Yaoundé: les curiosités des manifestations anti-Macron

Les manifestations anti-françaises organisées les 24 et 25 février derniers n’ont pas fini de livrer tous leurs secrets.

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Deux jours après les propos tenus par Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture de Paris au sujet de son homologue Paul Biya samedi dernier, des centaines de jeunes Camerounais ont manifesté, lundi 24 et mardi 25 février, devant l’ambassade de France à Yaoundé. Vêtus de t-shirt blanc pour la plupart et munis de drapeaux du Cameroun, les manifestants brandissaient des pancartes hostiles au président français. « M. Macron, le Cameroun n’est pas une province de la France » ; « M. Macron mêle-toi de tes oignons » ; « Le Cameroun est un État souverain, indépendant depuis 1960 », pouvait-on lire. Ulcérés par les propos « condescendants » du président de la République de France à l’endroit du chef de l’Etat camerounais, les manifestants voulaient en effet démontrer leur indignation. Seulement, les marches de Yaoundé ont vite levé le voile sur un certain nombre de « ratés » et de « secrets ».
Des manifestations « non autorisées » ?
La sortie publique d’Emmanuel Macron a lieu samedi. Et les premières manifestations des jeunes camerounais devant l’ambassade de France se tiennent lundi, en début de matinée. Suffisant pour susciter des doutes. D’après certains manifestants en effet, les marches de Yaoundé n’ont pas nécessité une autorisation préalable. La preuve ? Les organisateurs de ces rassemblements soutiennent mordicus que « toutes les manifestations n’ont pas besoin d’autorisation ». « Déclaration ou pas déclaration, c’est notre pays qu’on défend. Nous n’avons pas besoin de prendre une autorisation de manifestation qui perd le temps. A menace globale, riposte globale », a déclaré Marie Paul Ango Nnanga, présidente du Mouvement des Patriotes Indomptables, l’une des associations qui a lancé l’appel à manifestation de lundi. Georges Clément Meka, président du Mouvement pour la Défense de la Patrie (Modepa) initiateur de la marche du lendemain, a quant à lui indiqué que sa manifestation a été autorisée après avoir « supplié les autorités ». « Je peux vous dire que nous avons dû nous agenouiller, parce que nous avons trouvé que toute loi doit avoir des exceptions. Lorsque notre pays est en danger, nos autorités se doivent d’user de ces exceptions », a-t-il déclaré. Surprenant n’est-ce pas ? D’autant plus que du côté de la sous-préfecture de Yaoundé III, c’est l’omerta. Pas moyen d’avoir la confirmation, ni la copie d’une déclaration préalable. Toujours est-il que, selon des experts, aucune autorisation ne pourrait être délivrée pour une manifestation publique, avant un délai de sept jours. « La loi de 1990 sur les manifestations publiques stipule dans son chapitre II, article 7 que : La déclaration est faite au district ou à la sous-préfecture où la manifestation doit avoir lieu, 7 jours francs au moins avant la date de ladite manifestation. Or de samedi, jour de la sortie du président Macron, à lundi, il n’y a eu qu’un jour », explique notre source.
L’ambassade de France refuse un courrier adressée à Macron
Le Mouvement pour la Défense de la Patrie (Modepa) est sorti mardi dernier avec l’idée d’organiser une marche, de manifester devant l’ambassade de France, puis d’y déposer une pétition adressée au président français Emmanuel Macron. Si la marche et la manifestation devant l’ambassade se sont bien déroulées, il est survenu un petit incident au moment de déposer le courrier. Bravant l’escouade de gendarmes et de policiers qui a formé un cordon devant l’ambassade de France, Simon Metsengue, le porte-parole du mouvement et son président se sont dirigés vers la guérite de l’ambassade. Mais ont été refoulés par un agent de l’ambassade qui a opposé une fin de non-recevoir à leur courrier. « Lorsque nous sommes arrivés au service du courrier, les diplomates français ont estimé qu’ils ne pouvaient pas prendre ce courrier, disant avoir déjà fermé leur porte, malgré le fait qu’il n’était que 15 heures. Nous avons insisté, ils nous ont demandé de passer un autre jour », relate Georges Clément Meka, président du Mouvement. Le Modepa promet de revenir un autre jour déposer la pétition.
Une nièce de Paul Biya aux avant-postes
Dans les coulisses des manifestations de Yaoundé, l’on apprendra que la manifestation de mardi dernier a été organisée par Cathie Meba, la fille de Pierre Meba Mvondo le frère cadet de Paul Biya. Elle a d’ailleurs été aperçue au-devant de la scène, tee-shirt jaune, pantalon noir et basket au pied, brandissant un drapeau vert-rouge-jaune en signe de protestation. Considérée comme une des leaders du Mouvement de la Défense de la Patrie (Modepa), elle entend défendre le Cameroun partout où besoin se fera. C’est d’ailleurs elle, qui selon nos sources portera en France, le courrier que le Modepa a adressé à Emmanuel Macron, au cas où l’ambassade de France à Yaoundé s’obstine à le réceptionner.
Les ordres qui viennent « d’en haut »
L’une des plus grandes surprises observées lors des manifestations de Yaoundé, c’est l’attitude de la police et de la gendarmerie venues en spectateurs à ces manifestations. Contrairement à toutes les manifestations antérieures non autorisées qui ont été dispersées à coup de lacrymogène et d’eau, les manifestations de cette semaine ont plutôt été contemplées par les équipes mixtes de gendarmerie et de police. Lors de la marche de mardi, l’on a vu les éléments de la police tracer l’itinéraire aux manifestants. Du boulevard du 20 mai jusqu’à l’ambassade de France, en passant par Olezoa, le cortège était précédé par une voiture banalisée de la police, tandis qu’un pick-up de la gendarmerie fermait la queue. Devant l’ambassade, les équipes mixtes de la police et de la gendarmerie ont juste pris la peine de former un cordon devant la façade principale de la représentation diplomatique pour éviter qu’un quelconque incident se reproduise. Selon un élément de la police, « l’ordre de laisser les gens manifester librement est venu d’en haut ».
Du perdiem pour les manifestants
Durant les évènements de Yaoundé, des listes ont circulé. Les manifestants ont tous été enregistrés. Et à la fin de chaque journée, ces derniers ont reçu des perdiem. Selon certains manifestants, les sommes reçues pouvaient varier entre 1500 francs CFA et 3000 francs CFA. « C’était en fait de l’argent de taxi. Et les montants variaient en fonction des associations présidentes sur place », confirme un jeune manifestant. On dénombre à environ 500, les jeunes ayant répondu favorablement à l’appel à manifester contre le président français Emmanuel Macron.
Joseph Essama

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