Présidentielle 2018 : la guerre des chiffres fait rage

Sur les réseaux sociaux et certains supports médiatiques, deux tableaux récapitulatifs des suffrages exprimés circulent, donnant Paul Biya vainqueur, et comportant des anomalies.

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Neuf candidats, un élu. A quelques jours de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 7 octobre dernier par le Conseil constitutionnel, la guerre des chiffres se poursuit. Les électeurs eux, retiennent leur souffle, ne sachant où donner de la tête. Tellement les chiffres – supposés officieux mais crédibles – qui foisonnent sur les réseaux sociaux ou dans certains supports médiatiques comportent quelques anomalies.

Deux résultats et des anomalies

La victoire de Paul Biya à cette présidentielle serait sans appel, selon les chiffres publiés ça et là. Des chiffres qui, à en croire ceux qui les divulguent, seraient issus du rapport de la Commission nationale de recensement après décompte des voix exprimées sur l’ensemble du territoire camerounais et dans la diaspora, donnant vainqueur le président sortant avec 71,28 % des voix, contre 14,23 % pour Maurice Kamto, candidat du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), 6,28 % pour Cabral Libii, challenger de l’Union nationale pour l’intégration vers la solidarité (Univers) et 3,35 % pour Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF). Un petit calcul permet également de comptabiliser 3 537 717 personnes dont les votes ont été pris en compte, pour un fichier officiel de 6 587 383 électeurs.

Or, toujours sur les mêmes réseaux sociaux, un second tableau « récapitulatif des suffrages exprimés par candidat sur le territoire national » fait état d’une victoire du candidat Paul Biya avec 71,09 % cette fois, devant Maurice Kamto (14,40 %), Cabral Libii (6,32 %) et Joshua Osih (3,19 %). Pour un total de 3 462 773 suffrages valablement exprimés. Le problème, c’est que, l’addition de tous les suffrages exprimés tels que présentés dans le tableau donne un total de 3 479 564 voix au lieu du total noté sur le document. Pire encore, l’ensemble des pourcentages des différents candidats sensé être de 100 % atteint les 100,48 %. « Ce sont là deux éléments qui prouvent que ces chiffres sont faux, qu’ils ont été montés par des gens qui, visiblement ont dû manquer leurs cours de calculs mathématiques à l’école », rigole un observateur de la scène politique.

Une stratégie politique du régime ?

Selon des commentateurs, le fait que des chiffres sensés provenir des rapports de la Commission nationale de recensement et dont la publication est interdite par la loi, se retrouvent sur l’espace public serait une stratégie politique mise en place par le pouvoir de Yaoundé qui voudrait préparer les Camerounais à accueillir le triomphe du président-candidat sortant. « Certes, les travaux de la commission nationale de recensement général des votes étaient publics, mais, prendre la décision de publier, ex-cathedra, les résultats de l’élection présidentielle, travail qui est dévolu au conseil constitutionnel, instance ayant le rôle de la publication des résultats, il y a, sans conteste, anguille sous roche », argue Serge Aimé Bikoi, sociologue. Le Conseil Constitutionnel a jusqu’au 22 octobre prochain pour proclamer les résultats de ce scrutin.

Arthur Wandji

 

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