Sécession : du nouveau dans l’affaire Sisiku Tabe

La garde à vue des leaders sécessionnistes arrêtés au Nigeria en janvier dernier a été renouvelée. Le dossier est à la disposition du Commissaire du gouvernement. Alors que le collectif d’avocats engagés pour leur défense manque de motivation.

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Officiellement, le flou persiste autour du sort des dix leaders sécessionnistes anglophones parmi lesquels Sisiku Julius Ayuk Tabe, président de l’autoproclamée « République fédérale d’Ambazonie », arrêtés selon leur mouvement indépendantiste dans un hôtel d’Abuja au Nigeria, le 5 janvier dernier. Mais officieusement, des langues se délient. Extradés au Cameroun le 26 janvier de cette année, la garde à vue des dix prévenus a été renouvelée. Soit déjà un peu plus de 5 mois dans les geôles du Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) à Yaoundé. « C’est un dossier qui est déjà à la disposition du Commissaire du gouvernement, confie une source sécuritaire bien introduite. On ne peut que s’appuyer sur l’essentiel de ce dossier c’est-à-dire que les intéressés sont mis en garde à vue renouvelée au niveau de la gendarmerie. Parce qu’en matière de terrorisme, la garde à vue peut être renouvelée plusieurs fois. Pour le moment, il s’agit d’une affaire judiciaire qui suit son cours normal ».

Les avocats en panne de motivation

La défense confirme la même information. « C’est le statu quo depuis leur extradition au Cameroun. L’enquête se poursuit au niveau de la gendarmerie », explique Me Claude Assira, l’un des trois avocats membres du collectif désigné pour défendre les leaders anglophones arrêtés. « Le renouvellement de leur garde à vue inquiète : ce n’est pas une bonne chose de voir une personne privée de ses droits pendant si longtemps », poursuit-il. Lui qui n’a cependant toujours pas pu rencontrer ses clients. « Je n’ai toujours pas pu rencontrer monsieur Ayuk Tabe, dit-il. L’ennui c’est que je suis seul, et un homme seul contre tout un système ne peut pas faire grand-chose. Je n’ai pas trouvé nécessaire d’y aller et il n’y a pas eu d’élément nouveau de toute manière ». Dans sa voix, il se dégage clairement un sentiment de découragement, de démotivation. « L’ennui c’est que je suis seul, et un homme seul contre tout un système ne peut pas faire grand-chose. Il y a une grosse dissonance collective. Beaucoup de gens doivent se dire que le dossier en lui-même est mauvais et pensent sans doute que le résultat final ne devrait pas tourner en la faveur des accusés. Etant donné la grosse machine étatique qui est mise en place ».

Me Claude Assira l’avoue à demi-mots : le comportement des membres du collectif d’avocats désignés pour défendre Sisiku Julius Ayuk Tabe et ses compères est anormal. « C’est une défaillance », dira-t-il même. « Peut-être que les autres ont peur d’être suspectés compte tenu de l’ampleur de l’affaire, poursuit-il. La difficulté réside au niveau du manque de motivation des avocats ». Me Akere Muna, l’un des membres du trio d’avocats qui constituent la défense est officiellement candidat à l’élection présidentielle du 7 octobre prochain. L’ex-bâtonnier est en campagne. Et pour l’heure, rien ne semble plus important pour lui, que la route qui mène au Palais d’Etoudi. Me Agbor Balla, le dernier avocat de la liste passe quant à lui plus de temps à l’étranger où il multiplie des sorties dans des séminaires et autres fora sur la protection des droits de l’homme. « Les gens ont juste cru devoir attendre une évolution du dossier afin de pouvoir déclencher la procédure. On pensait qu’au mois de juin, on aurait la possibilité de voir les audiences commencer. Malheureusement à ce jour, il n’en est rien », se plaint encore Me Claude Assira. Début février 2018, d’autres avocats s’étaient plaint du manque de collaboration des éléments des forces de sécurité qui ne leur avaient pas permis de voir le leader du mouvement sécessionniste anglophones et ses collaborateurs. Alors que son épouse, Lilian Ayuk Tabe, inquiète, avait dans une note largement diffusée sur les réseaux sociaux, demandé au gouvernement de lui faire parvenir une vidéo pour prouver que son mari est encore en vie. Jusqu’ici, elle continue d’attendre.

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