Religions au Cameroun : le très dangereux désordre généralisé !

Par Moussa Njoya, Politologue

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En finir au plus tôt avec la cacophonie !

La scène a choqué plus d’un. Des jeunes adolescents, candidats à l’examen du Bepc, éplorés et inconsolables devant leurs centres d’examen car n’ayant pas pris part à certaines épreuves écrites, scellant ainsi leur échec après une année d’âpres efforts. La faute aux communiqués et contre-communiqués des imams sur la date de la fête de la fin du ramadan, devant être jour férié.

Ce très malheureux évènement qui a laissé voir tout le narcissisme et l’égoïsme des ministres de culte musulmans, n’est que l’une des nombreuses illustrations du désordre généralisé qui prévaut aujourd’hui dans le domaine religieux au Cameroun, sous l’œil « bienveillant » des autorités publiques. Avec des conséquences inestimables dans l’espace public.

Egoïsme, narcissisme, matérialisme : les lots quotidiens des ministres de culte !

« Vanité des vanités, tout est vanité ! », aiment souvent à la dire et à le répéter les ministres de cultes, toutes obédiences confondus. Mais force est de constater que ces leaders religieux, censés être portés sur les choses spirituelles de l’au-delà, sont plus que le commun des mortels, attachés aux affaires temporelles d’ici-bas.

Pire que les brebis égarées qu’ils doivent ramenez à la maison du Seigneur, les ministres de culte au Cameroun, toutes religions confondues, sont obnubilés par les titres, les biens et le lucre. Ce qui engendre diverses tensions au sein des congrégations.

C’est ainsi que l’année dernière, les fidèles musulmans, venus effectuer la prière hebdomadaire du vendredi, ont assisté médusés à une bagarre entre les camps de deux imams à la mosquée centrale de Tsinga, pour cause de partage des donc turcs ; le tout en plein mois saint du ramadan. L’on se rappelle également des interminables procès à l’Eglise presbytérienne orthodoxe, avec à la clé des temples scellés (Epco) suites aux rixes entre fidèles et pasteurs. Depuis près de deux ans, l’Eglise Evangélique du Cameroun (Eec) vit un quasi-schisme, avec des scènes incroyables de messes dirigées avec deux pasteurs à cause de la contestation de l’élection de l’actuel président. Les fidèles étant souvent tout près d’en venir aux mains comme cela a été le cas dans certains lieux de culte de l’Eglise presbytérienne du Cameroun (Epc), il y a quelques années. Que dire alors de ces scènes de populations, barrant la route au cortège du feu André Wouking lors de son arrivée pour sa prise de fonction comme archevêque métropolitain de Yaoundé, sous la houlette de certains membres du clergé catholique contestant la nomination par le Saint-Siège d’un Bamiléké à cette haute responsabilité.

Nouveaux mouvements religieux, refuges des déclassés sociaux !

Les dérives observées dans les mouvements religieux dits « classiques » sont davantage aggravées dans les nouveaux mouvements religieux évangéliques et islamiques.

Tout  a commencé dans les années 1990, où à la faveur de la libération sociale et de la démocratisation politique, l’on a observé une déferlante de ces mouvements. Depuis lors, l’on assiste à une multiplication exponentielle de ceux-ci, de telle sorte que chaque jour une église, une mosquée, un temple nait dans un quartier au Cameroun.

Cependant, de nombreuses études portant sur les trajectoires personnelles des responsables de ces tendances religieuses démontrent qu’ils sont la plupart du temps des anciens adolescents en échecs scolaires, ce qui ne les empêche pas de revendiquer à hue et à dia les titres de « Docteur » et « Professeur ».

D’autre part, ceux-ci, même lorsqu’ils ont eu à faire de bonnes et longues études sont souvent en proie au chômage ou tout au moins en situation de précarité. La fonction de ministre de culte est alors utilisée comme moyen d’insertion professionnelle et d’ascension sociale.

Et pour atteindre ces objectifs, bienvenue les manipulations et autres extorsions des biens. Les choses étant facilitées par les difficultés multiformes que rencontrent les populations qui les amènent à penser les solutions uniquement en termes de « miracles ».

Les conséquences sont alors inestimables. Des familles sont brisées du fait de « sorcellerie » inventée de toutes pièces par les pasteurs. Des personnes obligées d’abandonnées leurs domiciles à cause des nuisances sonores lors des interminables nuits et jours de prières. Des jeunes sont enrôlés dans des mouvements terroristes par des Imams. C’est l’ensemble de l’espace public camerounais qui est ainsi dangereusement affecté.

La complicité active et passive des autorités

Face à cet état déplorable des choses, les autorités administratives restent le plus souvent passives. C’est ainsi que l’un des imams de la ville de Douala confiait en 2015 qu’au début de l’incursion de Boko Haram au Cameroun à travers les prédications radicales dans les mosquées des grandes villes du Cameroun, il avait attitrer l’attention des autorités, mais avait fait face à un mur déconcertant d’indifférence. On lui avait alors dit : « tant qu’ils ne dérangent pas, laissez les faire ! ». La suite est connue de tous.

Et même lorsque le dérangement est clairement établi comme dans le cas des nuisances sonores et autres escroqueries des pasteurs, les autorités administratives et judiciaires se montrent très souvent d’une grande passivité. Au grand dam des victimes.

La justification se trouve dans un premier temps dans la corruption ambiante. Ces leaders religieux étant souvent nantis, grâce aux dons des fidèles et de leurs partenaires étrangers, ils sont d’une « prodigalité » sans bornes envers ces autorités.

Cette situation s’explique également par l’adhésion de certains très hauts responsables à ces religions. Tout comme on a vu les abus sexuels au sein de l’église catholique romaine être couverts par des hauts responsables, souvent d’anciens séminaristes, protégeant leurs prêtres ; l’on se souvient également cette note urgente de la présidence de la république en 2017, intimant au gouverneur du Centre d’alors d’arrêter immédiatement son action de fermeture de certaines églises réveillées illégales de sa région de compétence. Les citoyens sauront plus tard, que cette directive avait été influencée par le fait que certains hauts responsables de la présidence de la république et leurs proches, sont des pasteurs des églises de réveil.

La troisième raison est que ces mouvements religieux sert de soutient idéologique au régime de Yaoundé. Face à son incapacité à adresser de manière satisfaisante les différentes attentes des populations qui croupissent majoritairement dans la misère profonde, les gouvernants camerounais jouent à fond la carte de « l’opium du peuple » par un laisser-aller généralisé dans le domaine religieux. Ministre de culte est ainsi devenu un sauf-conduit pour la petite et la grande criminalité.

Enfin, le désordre qui prévaut au sein des religions au Cameroun est aussi le fait des élites qui dans leur volonté de captation de tous les lieux de pouvoirs, jouent souvent un rôle trouble en leur sein, en vue de mieux se positionner sur l’échiquier politique. La religion servant de plaque d’émergence.

Une rénovation de la législation s’impose !

Comme début de solution, pour la préservation de l’ordre public, une modification de la loi 90/053 du 19 décembre 1990 qui régit les associations religieuse s’impose.

En effet, en disposant 24 que « L’autorisation d’une association religieuse ou d’un établissement congréganiste est prononcée par décret du président de la République, après avis motivé du ministre chargé de l’administration territoriale. », cette loi pose un double problème : celui de sa rigidité et de sa flexibilité.

Rigidité car du fait du parallélisme des formes qui veut qu’un acte ne soit modifié ou annulé que par un autre équivalent ou supérieur, l’usage du décret présidentiel est un outil de régulation très fort dans un domaine où la souplesse s’impose au quotidien.

Souplesse, car en traitant les religions comme des associations, bien que soumises à l’autorisation, l’on favorise la multiplicité des organisations religieuses au sein des même confessions, et souvent des mêmes obédiences. C’est ainsi que l’on a à ce jour environ 47 associations religieuses autorisées au Cameroun depuis 1952, la première étant la Société Missionnaire Baptiste Européenne dont le siège se trouve à Zurich.

Afin de concilier les nécessités de liberté en matière de religion, et de préservation de l’ordre public, l’Etat du Cameroun peut opter pour l’instauration des « conseils supérieurs » des grandes obédiences religieuses, afin d’harmoniser les grandes orientations, de procéder à l’identification des acteurs majeurs, et de superviser la formation des ministres de culte dans ces différentes religions.

Aussi, pourrait-on avoir : le conseil supérieur du culte catholique réunissant toutes les églises catholiques du Cameroun telles que l’église catholique romaine, l’église catholique orthodoxe ou encore l’église catholique brésilienne ; le conseil supérieur du culte chrétien protestant ayant en son sein toutes les églises se revendiquant de la reforme Luthérienne ; le conseil supérieur des églises pentecôtistes et apostoliques pour les églises dites de réveil ; et le conseil supérieur du culte musulman qui réunira les différences tendances de ceux qui ont le Coran et les cinq piliers de l’islam en partage.

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