Transport aérien : Camair-Co bientôt privatisé

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Au bord du précipice depuis plusieurs années, le chef de l’Etat envisage d’ouvrir le capital social de la compagnie aérienne nationale à hauteur de 51 % à un partenaire stratégique privé pour éviter un éventuel crash.

En proie à de tensions de trésorerie depuis de nombreuses années et croulant sous le poids des affres du coronavirus, la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co) est en passe de devenir une entreprise contrôlée par un privé. C’est ce que révèle la correspondance du secrétaire général de la présidence de la République Ferdinand Ngoh Ngoh adressée au Premier ministre, Joseph Dion Ngute le 14 juillet dernier. Dans cette lettre, le chef de l’État ordonne au Premier ministre, d’élaborer en urgence, en collaboration avec le ministre des Transports, le ministre des Finances, le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Camair-Co et la CCAA (Autorité aéronautique), un plan de restructuration, de relance et de développement de la compagnie nationale aérienne. Ceci en vue d’ouvrir son capital social à hauteur de 51 % à un partenaire stratégique privé, conformément à l’article 5 du décret du 11 septembre 2006, portant création de la Camair-Co.En clair, le président de la République, pour sauver l’ « étoile du Cameroun » et la rendre plus rentable, va enfin céder des parts de l’entreprise à un opérateur privé. En attendant la privatisation de la compagnie nationale, Ferdinand Ngoh Ngoh fait savoir au PM, que le chef de l’État a récemment ordonné une nouvelle subvention de 15 milliards de francs CFA à Camair-Co pour «l’envoi en maintenance de l’un des Boeing 737-700 NG; l’acquisition de deux aéronefs Dash Bombardier Q400, mieux adaptés aux lignes de courte distance; et la location de deux moteurs susceptibles de permettre la remise en vol du deuxième Boeing 737-700 NG». Aussi, écrit-il, le plan de restructuration de la compagnie devra intégrer la rationalisation de la gestion des ressources humaines et la réduction de la masse salariale. Ce qui pourrait signifier que le gouvernement envisage des licenciements à Camair-Co, dont 65 % du personnel est déjà en congé technique depuis juin 2020, pour une période de trois mois du fait de la pandémie du coronavirus.

Comprendre la décision de Paul Biya

Pour comprendre cette décision du président de la République, il faut remonter la situation économique de cette entreprise publique. En effet, depuis sa mise en service en 2011, Camair-Co connait de nombreuses difficultés financières marquées par des pertes d’environ 126,2 milliards de francs CFA, un capital propre inférieur à la moitié du capital social qui est 21,8 milliards de francs CFA, des dettes salariales et de maintenances des avions. De plus, la pandémie du coronavirus est de nouveau venue mettre à rouge les signaux de la compagnie. D’ailleurs, en juin dernier, le commissaire aux comptes de Camair-Co, le cabinet Okalla Ahanda & Associés, alertait le gouvernement sur la situation « catastrophique » de l’entreprise. « Nous avions déjà relevé dans notre rapport de commissariat aux comptes au titre de l’exercice 2015, émis le 9 avril 2018, que les capitaux propres de Camair-Co étaient devenus inférieurs à la moitié du capital social, et que l’Assemblée générale (AG) devait décider s’il y a lieu de procéder à la dissolution anticipée de la société ou non (…) La compagnie dispose désormais d’un seul aéronef (MA 60) susceptible de voler à brève échéance(…) Le personnel cumule actuellement quatre mois d’arriérés de salaires pour une masse salariale mensuelle d’environ 500 millions de FCFA», expliquait le cabinet Okalla Ahanda & Associés. Le cabinet faisait également savoir qu’à ce jour, Camair-co ne dispose justement d’aucun avion opérationnel. Ses deux MA60, d’antan déployés sur les lignes domestiques, requièrent une maintenance ; son unique Bombardier Dash 8 fait l’objet d’une rupture unilatérale du contrat par son loueur, Abu Dhabi aviation, qui réclame des millions d’impayés de location ; ses deux 737-700, cloués au sol depuis février 2019, de même que le « Dja » attendent désespérément d’être convoyés pour y subir une maintenance. « Il y a lieu de rappeler l’urgence du règlement de la prime d’assurance avion évalué au titre du premier trimestre 2020 à 371 millions francs CFA pour permettre le convoyage vers le centre de maintenance des deux boeings 737-700 encore immobilisés à Douala », révèle le directeur général de Camair-Co, Louis Georges Njipendi, au ministre des Finances, Louis Paul Motaze, le 14 juin dernier.

Dans la même lancée, le 23 mars, dans une correspondance, adressée au ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, le directeur général de Camair-co, expliquait déjà à sa tutelle les effets négatifs du Covid-19 sur le fonctionnement de la compagnie notamment la réduction drastique du flux de passagers et la baisse des recettes. Disert sur le montant du manque à gagner, le top manager pensait à une cessation des activités de Camair-Co si le gouvernement ne lui accorde pas une subvention de deux milliards de francs CFA chaque mois ou la suspension provisoire de l’exploitation de la compagnie et la mise en chômage technique du personnel non essentiel jusqu’à la fin de l’épidémie. Par ailleurs, le commissaire aux comptes de Camair-Co révélait que les pertes de la compagnie, qui ont été annulées au 31 décembre 2018, étaient de près de 99,2 milliards de francs CFA. À cela s’ajoute une perte prévisionnelle de 15 milliards de francs CFA au titre de l’exercice 2019 et 12 milliards au titre du premier semestre 2020, soit 126,2 milliards de pertes au total.

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