samedi, novembre 29, 2025
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Yvette Valérie Doume, « Nous travaillons à créer une interprofession de la filière manioc »

 

La Fondatrice de l’ONG Femme action et développement au Cameroun et en Centrafrique (FADEC) et promotrice du festival All Kassava livre les contours de l’évènement qui se tiendra du 24 au 27 juillet 2025, tout en soulignant les défis et potentiels de ce tubercule.

La deuxième édition du festival All Kassava est prévue à Douala en juillet prochain après une édition en novembre 2024. Pourquoi ce changement de timing et à quoi doit-on s’attendre ?

Le second semestre de cette année sera un peu mouvementé au Cameroun au regard de la météo politique qui affiche des nuages pleins d’activités politiques, notamment le cœur de notre démocratie qui se manifestera à travers l’élection présidentielle. Des énergies seront donc cristallisées autour de cette actualité en perspective. Nous nous sommes dit, avec nos différents partenaires et acteurs, qu’il était judicieux de le tenir en juillet. La tutelle a approuvé cette proposition. Même s’il y a la pluie, elle n’empêchera rien (sourire). C’est une grande fête, elle aura lieu même sous la pluie.

Tous les producteurs de manioc y sont attendus. Des agriculteurs, ceux qui transforment la matière première sous toutes ses formes, des industriels. Ce que beaucoup ne savent peut-être pas, de nombreuses industries de chez nous utilisent abondement de l’amidon qu’ils importent !  Notre but est de faire savoir à tous que de l’industrie pharmaceutique à l’industrie brassicole en passant par l’agroalimentaire, la transformation du bois en papier, l’industrie financière, des équipementiers, la fabrication de la colle, le manioc a de nombreux dérivés. Des choses connues juste par une toute petite poignée de personnes. Le festival All Kassava est donc ouvert à tous, afin que tous viennent découvrir l’or blanc et ses mille et un avantages. Ce qui pourrait susciter des vocations dans ce segment de notre économie en ces temps où la guerre commerciale est d’actualité et où les importations de blé connaissent une décrue. Le moment est venu de mieux cerner ce que nous produisons comme manioc et comment le mettre en valeur, et même effacer vigoureusement ces aprioris qui présentent le manioc comme une ressource alimentaire qui rendrait crétin. (Sourire). Le festival aura lieu à la maison du parti de Bonanjo, des enregistrements sont ouverts.

 Selon vous, quelle est la plus-value du manioc comparativement aux autres tubercules ou spéculations ?

Nous trouvons, en toute honnêteté, que le manioc a beaucoup de débouchés, une panoplie de dérivés. Il s’agit d’un tubercule riche. Sans doute d’autres tubercules le sont aussi. Mais moi je suis fille du manioc, je suis de Bonomo Ba Mbenguè (banlieue de Douala, Ndlr). C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi le manioc car il est en train de perdre de sa valeur, le Mintoumba (forme de gâteau de manioc à l’huile de palme, ndlr), pareil. Le Bobolô (bâton de manioc issu de la Région forestière du Cameroun, ndlr), tous perdent de leur valeur.  Notre but est donc de rehausser cette grandeur et renforcer le côté industriel. Un détail.  Partout où les camerounais se trouvent dans le monde, ils sont prêts à consommer ces dérivés du manioc que je viens de lister, nous les appelons MMB (manioc, mintoumba, bobolô). Encore une fois donc, nous voulons que ce tubercule reprenne de la valeur. Ce qui permettra de promouvoir le développement durable. Les camerounais sont attachés à la culture du manioc par amour mais n’arrivent pas à s’en sortir parce qu’ils ne savent pas à qui le vendre. Il y en a qui veulent acheter, ils ne savent pas chez qui acheter, conséquence chacun est dans son coin. Notre but est donc de briser ces barrières. Nous avons une communauté au sein de laquelle les gens vendent.

En RCA, des investisseurs étrangers souhaitent créer 25 000 emplois directs à travers 10.000 hectares de champs de manioc. Qu’est-ce que le Festival All Kasava peut tirer de ce projet ?

Le projet de construction d’une industrie, je dirai de pointe au tour et sur le manioc en RCA est une opportunité réelle pour All Kasava. En 2024 lors de la première édition, la RCA était présente. Voir un tel projet se nouer après All Kasava est une fierté. Plus de 130 milliards de FCFA que ces investisseurs que vous évoquiez vont injecter dans la filière manioc en RCA est un gros challenge pour nous, une opportunité. Nous verrons en interne comment prendre langue avec les acteurs du projet pour que All Kassava joue un rôle dans cet univers.

Quelles sont les innovations prévues cette année ?

La première édition nous a permis de nous rendre compte qu’il y avait un besoin dans le sens de la promotion du manioc, de la visibilité de ce tubercule.  Il y a donc eu un engouement autour de cette première édition. Cette année, il est question de ratisser large pour intéresser le producteur, où qu’il soit. Par ailleurs, à la première édition, nous avons pris l’engagement, avec l’accord du ministère de l’Agriculture, de mettre sur pied une interprofession pour porter la filière manioc ; réunir tous les acteurs du manioc afin de mieux analyser le manioc et ses dérivés. C’est un travail qui est en cours avec l’onction du Minader. Autre chose à souligner, la diaspora camerounaise basée en Europe voudrait participer activement au festival All Kasava. La dernière fois, il y avait déjà quelques membres de ladite diaspora, et cette fois-ci, ils veulent être plus actifs dans l’organisation et soutenir certains petits producteurs.

En termes de participation, quel bilan faites-vous de la dernière du festival All Kassava ?

Ça a été un sacré coup réussi, nous avons touché beaucoup de personnes au-delà de la Région du Littoral. C’est un festival national, mais aussi international. Nous avons eu des exposants provenant de six régions du pays. Il n’y a que l’Extrême Nord, le Nord, le Nord-ouest, l’Ouest qui n’ont pas pu être là, je crois, faute de moyens car cette organisation était notre première édition, nous n’avons pu les contacter à temps.  Au niveau de la sous-région CEMAC, nous avons sensibilisé des pays. Nous avons eu des représentants de la RCA et du Gabon. D’autres pays seront là cette année. Il y en a qui voulaient venir de la RDC, mais ils n’ont pas eu de financements, d’autres des Caraïbes avaient aussi manifesté leur désir d’ être là. Mais nous avons eu des partenaires venant d’Espagne qui avaient présenté de nouvelles technologies en matière agricole comme des drones. Donc, le bilan a été positif pour une première édition. Les autorités nous ont beaucoup accompagnés : des autorités politiques, traditionnelles etc.  Nous sommes parrainés par le MINADER (ministère de l’Agriculture et du développement rural), qui a veillé à la perfection de tout, de la sécurité des exposants, la facilitation du transport des marchandises entre autres. Nous avons touché une masse importante de personnes, en un mot, il y a eu de l’écho, un écho favorable car il faut le souligner, nous avons constitué une bonne communauté de près de 300 personnes. C’était cela le but car il était également question de mettre en réseau tous les acteurs de la chaîne de valeur.

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