Yaoundé : La soldatesque refuse l’hommage académique à un enseignant mort

Les seigneurs de la craie ont été dispersés par des policiers et gendarmes.

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Boris Kevin Njomi Tchakounté ne bénéficiera pas de l’hommage académique. Du moins tel que voulu par les enseignants. L’organisation prévue par le syndicat des enseignants indignés du Cameroun a été dispersée par la police et la gendarmerie qui ont stoppé net le cortège funèbre qui accompagnait la dépouille de l’enseignant de mathématiques poignardé à mort par son élève le 14 janvier 2020. A coup de canons à eau et de gaz lacrymogènes, les forces de maintien de l’ordre ont délogé les milliers d’enseignants qui campaient au lieu-dit Carrefour Emia depuis plus d’une heure. Pour faire disparaître le corbillard qui transportait la dépouille de l’enseignant assassiné par son élève au lycée de Nkolbisson, par Yaoundé. « Lorsqu’un homme en ténue décède, ses frères d’armes lui rendent hommage. Pourquoi ils nous empêchent de le faire pour notre collègue ? », se demande une enseignante. Un élément de la gendarmerie avait déjà une réponse à la morgue : « Ce n’est pas tout le monde qui devait être là. Quand ce sont les hommes en ténue, on délègue un détachement qui va représenter le groupe. Organisez-vous pour que ce soit plus facile», a-t-elle suggéré. « Mais nous n’avions rien à programmer puisque nous ne savions pas qu’on allait nous tuer en classe alors qu’on ne fait que distiller l’enseignement et l’éducation», a réagi son interlocutrice.

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Le gouverneur à la morgue

C’était déjà cette ambiance à la morgue du Centre hospitalier et universitaire (Chu) tôt ce matin. La police et la gendarmerie ont précédé les enseignants à la levée de corps. Pour prendre possession des lieux et exiger que le corps soit transporté directement au lieu de l’inhumation. En face, les enseignants venus par milliers, tenaient à rendre un « hommage académique » à Boris Kevin Njomi Tchakounté tué en plein lycée de Nkolbisson par son élève il y a deux semaines. Une procession de la morgue à la paroisse de Mokolo pour une prière, avant de prendre la direction de Melong, où réside la famille biologique du jeune enseignant ; avant l’inhumation à Bangangté samedi prochain.

Mais avant d’être détournés de leurs objectifs, les enseignants sortis par milliers avaient déjà réussi à « montrer aux autorités que les enseignants peuvent se mobiliser pour leurs intérêts », selon les mots d’un manifestant. L’intervention du gouverneur du Centre, Naseri Paul Bea, a permis de « concilier » les positions des deux parties opposées à la morgue où les enseignants étaient coincés hors de la clôture, tenus en respect par les forces de sécurité. Les seigneurs de la craie ayant « accepté de ne plus rendre hommage à la manière prévue initialement », a-t-on appris. Mais une fois la caravane mise en route, les deux parties se regardaient s’épiaient. Les forces de sécurité contrôlant le corbillard, les enseignants imposant le rythme et l’itinéraire. Deux élèves de la classe de seconde au lycée de Nkolbisson, portent une photo géante du défunt, suivies de leurs camarades, toutes vêtues de T-shirts portant une photo de leur enseignant, et un message : « A tout jamais tu demeureras dans ce cœur fragmenté que tu laisses ‘’Deco’’. Les mots seuls sont faibles pour le réel ressentiment de nos cœurs, Grand prof». A leur suite, de longues files d’enseignants venus à l’appel du « syndicat des enseignants indignés » que dirige Jacques Bessala. Les seigneurs de la craie marchent en criant leur mécontentement. « L’enseignant a tout donné», « je suis Tchakounté», « il était enseignant ; il n’était pas policier». Mais ils n’iront pas plus loin que le carrefour Emia où les attendait un camion antiémeute et du gaz lacrymogène.

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