Recrutement des enseignants : les irrégularités qui ont conduit à la grève

Recrutement des candidats aux profils non conformes, recrutement des candidats n’ayant pas déposé de dossier, soutenances précipitées, cooptation, corruption, validation des dossiers au faciès sont entre autres griefs avancés par les recalés de cette première phase de recrutement des enseignants dans les universités d’Etat.

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Après 27 jours de grève, les enseignants recalés dans le cadre de la première phase de recrutement de 2000 enseignants dans les universités d’Etat, ont enfin rejoint leur domicile. Jacques Fame Ndongo ministre de l’Enseignement supérieur est allé jeudi dernier à la rencontre des grévistes. Ensemble ils sont tombés sur un compromis. « Notre ministre de tutelle a su trouver le bon compromis », a affirmé Brigitte Lekane, la chef de file du mouvement de grève. A 45 ans et après avoir enseigné pendant 13 ans comme chargée de travaux dirigés à la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Yaoundé II, elle est la seule des 29 candidats de sa filière qui n’a pas été recrutée. Au motif que son âge avait dépassé l’âge limite requis (45ans). Pourtant, explique-t-elle, « plusieurs candidats nés en 1974 comme moi ont été recrutés ». Elle cite les cas des enseignants recrutés au département de sciences politiques et au département de physique à l’université de Buea, et d’un autre retenu dans la spécialité des sciences alimentaires à l’université de Ngaoundéré. Face à ce qu’elle considère comme une injustice, elle a décidé de se suicider le premier jour de la grève. Elle a eu la vie sauve grâce à l’intervention de ses collègues. Depuis ce jour, elle avait décidé de manifester jusqu’à ce que justice soit rendu. « Ce n’est pas une question de recrutement qui m’a amenée à faire la grève, explique-t-elle a compagnie de ses enfants qu’elle vient de retrouver. C’est une question d’injustice qu’il fallait dénoncer ». Comme elle, une cinquante de candidats recalés a campé pendant trois semaines devant la chancellerie des ordres académiques. Tous dénonçaient des irrégularités dans le processus de recrutement de la première vague des enseignants dans les universités d’Etat.
Profils non conformes.
Selon Rodrigue Tasse, le porte-parole du mouvement de grève, plusieurs candidats ont été recrutés alors qu’ils ne répondaient pas aux critères d’éligibilité. Le collectif dont il est la voix a dressé une liste des candidats détenteur d’un master II qui ont été recrutés, alors que l’opération concernait uniquement les titulaires de PHD.
En plus des candidats n’ayant pas le diplôme requis, d’autres déclarés inéligibles au départ ont finalement été admis dans certaines facultés. Un gréviste cite le cas d’un enseignant recruté au département de science de l’éducation de l’université de Yaoundé I, qui n’a pas été auditionné parce que son profil n’était pas conforme, mais son « nom est miraculeusement apparu sur la liste définitive ». Il y’a également le cas d’un candidat titulaire d’un master professionnel en science politique dont le dossier a été rejeté pour non-conformité et qui a été recruté à l’université de Yaoundé II. Même chose à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), au département de l’intégration et de la coopération pour le développement où un candidat a été retenu alors son dossier a été rejeté pour non-conformité.
L’on note aussi deux cas, de candidats recrutés dans les universités de Buea et de Ngaoundéré qui n’ont pas déposé de dossier.
Cooptation et soutenance précipitée.
Lors de la rentrée académique à l’université de Yaoundé II, Adolphe Minkoa She, recteur de cet établissement avait souligné le fait que depuis le lancement de l’opération de recrutement de 2000 enseignants dans les universités d’Etat, près de 500 thèses avaient été soutenues en une année seulement, contre le même nombre les 10 dernières années. Une flambée de soutenance qui s’explique, selon Aristide T, un des grévistes, par le fait que « certains maitres ont voulu parachuter leur protégés ». Son camarade Eric Libayong ajoute qu’en plus des intentions de cooptation, les soutenances ont aussi été précipitée du fait que plusieurs étudiants notamment les fonctionnaires ont monnayé pour que leur soutenance soit programmée avant la date limite des dépôts des dossiers. Ayant soutenu, « les mêmes ont encore corrompu les chefs de département afin que leur dossier soient bien classés », note-t-il. Un fait que ne nient pas les responsables du ministère de l’Enseignement supérieur qui avouent que certains chefs de département en complicité avec les cadres du ministère ont exigé de l’argent aux postulants. Le cadre du ministère de l’Enseignement supérieur rencontré indique que « les montants déboursés variaient entre 1 et 3 millions ». C’est ainsi que l’on a pu découvrir certains cas à l’université de Yaoundé II, où certains étudiants avaient le même thème de recherche avec le même directeur de thèse. Ce phénomène a aussi fait que des étudiants soutiennent des thèses de 180 pages à la faculté de droit de l’université de Douala, alors que les normes exigent un minimum de 300 pages pour une thèse.
Joseph Essama

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