RDPC/Polémique : Les non-dits du meeting de Bafoussam

Outre le fait que plusieurs chefs supérieurs ont boycotté l’évènement, le quorum des militants attendus n’a pas été atteint et d’aucuns estiment que cette rencontre est une sorte de mea-culpa injustifié de l’élite politico-administrative de l’ouest.

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Le Sultan Mbombo Njoya en compagnie de Jean Nkuete, SG du RDPC et quelques autres dignitaires du parti présidentiel

Démonstration de « force » ou démonstration de la « farce » ? L’histoire du 20 juillet dernier s’écrira en fonction de ce que chacun voudra y mettre. En effet, le « giga meeting » du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) organisé à Bafoussam samedi, n’arrête pas d’alimenter les débats. Si les organisateurs de la cérémonie et leurs alliés se disent satisfaits « du succès qu’a connu l’évènement », leurs adversaires et autres observateurs politiques estiment que le meeting de Bafoussam a été une « humiliation de plus pour le chef de l’Etat et ses affidés ». Contrairement aux affirmations qui laissent croire que tous les chefs supérieurs de l’Ouest ont fait le déplacement de Bafoussam, plusieurs sources indiquent qu’une dizaine d’entre eux ont boycotté la cérémonie. L’on évoque surtout l’absence très remarquée de Sa Majesté Jean Rameau Sokoudjou, chef Bamendjou. Dans les milieux politiques de la région, l’on apprendra que plusieurs chefs n’ont pas fait le déplacement de Bafoussam, parce qu’ils estiment « que ce soutien à Paul Biya n’est pas sincère ». Selon des sources informées, ces derniers ne conçoivent par ailleurs pas que tous les Bamilékés soient stigmatisés à cause d’un mouvement dont les membres sont issus de toutes les tribus du Cameroun. D’ailleurs, disent-ils sous cap, « les élans tribalistes attribués à certains ressortissants de la région de l’Ouest ne sont qu’une réponse au tribalisme à outrance entretenue au sein de l’appareil administratif ».
En dehors des chefs traditionnels, Sylvestre Ngouchinghe et Fotso Victor, deux poids lourds du parti au pouvoir dans la région de l’Ouest ont aussi manqué à l’appel. Pour le sénateur de la région de l’Ouest, ses proches ont indiqué qu’il était hors du pays, mais aucune information n’a filtré sur les raisons qui ont motivé l’absence du patriarche bandjounais.
Coté mobilisation, l’on apprend encore que le meeting de Bafoussam n’a pas été une réussite totale, comme ses organisateurs l’auraient voulu. Sur près de 6500 personnes attendues, environ 4000 ont fait le déplacement. Des sources à la délégation
permanente du Rdpc dans la région de l’Ouest informent que, pour cette cérémonie, le sultan Mbombo Njoya avait tablé sur 6000 militants répartis comme suit : 1000 militants pour le Ndé, 1000 pour les Bamboutos, 1500 pour la Mifi et 500 par département pour les Hauts-Plateaux, le Koung-Khi, la Menoua, le Noun et le Haut- Nkam. « Chaque chef de délégation départementale devait s’occuper du casse-croute et du perdiem de ses militants », a-t-on appris.

« Qui s’excuse s’accuse »

Ce qu’on n’a pas tellement évoqué au sujet de ce meeting, mais qui fait pourtant l’objet de plusieurs critiques au sein de la communauté de l’Ouest, c’est que plusieurs fils de ce terroir se sont offusqués du fait de la tenue de ce meeting. Pour eux, les élites de l’Ouest sont dans une logique d’autoflagellation, « car les principaux prétextes ayant provoqué ce meeting sont : la revendication postélectorale, la manifestation de Genève et le repli identitaire exacerbé ». Une question est née : « en quoi est ce que l’Ouest doit se sentir plus concernée que d’autres régions par les dérives de Genève, la montée en puissance du tribalisme et les revendications postélectorales ? », se demandent certains ressortissant de cette région du pays. Rejoignant ce raisonnement, dans son éditorial publié dans le quotidien Mutations de lundi dernier, Georges Alain Boyomo, suppose que l’élite de l’Ouest redouterait quelque chose ou aurait quelque chose à se reprocher. Pour lui, « il ne viendrait à l’idée de personne de faire porter le chapeau des déviances d’une personne ou d’un groupe de personnes, même lorsqu’il serait établi que les membres de celui-ci sont originaires d’une seule et même aire ethno-culturelle, à toute une région. Sauf à penser que le pouvoir de Yaoundé s’est désormais inscrit dans une paranoïa, personne, mais alors aucune tierce personne douée de bon sens, ne peut tomber dans une telle généralisation ».

Un « compLot » contrE Jean De Dieu Momo Présent aux premières loges de la tribune d’honneur de la place des fêtes de Bafoussam, Jean De Dieu Momo, président du parti des Patriotes Démocrates pour le Développement du Cameroun (Paddec), est parti de Bafoussam chagriné. Pendant toute la cérémonie, l’actuel ministre délégué à la Justice a totalement été ignoré. Il accuse les organisateurs du meeting de l’avoir privé de parole. « Ils ont eu peur que je déballe mon projet sur la All Bamileke Conference, à l’effet de nous regarder droit dans les yeux, pour nous reconstruire dans la considération des autres et neutraliser notre prétendue suprématie, pour construire le vivre-ensemble en tenant compte du dynamisme de toutes les communautés et non plus seulement le dynamisme Bamiléké », a-t-il écrit sur sa page Facebook. Le ministre délégué à la Justice se dit surpris qu’il soit parmi les invités plutôt que parmi les organisateurs, alors même que c’est lui dit-il, qui mène le combat contre la Brigade Anti-Sardinards (BAS). Jean De Dieu Momo ne passe pas par quatre chemins pour soupçonner des jalousies à son endroit, de la part des élites du Rdpc de l’Ouest. « C’est certainement le vibrant accueil qui m’a a été réservé qui a fait des jaloux », dit-il. « Heureusement, le type de l’UPC m’a vengé par son discours » se console-t-il. L’un de ses alliés n’a pas lui aussi digéré le sort qui a été réservé à Jean De Dieu Momo. Sur sa page Facebook, Patrick Duprix Mani a dénoncé les organisateurs du meeting de Bafoussam : « Il y’a comme une volonté de masquer le Paddec à Bafoussam alors que son leader est le plus menacé par les éléments de la BAS, qui ont annoncé qu’ils le tueraient s’il venait à Bafoussam ».

La peur plane

Toutes les menaces proférées par les éléments de la Brigade Anti-sardinards dans les réseaux sociaux n’ont été en fin de compte qu’une tempête dans un verre d’eau. Mais qu’à cela ne tienne, le spectre de cette menace a plané dans toute la ville de Bafoussam samedi dernier. Le dispositif sécuritaire qui a été déployé pour la circonstance en témoignait à suffisance du degré de peur qui se nichait dans les esprits des autorités administratives et des organisateurs de l’évènement. C’est donc plusieurs centaines d’hommes en tenue (militaires, gendarmes et policiers), qui ont été mobilisés pour l’évènement, indiquent des sources sécuritaires. Au niveau du carrefour BIAO, l’un des endroits les plus sécurisés de la ville, un impressionnant dispositif sécuritaire y était posté avec, des hommes cagoulés, arborant des casques, des gilets pare-balles et armés de matraques, de fusils… Derrière eux, la présence des camions anti- émeute témoignait de la gravité de la situation. Comme à cet endroit, les anti-émeutiers étaient parés dans plusieurs coins chauds de la ville. Ce n’est qu’en fin de soirée, alors que le meeting s’était déjà refermé, que ces éléments des forces de sécurité ont vidé les lieux.

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