante ans, repose moins sur les personnes que sur des mécanismes institutionnels et des intérêts économiques partagés.
Pour le Cameroun, ce bilan met en lumière une coopération orientée vers des secteurs jugés stratégiques pour la croissance et le développement. Pour les États-Unis, il s’agit de consolider une présence économique fondée sur des projets concrets, des volumes financiers significatifs et un dialogue étroit avec les structures nationales de planification. Un héritage diplomatique mesurable, dont l’impact dépendra désormais de la mise en œuvre effective des accords signés.







