Nord-ouest-Sud-Ouest : Biya négocie avec les sécessionnistes*

Le régime de Yaoundé a engagé des pourparlers avec des leaders sécessionnistes en fin de semaine dernière.

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Après avoir longtemps rejeté toute possibilité de « négocier avec les terroristes », le régime de Yaoundé a fini par se rebiffer et emprunter la voie à lui montrée depuis des lustres tant par des opposants que par des partenaires étrangers. A la faveur de la nuit du 2 au 3 juillet dernier, Ayuk Tabe et huit autres leaders séparatistes de l’ex Cameroun occidental ont été extraits de leurs cellules de la prison centrale de Yaoundé pour « une destination inconnue ». Laquelle s’avèrera être la résidence de l’Archevêque métropolitain de Yaoundé. L’Archevêque Jean Mbarga abrita donc les premiers pourparlers entre les sécessionnistes et le gouvernement. Selon des sources concordantes, Ayuk Tabe était accompagné entre autres de Mancho Bibixy, Me Blaise Shufai, Me Elias Ebai Eyambe, Pr Awasom, Conrad Tsi, Terence Penn, Richard Ngome et un certain Bush Hunter. Avec des incertitudes sur la présence de l’animateur radio Bibixy et de Penn. En face, les sources ne s’accordent pas toujours sur la composition de la délégation. Toujours est-il que Maxime Eko Eko le directeur général de la recherche extérieure (patron des renseignements généraux) serait le négociateur-en-chef, avec à ses côtés , le lieutenant-colonel Jacques Baudoin Misse Njone, juge d’instruction au Tribunal militaire. L’hôte des pourparlers devant jouer le rôle de facilitateur, avec le gage de la « neutralité » que lui présage sa fonction d’autorité morale. L’abbé Apollinaire Bertrand Ndzoumou Mendo, responsable de la communication de l’Archidiocèse de Yaoundé dément la tenue d’une quelconque rencontre chez l’Archevêque, les sources saisies persistent et signent sur le contraire.

Conditions préalables

Quoi qu’il en soit, il est clair que Yaoundé a initié des pourparlers avec les séparatistes. Si le sommet de l’Etat continue d’entretenir le flou sur la tenue de ces assises, les interlocuteurs ont tenu à ne pas évoluer dans la clandestinité. « Puisqu’aucune guerre n’a jamais été bouclée sur le champ de bataille, nos dirigeants présents étaient dirigés par le président Julius AyukTabe», admet Dabney Yerima, vice-président, vice-président de la République fédérale fantôme d’Ambazonie. Aussi, les séparatistes qui n’ont pas été avisés à l’avance de la tenue des négociations, ni même du lieu qu’ils auraient découvert une fois arrivés, après avoir été extraits sans avis de leurs cellule, n’ont pas divergé sur la conduite à tenir. Ainsi, Sisuku Ayuk Tabe et ses acolytes ont campé sur des conditions qu’ils avaient déjà émises à travers un communiqué rendu public le 29 juin dernier : « un cessez-le-feu suivi d’un retrait des forces de La république du Cameroun du Southern Cameroons ; la libération de tous nos citoyens détenus dans les prisons et centres de détention, dans le cadre du conflit actuel ; un engagement de La république du Cameroun qu’il n’orchestrera plus aucune violence ni toute autre forme de pression sur notre peuple ; un engagement sur la bonne foi de la république du Cameroun de la poursuite des négociations de sortie de crise en terrain neutre, à une date arrêtée de commun accord et avec un médiateur choisi de commun accord ».

Dans le communiqué de presse qu’il publie au sujet de l’ouverture des négociations, Dabney Yerima écrit que « la prise de conscience a fait comprendre au régime de Yaoundé que la guerre contre notre peuple est contre-productive et qu’une victoire du Cameroun français est franchement impossible». Pour autant, il n’est pas question de surfer sur cette évidence pour maintenir le statu-quo, mais attend de voir les premières réactions de Yaoundé pour suivre le pas : « Une fois que des progrès significatifs auront été réalisés, le gouvernement intérimaire d’Ambazonie avisera les Ambazoniens », indique-t-il. En clair, les combattants séparatistes ne feront pas le premier pas. Sachant qu’un retrait des troupes gouvernementales est un signe que Yaoundé renonce à sa souveraineté sur cette partie du territoire. Le peuple continuera de rester otage des deux parties en conflit. « Chers Ambazoniens, le chemin de la liberté et de l’indépendance est toujours difficile, mais malgré l’obscurité actuelle, je vois de l’espoir et un avenir radieux. Nos objectifs cardinaux sont la liberté et l’indépendance. Soyez rassurés que nous restons attachés à la restauration de l’indépendance de notre patrie », assure le vice-président de Sisuku Ayk Tabe.

« Le gouvernement ne négocie pas avec les terroristes»

C’est un pas que fait Paul Biya n’a jamais voulu esquisser. « Le gouvernement ne négocie pas avec les terroristes», ont régulièrement scandé les autorités gouvernementales. Après avoir opposé la violence à la violence, le chef suprême des Armées a révisé sa stratégie en proposant un « programme désarmement-démobilisation-réinsertion ». Lequel ne donne pas toujours les résultats escomptés. Yaoundé a relancé la guerre et a semblé prendre le dessus, avant de se raviser. Certaines victoires des forces de défense et de sécurité s’accompagnent d’exactions qui exposent le pays dans la ligne de mire des défenseurs des droits de l’homme. A la faveur de la pandémie du Covid-19, le secrétaire général des Nations unies a plaidé pour un cessez-le-feu sur tous les théâtres de guerres dans le monde.

Message suivi au Cameroun, même si les armes n’ont jamais cessé de crépiter. Outre les Nations unies, de nombreux partenaires du Cameroun ont appelé à un « dialogue inclusif », moins d’un an après la tenue du Grand dialogue national rejeté par Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) et d’autres acteurs politiques et sociaux nationaux. Yaoundé ayant circonscrit le contenu à sa seule vision, et sans avoir satisfait la condition des combattants et d’autres forces vives de la nation, d’arrêter ses opérations militaires et d’associer les leaders séparatistes. C’est faute d’avoir pu réussir par la guerre que Paul Biya, la mort dans l’âme, consent à négocier avec les leaders autoproclamés de la fronde séparatiste dans le Nord-ouest et le Sud-ouest.

Source : La Nouvelle Expression
*La titraille a été modifiée

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