OTA: « on enregistre un taux de souscription de 120,78 % »

Le directeur de la trésorerie explique les raisons qui ont favorisé la réussite des deux premières émissions des OTA.

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« On enregistre un taux de souscription de 120,78 % »

Quels sont les éléments qui justifient le choix de l’émission des obligations du trésor ? L’orientation de l’Etat vers les Obligations du Trésor Assimilables (OTA) se justifie par une volonté pour celui-ci de diversifier ses instruments de financement. En effet, l’Etat a souvent fait recours à l’émission des Bons de Trésor Assimilables (BTA), à l’appel public à l’épargne à travers l’emprunt obligataire, et a opté pour une extension de son champ d’action aux émissions des OTA. Il participe d’ailleurs ainsi à la redynamisation du marché monétaire de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Beac) dont l’essor serait bénéfique à l’ensemble des pays de la sous-région. En fait, il est important de faire une distinction entre le marché monétaire qui est le marché traditionnel des trésors publics et des banques, sur lequel se font les émissions d’OTA, et le marché financier qui est prioritairement celui des entreprises et des autres agents économiques et pour lequel une intervention de l’Etat limite d’office celle de ses principaux « ayants droits ».

Pour une première expérience, n’était-ce pas assez osé ? Quelles sont les difficultés que le ministère des Finances a dû braver ?

Pour une première expérience, non. En fait l’Etat avait déjà eu, par le passé, à émettre des OTA pour un peu moins de 50 milliards de francs CFA. L’innovation réside ainsi peut-être au niveau du montant à mobiliser qui est plus important. En termes de difficultés, nous pouvons noter principalement la tentative qui fort heureusement a abouti, d’obtenir une pondération nulle pour les titres publics émis. Au rang des difficultés, nous pouvons également relever la limitation de l’Etat dans ses actions lorsqu’il émet des OTA. En effet, la règlementation du marché monétaire est assez stricte, et ne permet par exemple pas à l’émetteur de s’adresser (communiquer) directement aux autres investisseurs institutionnels (autres que les SVT) qui pourraient dans ce cas émettre des ordres de souscription par le biais des SVT avant les dates d’adjudication indiquées.

Lors de la cérémonie de lancement de cette opération le 13 mai dernier, le ministre des Finances a indiqué que les oTa présentaient des avantages pour le Cameroun. Quels sont ces avantages, comparé aux emprunts obligataires ?

En comparaison avec les emprunts obligataires, les OTA présentent plusieurs avantages pour le Cameroun. D’abord, en s’orientant vers le marché monétaire, l’Etat laisse une plus grande marge aux autres agents économiques pour se financer sur le marché qui leur est dédié, en l’occurrence le marché financier, ce qui participe du développement de l’économie du pays. Ensuite nous pouvons évoquer le coût financier des OTA qui est considérablement moins important que celui des emprunts obligataires. En effet, non seulement les dépenses liées à l’organisation de l’emprunt obligataire (campagne média et hors média, commissions à verser à l’arrangeur,…) sont considérablement plus importantes que celles qui rentrent en jeu pour l’émission des OTA (qui nécessite simplement une communication restreinte qui a pour cible principale les investisseurs potentiels, et pour cœur de cible une liste exhaustive de 17 SVT -Spécialistes en Valeurs du Trésor- agréés au Cameroun), mais aussi et surtout, la somme des annuités est considérablement moins importante dans le cadre du remboursement des OTA. Enfin, l’OTA offre à l’Etat un délai de grâce plus long, étant donné que le remboursement du principal ne se fait qu’au terme de la maturité du titre, ce qui lui permet de se préparer aisément à faire face aux différentes échéances de remboursement.

Le ministre des Finances a également avancé l’argument de la crédibilité de la signature du Cameroun. Quels sont les arguments qui fondent cette crédibilité ?

Plusieurs arguments fondent la crédibilité de la signature de l’Etat du Cameroun : les titres émis par le Trésor Public bénéficient de la garantie souveraine de l’Etat du Cameroun et sont pour cela insusceptibles de connaître un défaut de remboursement. D’ailleurs, l’Etat du Cameroun a toujours honoré à ses engagements. A date, les emprunts obligataires Ecmr 2010-2015 et Ecmr 2013-2018 ont été remboursés en totalité et les échéances de remboursements survenues ont été respectées. Plus encore, un compte séquestre, domicilié à la Beac et régulièrement approvisionné par débits d’office du Compte Unique du Trésor assure la sauvegarde des fonds nécessaires au remboursement à l’échéance des titres émis.

Quelles assurances avez-vous données aux différents acteurs quant à la capacité de l’Etat à rembourser dans les délais ?

La réponse à cette question se trouve dans l’argumentaire de la précédente. Notamment l’existence d’un compte séquestre domicilié à la Beac et qui est régulièrement approvisionné par débits d’office du Compte Unique du Trésor.

Quelle a été la réaction des banques depuis le lancement de cette opération ?

Les banques, et plus précisément les SVT, ont relativement bien réagi à cette importante opération de levée de fonds. En effet, pour le compte des deux émissions déjà réalisées, sur les 100 milliards de FCFA sollicités, on enregistre un taux de souscription de 120,78 %, ce qui témoigne de la réceptivité des investisseurs à cette opération.

Qu’en est-il des établissements de microfinances qui ne disposent pas généralement de la trésorerie nécessaire pour financer les opérations dont la maturité s’étale sur cinq ans ?

Les Etablissements de micro finance (EMF) ont un rôle important à jouer dans le processus mis en place pour l’obtention de ces ressources. En effet, les Etablissements de micro finance disposant d’une bonne surface financière peuvent aisément souscrire aux titres émis par le biais des SVT pour les maturités indiquées, et en cas de besoin de trésorerie, les échanger sur le marché secondaire. Relevons par ailleurs que les émissions dont il est ici question proposent des maturités différentes dont celles qui sont inférieures à 5 ans, et les EMF peuvent ainsi opter pour la maturité qui leur convient le mieux.

Quelles sont les perspectives de développement du marché secondaire ?

Dans le cadre du développement du marché secondaire, obligation est faite aux banques d’afficher les cours des titres à échanger sur celui-ci. Le Trésor suit de près la mise en œuvre de cette activité, afin d’en assurer l’exécution. Il est par ailleurs à noter que les titres émis, à l’exemple des Obligations du Trésor Assimilables, sont admis au refinancement de la Beac. Il y a plus, en perspective, la fusion des places boursières de Libreville (Bvmac) et de Douala (DSX), ce qui permettrait d’y échanger un certain nombre de titres et de donner une forte impulsion au marché monétaire.

Interview réalisée par Junior Matock (Défis Actuels)

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