Shanda Tonme : « Biya n’est pas le seul responsable des défaillances »

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Construction d’un Cameroun uni qui a besoin de tous ses enfants, promotion du dialogue, de la réconciliation et du pardon, le président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (Mpdr) dévoile la vision de son parti qui vient de naître.

Vous venez de créer un nouveau parti dénommé Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (Mpdr). Qu’est-ce qui vous a amené à mettre sur pied cette formation politique à ce moment précis ?

Le projet a pris le temps de venir à maturité. Je suis bien content que vous parlez de ce moment précis, parce qu’en réalité, le contexte aujourd’hui, même si je devais mourir tout de suite, je saurais au moins que j’ai dit ce que j’ai dans le cœur et que j’ai jeté un gros pavé dans la marre pour dire c’est trop ! Depuis janvier les discours que nous entendons tous sont d’une extrême gravité. Appeler à la haine, à la division et à la fracture ce n’est pas de le dire, la manière dont les gens se comportent, les intentions qu’ils émettent implicitement ou explicitement. Vous ne pouvez pas être dans un pays où vous assistez impuissant à une campagne où les gens souhaitent carrément la mort du chef de l’Etat. Une pensée d’une extrême gravité. Personnellement, je n’ai rien à faire avec qui que ce soit, sauf que je suis Camerounais et cela me choque. Je n’ai pas grandi comme cela, au quotidien je ne vis pas comme cela, et je ne connais pas cela. Si c’est parce que les gens veulent le pouvoir, qu’ils sachent qu’ils ont abusé. Si c’est parce qu’ils sont devenus fous, qu’ils sachent qu’ils doivent aller le faire ailleurs. Je m’exprime comme un personnage à plusieurs casquettes. Je suis promoteur social, je suis leader d’opinion, je suis président d’une organisation de défense des droits de l’Homme qui lutte contre la corruption et la discrimination, je suis un intellectuel connu et reconnu, je suis Bamiléké d’origine. Nous avons un choix aujourd’hui : soit nous faisons la promotion des gouvernements de village, des gouvernements de faux, soit nous travaillons à préserver l’essentiel pour le destin du Cameroun. Quelle que soit la situation du Cameroun, c’est à nous Camerounais qu’on demandera ce que nous avons fait de notre pays. Je crois que même si vous détestez quelqu’un, et quel qu’en soit l’intensité, il faut savoir prendre ce que la personne a de bien. Je ne pense pas que Paul Biya a entièrement réussi dans sa mission, il y’a même beaucoup de défaillances, mais est-ce le seul responsable ? Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est de se demander quel est l’état de notre pays et comment nous devons faire pour avancer ? Je ne pense pas que tout ce qui a été fait depuis près de 40 ans est négatif. J’ai donc pensé qu’il était temps, qu’une voix différente se lève et dise non. Même s’il faut que j’en meurt, j’assumerai. J’ai des enfants, je regarde autour de moi, certaines personnes n’ont plus le même regard, à cause du discours de haine qu’on a développé, parce que les gens veulent le pouvoir. Je dis non. Cela est une catastrophe. Et c’est pour cela que le Mpdr est né. La conquête du pouvoir peut attendre, elle ne donne d’ailleurs pas droit à toute sorte d’excès, c’est inacceptable.

En quoi est-ce que le Mpdr sera différent des autres formations politiques qui existent ?

Le Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation (Mpdr) appelle au dialogue et à la réconciliation. Nous pensons que ce qui a été fait au Palais des Congrès, entre septembre et octobre 2019, quelqu’en soit le résultat, est un grand pas. Nous sommes obligés, et cela me parait fondamental, de tenir aujourd’hui cette posture au centre, à équidistance des extrêmes. Contrairement à ce qu’on pense, je ne crois pas que les extrêmes sont du côté du parti au pouvoir, les extrêmes sont ailleurs et c’est pire. Notre rôle, notre mission c’est d’essayer de dire : même si vous reprochez des choses aux gens, il faut pardonner. Personne ne va être brûlé, personne ne va se voir retirer sa nationalité, personne ne va se voir expulser de son village ; c’est notre terre, il faut aller vers le dialogue et à la réconciliation, il faut pardonner autant que possible. Quel est le projet de société de votre parti ? Je pense que les histoires de projet de société sont des discours académiques, des postures d’intellectuels, de truands. On aime dire cela, pour montrer qu’on fait bien. On publie de gros documents, et sur le terrain on organise la fracture du pays, la déchirure ethnique. On fait la promotion de la guerre civile et de tout ce qui est division.

Aussitôt créé, votre parti est déjà accusé d’être proche de la majorité présidentielle. Qu’est-ce qu’il en est ?

Mon problème c’est d’être proche des Camerounais. Si c’est avec la majorité présidentielle que je serai plus proche des Camerounais, cela m’arrange. Si on estime que la paix, la réconciliation sont prônées par la majorité présidentielle, j’accepte. Les gens se comportent comme si ceux qui sont de la majorité présidentielle sont des gens avec des cornes, des criminels. Tant que ce sont des Camerounais qui travaillent pour leur pays, nous ferons avec eux et les autres sont libres de dire ce qu’ils veulent.

On vous soupçonne aussi d’avoir créé votre parti pour détruire l’alliance des forces de l’alternance qui serait en train de se former. Que répondez-vous à cette accusation ?

Ces gens parlent de quelle alliance ? Citez-moi les gens au sein de cette alliance qui ont un bilan social comparable au mien. Donnez-moi un seul nom d’une de ces personnes qui objectivement a un bilan social, des gens qui se sont levés pour des grandes causes, des gens qui sont reconnus pour s’être battus pour les Camerounais et qui ont défendu les pauvres. Des gens qui au quotidien ont joué un rôle dans la vie des simples Camerounais, une mission qui est de mon avis une mission sacrée qui devrait interpeller tout le monde. Même sur le plan intellectuel, citez-moi parmi eux, des gens qui ont œuvré, écrit ou promu les grandes idées de progrès, de changement, de réveil des peuples comme moi. Citez-moi parmi ces gens, quelqu’un qui a mon parcourt initiatique, qui a emprunté les chemins par lesquels je suis passé. Citez-moi parmi ces gens quelqu’un qui va me sortir un dossier disant que moi j’ai trempé dans le vol, la corruption, que j’ai fait dans les marchés publics. Apportez-moi un certificat de virginité de tous ces gens-là, je vais valider leur discours.

Contrairement aux autres partis politiques qui ont demandé la légalisation depuis des années et qui sont encore en attente, le vôtre n’a pas peiné à être légalisé…

Entre la peste, le choleras, le diable, Dieu, je suis dirigeant, je ferai un choix. Et je ferai ce choix en observant les bilans des gens, en écoutant les discours des uns et des autres, en jugeant et en jaugeant la capacité des uns et des autres à influencer positivement une situation, un contexte précis, dans l’esprit de ce que nous voulons faire du Cameroun. Si c’est sur la base de ces critères que le parti a été légalisé, je suis d’accord. Mais ce que je peux vous dire, j’ai été au ministère de l’Administration Territoriale au moins trois fois par semaine. Je félicite ces services-là, contrairement à ce qu’on raconte, j’ai discuté avec des responsables, et à chaque fois, je me suis expliqué. Ce n’est pas aujourd’hui qu’on me connait ; j’ai toujours pris fait et cause pour les grandes questions d’intérêt national, j’essaye toujours de prendre le drapeau du Cameroun, je ne le casse pas, je ne le brûle pas.

Vous créez votre parti à un moment où l’alternance est plus que jamais souhaitée, est-ce qu’on ne peut pas vous soupçonner d’être à la tête d’un lobby qui s’est préparé à prendre le pouvoir ?

Il n’y a jamais de situation pérenne. Je suis adepte des grandes théories marxistes, j’ai été à l’école marxiste. La dialectique des forces sociales, c’est la lutte permanente, et la sous dialectique de la lutte permanente, c’est la révolution permanente. C’est pour dire qu’il n’y a pas de situation immuable, il n’y a pas de situation fixe. Le Cameroun est en mouvement depuis qu’il existe. C’est parce que les gens n’ont pas cette culture qu’ils peuvent se permettre d’aller vendre la mort du président à l’étranger pour s’enrichir et venir exciter les populations. Quand on est un citoyen honnête, on comprend qu’à un certain moment, il faut prendre ses responsabilités surtout quand vous avez le sentiment que vous pouvez jouer un rôle prééminent pour changer le cours des choses. Et il était temps que je prenne mes responsabilités de manière forte, déterminante et précise, pour me ranger dans une dynamique de dialogue qui puisse constituer la mécanique, la machine qui engage le peuple dans un processus qui conduit à un destin différent de celui qu’on est en train de vivre. Un destin de fracture que les gens sont en train de prôner. Le Cameroun n’est pas plus en crise que les autres pays. Tous les pays connaissent des problèmes, que ce soit les problèmes du Boko Haram ou du Nord-Ouest et Sud-Ouest, il y a même des pays qui connaissent pire. Mais à côté de ces problèmes, il y a aussi des hôpitaux et des routes à construire. Que les gens ne nous apportent pas des idéologies de malheur. Le Cameroun veut avancer, il est un chantier permanent et nous voulons le conduire de manière consensuelle. Ceux qui veulent prôner la guerre civile, le désordre iront créer leur pays. Le temps des villages est terminé, c’est maintenant le temps du Cameroun et celui de l’avancement consensuel. On veut travailler avec la contribution de tout le monde. Ceux qui ne veulent pas se situer dans cette logique seront hors sujet. Même ceux qui créent des structures et quand on leur parle de légalité, ils disent qu’ils s’en foutent. Chaque pays est organisé. Même dans leur propre famille, il y’a un chef. On marchera selon cette logique ou rien. Les gens ont réussi à intimider quelques intellectuels de ce pays, moi je suis différent et je suis prêt pour le débat. […] Je pense qu’il faut balayer tout ce qui peut être un instrument de division et de fracture de la société. Parlons du Cameroun, que les gens n’organisent pas un discours de haine, de crime, en se focalisant sur un chef d’Etat, sur son âge, ses origines. Qui parmi ces gens a le parcourt administratif que Biya avait avant d’être président ? Donnez-moi un nom et je vous donnerai un certificat de virginité. Tous sont du système : ils ont été qui membre du gouvernement, qui du parti au pouvoir, ils font pour la plupart les marchés publics, on le sait. Maintenant ils sont en train de renier le Cameroun, leur passé et leur propre identité. Ils sont dangereux.

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