Valentin Siméon Zinga : “dans notre contexte, l’on peine à trouver cette information de qualité à laquelle ont droit les citoyens camerounais”

Exposé liminaire présenté par le fondateur de l'association Médias Médiations et Citoyenneté, à l'occasion des premières journées Citoyennes de la presse à Yaoundé.

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Allocution de Valentin Zinga à l'ouverture des Journées Citoyennes de la Presse

Je voudrais avant toute chose, vous souhaiter à toutes et à tous une chaleureuse bienvenue dans cette salle de conférence du Ministère des Postes et télécommunications, gracieusement mise à notre disposition par le Chef de ce Département ministériel, pour abriter nos travaux.

L’Association Médias, Médiations et Citoyenneté, la Fondation Paul Ango Ela, et The Muntu Institute, s’honorent de votre précieuse présence à la cérémonie d’ouverture de la toute première édition des Journée Citoyennes de la Presse.

Je voudrais en premier lieu, exprimer notre gratitude toute spéciale à Madame le Ministre des Postes et télécommunications, pour sa généreuse hospitalité ; signe d’une manière d’élégance républicaine. Dès le départ, elle a perçu les enjeux citoyens de ce projet dont elle n’a pas hésité à saluer la pertinence. Attitude qui du reste, n’étonnerait que les plus distraits, -et je doute qu’il y en ait parmi nous.

Il y a en effet un an, au lendemain de l’élection présidentielle qui révéla un usage pernicieux des réseaux sociaux rendu à son paroxysme, son Département ministériel accédait à la sollicitation de la section camerounaise de l’Union de la Presse Francophone, pour l’organisation d’un séminaire de formation à l’intention de ses membres, sur le thème : « Le journalisme face aux réseaux sociaux. Enjeux, défais et contraintes d’une profession à l’ère de la démocratie numérique ».

Photo de famille Journée Citoyennes des la presse 2019
Jean Claude Ottou, Jean Materne Ndi, Guibaï Gatama, des sommités de la presse ont honoré le rendez-vous

Qu’il me soit également permis de dire notre reconnaissance à Monsieur le Ministre des Sports et de l’éducation physique, le Professeur Narcisse MOU ELLE KOMBI, dont chacun sait que l’agenda est particulièrement chargé, au regard d’importantes échéances que doit abriter notre le pays dans quelques mois seulement.

Je voudrais aussi adresser nos vifs remerciements à Monsieur Ministre d’Etat, Ministre de l’Enseignement supérieur, qui, dès le début, a spontanément marqué son soutien à cette initiative, et accepté de délivrer la conférence inaugurale des assises ; avant d’être rattrapé, à la dernière minute par un calendrier des plus contraignants, et de désigner Monsieur le Professeur Laurent Charles BOYOMO ASSALA, pour le représenter. C’est, à nos yeux, un réel privilège.

Laissez-moi aussi dire merci à Monsieur le Professeur Alexie TCHEUYAP de l’Université de TORONTO, qui, en dépit d’intenses activités inhérentes à ses fonctions, a accepté d’effectuer le déplacement de Yaoundé dans le cadre de nos assises.

Mes remerciements s’étendent naturellement à tous ceux qui ont cru en ce projet : partenaires avenants, bien sûr. Mais aussi des figures emblématiques de cette profession, qui nous ont encouragés, ne ménageant ni leur temps, ni leurs énergies, se montrant peu économes de leurs conseils avisés. Je pense notamment à Jean Claude OTTOU, Antoine Marie NGONO, Zacharie NGNIMAN, et bien d’autres encore.

Jean Vincent Tchienehom, Yerima Kini Nsom, et Marie Noelle Guichi

Madame le Ministre des Postes et télécommunications,

Monsieur le Ministre des Sports et de l’éducation physique,

Distinguées Personnalités,

Mesdames et Messieurs,

Dans sa note introductive du livre « Les nouveaux chiens de garde », que publiait Serge HALIMI en 1997, Pierre BOURDIEU, s’interrogeait en ces termes, et je le cite « Pourquoi en effet, les journalistes n’auraient-ils pas à répondre de leurs paroles, alors qu’ils exercent un tel pouvoir sur le monde social et sur le monde même du pouvoir ? Pourquoi n’auraient-ils pas à rendre compte de leurs prises de position et même de leur manière d’exercer leur métier et de conduire leur vie alors qu’ils s’instaurent si volontiers en juges des autres hommes de pouvoir, et en particulier des hommes politiques ? ». Fin de citation.

Vingt -deux ans plus loin, force est de constater que ces interrogations du Sociologue français n’ont perdu ni de leur acuité ni de leur perspicacité. Elles semblent investies d’un sens, d’une puissance et d’une consistance particulièrement suggestives dans le contexte camerounais. Elles opèrent comme l’un des fondements de ces Journées Citoyennes de la Presse. Car il s’agit de questionner les pratiques professionnelles qui relèvent du journalisme dans une conjoncture où une certaine pollution informationnelle tend à disqualifier le journalisme de référence, au profit du journalisme de révérence- ou de connivence si l’on veut.

En effet, à quoi assistons-nous depuis de longues années ?

Une diversification incontestable de notre paysage médiatique, rendue possible grâce à une armature législative qui consacre la liberté de la presse. Les chiffres les plus récents et les plus fiables font état de l’existence de : 600 organes de presse écrite ; plus de 200 radios ; une trentaine de télévisions ; des dizaines d’organes de presse en ligne. On peut y voir l’illustration d’une certaine vitalité du secteur.

Mais, prenons garde à ce que la réalité statistique ne masque une illusion d’optique, s’agissant en particulier des questions éthiques.

A vrai dire, la forteresse du journalisme de référence est littéralement prise d’assaut par toutes sortes d’opérateurs et d’acteurs, auteurs assumés d’objets médiatiques non identifiés, ou difficilement identifiables ; menaçant d’emporter l’édifice de repli de ce journalisme de référence, dont la fondation est le respect scrupuleux, voire le culte de la déontologie, c’est-à-dire, « un rituel socialement partagé dès lors qu’elle n’est pas seulement un texte interne, mais un ensemble de prescriptions qui définissent la place des uns et des autres qui ont affaire avec le journalisme », pour reprendre le mot de Denis RUELLAN .

Sous cet angle, mon propos s’éclaire mieux, par ceux que j’emprunte à Pierre GANZ lorsqu’il écrit, je cite : « Le manquement à l’éthique est autre chose : la rupture de règles générales qui font une information de qualité au service du public dans une démocratie -exactitude, vérification, protection des sources, refus de plagiat, de l’incitation à la haine ou à la discrimination, respect de la vie privée et du droit à l’image, absence de conflits d’intérêt, non confusion entre information et communication ». Fin de citation.

 

Narcisse Mouelle Kombi, le ministre des Sports, au premières loges et très attentif

Le Pr. Boyomo Assala Laurent Charles. Il a formé de nombreuses générations de journalistes

Distinguées Personnalités,

Mesdames et Messieurs,

Il faut bien en convenir : le spectacle auquel nous avons droit depuis tant d’années est affligeant de ses dérives et préoccupant de ses délinquances. Inutile de me livrer ici à quelque énumération, ou quelque caractérisation ; tant les déviances s’affichent et crèvent l’écran. Sans être dans le secret des communications qui vont être délivrées durant ces travaux, je subodore que leurs auteurs s’y pencheront. Ce qui est certain, c’est qu’au final, ce sont les citoyens qui apparaissent comme les principales victimes de ces manquements, et de ces manques. Car au fond, qu’est-

ce être citoyen ? Jean Vincent HOLEINDRE et Benoît RICHARD postulent que :

« Etre citoyen, c’est appartenir à la communauté politique ; s’acquitter des devoirs et jouir des droits civils, politiques, sociaux qui s’y attachent et participer aux affaires de la Cité ».

Or, pour participer de manière pertinente aux affaires de la Cité, il faut être bien informé. C’est un des droits du citoyen, consacré par divers instruments juridiques dont la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » de 1948, constitue une référence significative. C’est aussi l’une des conditions de la vie démocratique portée à son optimum. Jacques CROS, explique, à propos du rôle crucial que jouent les médias dans une démocratie, ceci :

« Ils doivent donner aux gens tous les éléments d’information pour que ceux-ci exercent en toute connaissance de cause leurs choix de citoyens. La mission des moyens d’information en démocratie peut se résumer ainsi : faciliter l’exercice par les citoyens de choix raisonnés et critiques grâce à une information loyale, objective et complète et permettre la confrontation des opinions. L’information est donc indissociable du débat démocratique. C’est grâce à l’information que l’homme vit comme un homme livre ». Fin de citation.

A l’aune de ce qui précède, il est à craindre que, dans notre contexte, l’on peine à trouver cette information de qualité à laquelle ont droit les citoyens camerounais.

Face à une telle situation, il existe deux attitudes : la démission ou la mission ; céder à la tentation paresseuse de se contenter d’une place d’observateur résigné, ou alors engager une action en vue de faire bouger les lignes. L’Association Médias, Médiations et Citoyenneté a choisi de se doter d’une mission. D’où l’idée, le projet et l’organisation ces Journées Citoyennes de la Presse. Pendant deux jours, nous espérons :

-favoriser une introspection collective de ceux qui font œuvre de journalistes ;

-organiser des plates-formes d’échanges entre journalistes et citoyens ( à titre individuel ou institutionnel) ;

-mettre en valeur des figures respectées du journalisme ( qui raconteront leurs itinéraires, leurs doutes et leurs espoirs selon le procédé du storytelling) ;

Nous espérons par ailleurs encourager ceux qui aspirent à exercer ce qui est considéré comme le plus beau métier monde (notamment par l’organisation d’un concours du meilleur article de presse, dans les catégories « reportage » et « enquête »). Sur cette dernier point, il importe de notre que le processus est conduit de mains de maître par le Docteur Parfait AKANA, CEO de The Muntu Institute, pour honorer la mémoire, d’une Femme, d’une pionnière SITA BELLA, pour ne pas la nommer. Le jury de ce concours revêt une dimension internationale et les candidatures sont ouvertes à l’échelle continentale. Ce sont des indicateurs importants.

Distinguées Personnalités,

Mesdames, Messieurs

Tout au long du processus de préparation des ces Journées Citoyennes de la

Presse,

Nous avons croisé les visages d’un scepticisme désabusé ;

Nous avons noté les ravages d’un pessimisme paralysant ;

Nous avons aussi, -heureusement- perçu les gages d’un optimisme agissant.

C’est cet air d’optimisme qui est l’oxygène de notre engagement. C’est le viatique de l’Association Médias, Médiations et Citoyenneté. C’est l’encre dont nous souhaitons nous servir pour écrire une nouvelle page des rapports entre les journalistes et les citoyens dans notre pays.

Je vous vous remercie de votre bienveillante attention.

 

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