Pr. Désiré Avom, Économiste: «L’analyse de l’agence Moody’s est une bonne nouvelle pour la crédibilité du Cameroun»

Au lendemain de la publication du rapport Moody’s sur la résistance des économies de l’afrique subsaharienne, l’économiste analyse les facteurs qui ont permis au cameroun de décrocher la deuxième place à ce classement, non sans indiquer les incidences sur le climat des affaires.

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L'économiste Désiré Avom, Doyen de la faculté des Sciences économiques et de gestion à l'Université de Dschang

Dans son dernier rapport sur la résistance des économies de l’afrique subsaharienne, l’agence moody’s classe le cameroun au deuxième rang des pays les plus résilients dans le continent. Quels commentaires pouvez-vous faire en rapport avec cette actualité ?

C’est une très bonne nouvelle pour l’économie camerounaise et plus généralement pour la crédibilité du Cameroun. Le mot résilience a pourtant toujours été utilisé régulièrement par les autorités camerounaises pour dire que malgré les chocs liés à la baisse des prix du pétrole, aux effets de seconds tours de la crise financière internationale de 2008, surtout la crise sécuritaire dans les régions de l’Extrême nord et l’Est, la crise dans les régions anglophones, l’économie camerounaise parvenait à exhiber des taux de croissance non seulement positifs, mais supérieurs à la moyenne sous régionale et bien au- dessus de certains pays développés. De même, certains indicateurs tels que la dette bien qu’en augmentation rapide, reste en deçà de la norme communautaire dont la limite est fixée à 70 %. Si, nous pouvons considérer la variation erratique des prix des cours du pétrole et des autres matières premières comme une caractéristique familière de notre économie, on ne saurait dire autant des autres chocs qui durent depuis plusieurs années et induisent des conséquences dramatiques et des coûts d’opportunité élevés pour le développement de notre pays.

L’un des éléments sur lesquels l’agence de notation américaine fonde son analyse, est notamment la capacité du pays à rembourser sa dette, malgré le contexte économique morose. partagez- vous le même avis, si oui comment cela s’est-il traduit ?

Oui bien sûr que je partage cet avis. En effet, non seulement le Cameroun rembourse sa dette, je suppose avec les charges y afférentes, mais a encore la capacité de mobiliser les ressources à travers l’émission des obligations.

L’autre facteur mis à l’actif du cameroun par l’agence moody’s est la série de mesures mises sur pied en matière de maîtrise des dépenses publiques. Qu’est-ce qui a été concrètement fait dans ce domaine ?

En matière de politique budgétaire, il n’y a pas mille mesures à prendre. L’équation est simple à première vue : réduire les dépenses et/ou accroitre les recettes. C’est pourtant celle qui est politiquement la plus difficile parce que les dépenses publiques constituent des revenus pour certains groupes de la population qui s’opposent naturellement à leur diminution, ou lorsqu’ils en ont la possibilité comme les bureaucrates, protègent leurs intérêts tout en transférant les charges sur les revenus des autres. Le gouvernement à travers le ministre des Finances s’est attaqué au nœud du problème : les salaires fictifs. Je dois, si j’en avais qualité, saluer son courage non pas de s’être attaqué au problème, puisque des initiatives comparables ont existé dans le passé sans résultats concrets ; mais, d’avoir donné des chiffres en termes d’économie budgétaire. Comment pouvez-vous comprendre la décision du président de la République, Paul Biya d’autoriser le recrutement de2000 enseignants dans les universités d’Etat, et l’organisation régulière des concours à la fonction publique, si une telle poche d’économie budgétaire n’était pas garantie. Croyez-moi, une telle décision n’aurait jamais été prise sans contrarier le Fonds Monétaire International qui vient de consentir au gouvernement, des ressources additionnelles dans le cadre du programme de facilitation élargi en cours d’exécution depuis quelques années.

Outre les mesures suscitées, le rapport moody’s note que les politiques budgétaires instituées par le gouvernement résisteraient le mieux à certains chocs. en ce qui concerne le cameroun, quelles sont les initiatives qui ont été prises pour permettre de résister aux secousses externes ?

Nous l’avons déjà dit, il s’est essentiellement agi de l’amélioration de la qualité de la dépense publique pour la rendre efficace. Par exemple outre l’assainissement du fichier solde, la plupart des mesures ont consisté à réduire le train de vie de l’Etat pour la subordination de l’achat des véhicules administratifs à l’accord préalable du Premier ministre, chef du gouvernement, la suppression de certaines missions à l’étranger, des multiples comités dont la pertinence n’était pas avérée. Cette volonté est manifeste dans le budget de 2020, où des restrictions importantes sont annoncées dans la circulaire du président de la République qui définit le cadre d’élaboration du budget.

Certains spécialistes estiment qu’en plus des facteurs sus- évoqués, l’élargissement de l’assiette fiscale a aussi permis au gouvernement de faire face à la crise économique qui sévit depuis 2014. partagez-vous ce point de vue ?

La capacité d’un gouvernement à offrir des biens publics, où à amortir les chocs dépend fortement des ressources mobilisées. Les recettes budgétaires occupent donc une place importante dans le budget de l’Etat. Comme dans le cas des dépenses, leur mobilisation est politiquement difficile à gérer du fait de la multiplicité des acteurs et de la structure économique. Généralement, le législateur peut agir soit sur le taux, soit sur la base imposable ou l’assiette. Pour ce qui concerne le Cameroun, la plupart des taux sont à la limite des maxima autorisés par les engagements sous régionaux. La voie salutaire qui est exploitée par les autorités camerounaises est l’élargissement de l’assiette fiscale. Cette stratégie bute cependant à l’informalité de notreéconomie qui ne donne pas de nombreuses opportunités. Les niches fiscales identifiées ont cependant permis au gouvernement d’augmenter ses recettes.

Selon vous, quel peut-être l’impact du rapport moody’s sur les potentiels investisseurs ainsi que sur le climat des affaires ?

L’impact ne peut être que positif, puisque les investisseurs ou les potentiels veulent régulièrement être rassurés sur non seulement les opportunités favorables de réalisation des affaires, mais surtout la préservation de leur profit. Il faut toutefois relever que la préservation d’un meilleur cadre macroéconomique perceptible par un taux de croissance économique positif, un taux d’endettement maitrisé ne suffit pas, les efforts engagés dans de nombreux secteurs tels que l’énergie, les transports, doivent être poursuivis.

On note néanmoins que malgré ces bons points qui ressortent du rapport moody’s, certaines contraintes sécuritaires persistent et risquent hypothéquer les fondamentaux de l’économie camerounaise. Qu’est-ce qu’il y a lieu de faire pour consolider la position du cameroun sur le long terme ?

C’est la grosse hypothèque qui pèse sur notre économie. Mon souhait, est le retour à la raison pour que la paix revienne définitivement afin de continuer la construction de notre pays qui, a de formidables atouts dont l’exploitation et une répartition juste et équitable en garantirait un meilleur développement. C’est la convoitise de ce riche potentiel qui alimente et entretien de mon point de vue les poches de résistance. La théorie du pourrissement n’est plus soutenable et personne n’en sortira vainqueur.

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