Paul Biya : Les secrets de la victoire

Ce lundi soir, le chef de l’Etat devrait entamer son septième mandat à la tête du Cameroun. les recours en annulation du scrutin, seuls obstacles à sa réélection ont tous été rejetés par le Conseil Constitutionnel.

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Biya: Un bilan pour le moins parlant

Neuf candidats, un élu ! Avec la majorité des suffrages valablement exprimés, selon de nombreuses estimations, Paul Biya devrait être réélu à la présidence de la République du Cameroun. Le candidat du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (Rdpc) est parti pour nettement battre ses adversaires à cette élection du 7 octobre dernier. Une performance qui devrait couronner un parcours inédit dans l’histoire de la politique africaine. Car s’il a déjà passé 36 ans à la magistrature suprême, Paul Biya, 85 ans, s’apprête à se voir offrir, sept années de plus au Palais présidentiel d’Etoudi. Ce sera son septième mandat. Même si, l’opposition, dont le Conseil Constitutionnel a rejeté tous les recours en annulation partielle ou totale de ce scrutin, accuse le régime d’avoir verrouillé le système électoral en faveur du président sortant.

Biya réélu ? C’est comme si c’était fait!

Quelques signes étaient pourtant au vert, pour une réélection du candidat Biya. A commencer par le timing de sa déclaration de candidature. Le champion du Rdpc a attendu le 13 juillet, soit quatre jours après avoir convoqué le corps électoral. Un calendrier savamment pensé. Et quel meilleur canal que Twitter pour annoncer son intention de briguer un septième mandat à la magistrature suprême ! « Je serai votre candidat à la prochaine élection présidentielle », avait écrit le chef de l’Etat sur son compte, se disant « conscient des défis que nous devons ensemble relever pour un Cameroun encore plus uni, stable et prospère ». Le président camerounais affirmait d’ailleurs que sa candidature était une réponse à des « appels incessants » de ses « compatriotes du Cameroun et de la diaspora ». Suffisant pour semer le doute dans les esprits de nombreux opposants qui ont vite fait de dire qu’ils rejetteraient le résultat de cette élection, par avance.

Paul Biya a également bien choisi les principaux mots de sa campagne : « Paix », « Unité », « Stabilité ». Tout un programme a été mis sur pied et les cadres du partis et même le gouvernement tout entier se sont portés garants de la victoire plusieurs mois auparavant. C’est que, en tant que président – candidat, Paul Biya a mis toutes les chances de son côté. L’homme du Renouveau disposait d’un certain nombreux d’avantages : une popularité indiscutable ; la stature ; le contrôle par son parti de la quasi-totalité des arrondissements du pays ; des militants (électeurs) implantés sur tout le territoire national ; des ministres du gouvernement prêts à mouiller le maillot pour lui assurer un « 100 % » de réussite dans leurs localités d’origine respectives ; une équipe de campagne qui maîtrise les rouages de la politique camerounaise, puissante, organisée et appelée à couvrir toute la nation ; un parti suffisamment préparé aux plans financier et de la mobilisation… Et une opposition qui est demeurée divisée, malgré l’alliance de la dernière minute entre les candidats Akere Muna et Maurice Kamto. « Même si elle n’était pas suffisante, compte tenu du fait qu’il fallait que d’autres candidats comme Joshua Osih et Cabral Libii se joignent à Akere et Kamto, cette alliance a néanmoins eu le mérite de non seulement répondre aux appels de certaines populations qui en rêvaient, mais aussi de faire trembler le parti au pouvoir qui a dû changer de stratégie », analyse un commentateur politique.

Le candidat du Rdpc a su faire discret. S’il n’a effectué qu’une seule descente sur le terrain de la campagne en allant à Maroua, son message aux électeurs des 10 régions n’en est pas moins clair. Le champion du parti des flammes a en effet joué la carte du « père de l’unité camerounaise ». D’ailleurs dans un clip de campagne diffusé abondamment sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre était simple : « L’histoire du Cameroun n’est pas celle de frères et de sœurs qui s’entre-déchirent mais celle d’une famille qui reste unie dans la prospérité. Alors quand on parle du Cameroun, de notre Cameroun, du berceau de nos ancêtres, le meilleur choix restera toujours le choix de la stabilité, Paul Biya ». Face à des candidats que ses affidés ont associé à la crise anglophone, au tribalisme et à l’agitation médiatique, Paul Biya n’a pas besoin de s’exprimer abondamment : les Camerounais ont intégré le message qui a été répété par ses hommes dans les médias et sur le terrain de la campagne électorale. Le président (ré)élu ce 22 octobre devrait prêter serment d’ici au 7 novembre prochain.

Par Arthur Wandji

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