Reprise des cours : Les conditions des enseignants

Des syndicats posent des préalables au Premier ministre en dénonçant la mise à l'écart des acteurs de la communauté éducative dans la prise de décisions sensibles.

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Ce sont en tout 19 syndicats des ordres d’enseignement relevant de l’éducation de base et des enseignements secondaire qui viennent de saisir le Premier ministre Dion Ngute dans un communiqué conjoint pour dire leur indisponibilité à reprendre le chemin des classes, faute de garanties sur le plan de la sécurité sanitaire. Dénonçant l’obstination des politiques à imposer leur regard sur ce secteur prioritaire de la vie de la nation. Pour les enseignants, « la décision de reprise des cours a été prise de façon unilatérale, sans consultation des autres parties prenantes de l’éducation ; et même pour sa mise en œuvre, les partenaires de la communauté éducative que sont les enseignants, les parents, bien organisés, structurés et parfaitement connus des pouvoirs publics, ne sont toujours pas impliqués ». Alors que « de telles concertations, dûment organisées dans d’autres secteurs comme le transport, le commerce, ont permis de prendre des mesures consensuelles», comparent-ils.

La lettre épluche point par point les mesures gouvernementales en rapport avec leur domaine. Les enseignants font savoir au Premier ministre qu’au départ il était question d’admettre 24 élèves par classe, puis une « contre-instruction » a prescrit 50 élèves par classe, alors même que les chefs d’établissements avaient déjà réorganisé leurs établissements. « En tenant compte de la surface d’une salle de classe, , il est évident qu’une tel effectif ne permettra pas de mettre en œuvre la mesure phare de distanciation sociale», démontrent-ils. En ce qui concerne le port obligatoire des masques, « le gouvernement n’a pas encore dit comment les enseignants et les élèves devront se les procurer». En rappelant que « l’obligation de protection de l’espace scolaire et de ses acteurs est un devoir régalien de l’Etat, et la distribution des masques et des gels hydro-alcooliques est le seul moyen d’assurer l’égale protection de tous ces acteurs devant le risque d’infection au coronavirus». Rappelant que si l’Etat cède cette prérogative aux parents, « ceux des élèves dont les parents n’auront pas les moyens de leur offrir les masques se verront logiquement interdits l’accès aux établissements scolaires». Par ailleurs les enseignants demandent au gouvernement de prendre des mesures claires visant à minimiser les risques de contamination à partir du moment où les contacts entre personnes dans une même salle de classe, l’utilisation des mêmes lieux d’aisance, la manipulation des copies,… En bref, « la reprise annoncée des cours est lourde de menaces pour les enseignants et les élèves », concluent les syndicalistes.

Parés pour la guerre

Cependant, les défenseurs de la cause des enseignants laissent à l’appréciation du Premier ministre des propositions concrètes pour éviter la situation du Japon qui a dû interrompre la reprise des cours après deux semaines, face au danger d’une infection généralisée. Pour éviter un engorgement no maîtrisée des campus, les syndicats proposent une « reprise échelonnée », en commençant par les terminales, d’assurer la distribution gratuite de masques et gels hydro-alcooliques aux élèves et enseignants sur tous les campus scolaires, de ramener les effectifs à 24 élèves par salle de classe, « d’assurer la désinfection quotidienne et méticuleuse des campus scolaires », d’équiper sur les fonds de lutte contre le Covid-19 tous les centres d’examen « pour leur permettre de répondre à toutes les urgences sanitaires qui pourraient survenir au cours du déroulement des examens de la session 2020». Mais aussi, une prime spéciale au bénéfice des enseignants pour la surcharge et le risque imposés par le nouveau contexte.

Redoutant l’usage du bâton du gouvernement face à leurs exigences, les syndicats anticipent et avisent le gouvernement que « les syndicats mobiliseront les enseignants en cas de nécessité à se défendre si des dispositions claires ne sont pas prises pour assurer leur retour protégé sur les campus scolaires ». Si Joseph Dion Ngute a pu maîtriser et neutraliser les syndicats des transports, ceux de l’éducation représentent une bombe qu’il faut désamorcer. A moins d’une semaine de la rentrée décidée unilatéralement par le gouvernement.

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