Nord-ouest et Sud-Ouest : La solution passe par la Cpi selon International crisis group

L’Ong qui accuse le gouvernement de refuser le dialogue, dénonce l’intransigeance des belligérants.

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Dans le rapport qu’il a publié ce 02 mai 2019, International crisis group (Icg) écrit que « depuis septembre 2018, les forces de sécurité ont pu reprendre la main face aux séparatistes : elles leur ont infligé de lourdes pertes et ont éliminé plusieurs de leurs chefs opérationnels. Mais elles ne parviennent pas à sanctuariser les villes ni à reprendre le contrôle des localités rurales ». Ainsi, malgré le fait que « l’Etat a déployé depuis fin 2017 des renforts militaires et policiers par milliers, l’unité d’élite de l’armée (Bataillon d’intervention rapide), des forces spéciales nouvellement créées », ainsi que le renfort de ses moyens logistiques avec des blindés et des hélicoptères récemment achetés aux Emirats arabes unis, à l’Ukraine et à Israël, l’Ong observe que «la situation dans les régions anglophones ne cesse de se détériorer ». Pour preuve, en cette troisième année de crise, le conflit commence à gangrener les régions voisines, avec déjà « une vingtaine d’attaques et d’incendies ayant fait une quinzaine de morts et d’importants dégâts matériels », dans les départements de la Menoua, des Bamboutos et du Noun (Ouest) et les villes de Njombe Penja, Mbanga et Mpenda Mboko (Littoral). Du coup, Icg craint « un risque de communautarisation du conflit est élevé ».

L’Ong qui se présente comme le fruit de 160 entretiens menés dans les deux régions en crise, à Douala et Yaoundé, ainsi que dans différentes villes du Nigeria (où se trouve la majeure partie des réfugiés) et des capitales occidentales, constate une « intransigeance » des deux parties au conflit : « Les séparatistes vivent dans l’utopie d’une indépendance prochaine. Le gouvernement, quant à lui, se berce d’illusions quant à la possibilité d’une victoire militaire à court terme. Les modérés et les fédéralistes, qui bénéficient pourtant de la sympathie d’une majorité de la population, peinent à s’organiser ». C’est pourquoi Icg sous-estime les efforts du gouvernement : « Il n’existe aucun dialogue entre Yaoundé et les séparatistes, qui campent sur leurs positions : l’un mise sur une victoire militaire et refuse toute discussion sur la forme de l’Etat, les autres exigent l’indépendance », peut-on lire dans le rapport.

Sept milices armées en position de force

Alors la guerre commence à porter son vrai nom : « Sept milices armées sont actuellement en position de force dans la majorité des localités rurales. Les forces de sécurité ont mis du temps à organiser leur riposte, mais depuis mi-2018, elles infligent des pertes aux séparatistes. Elles ne parviennent pourtant pas à reprendre entièrement le contrôle des zones rurales, ni à empêcher les attaques récurrentes des séparatistes dans les villes », renseigne le rapport. Avec à la clé, pas moins de 1 850 morts, 530 000 déplacés internes et des dizaines de milliers de réfugiés en vingt mois de confrontations, relève le rapport.

La faute, selon l’Ong, à de réponses inappropriées aux problèmes posés par une partie du peuple camerounais. « Face aux revendications fédéralistes et sécessionnistes, le pouvoir oppose à nouveau une décentralisation de façade ». Or, poursuit-elle, «l’hypercentralisme est pourtant l’une des principales faiblesses structurelles du pays, et la crise anglophone en est une conséquence ». En saluant la revalorisation de l’enveloppe budgétaire allouée à cette décentralisation, Icg trouve qu’elle reste dérisoire : « si le budget des collectivités territoriales décentralisées (régions et communes) a quintuplé en 2019, passant de 10 à 49,8 milliards de francs CFA (15,2 à 74,8 millions d’euros), il ne représente qu’un pour cent du budget national (4 850 milliards de francs CFA soit 7,4 milliards d’euros) », minimise-t-elle.

Sanctions de l’Union européenne, des Usa… et de la Cpi

Face à cette situation, International crisis group propose que le dialogue soit imposé aux parties. « Au niveau interne, les francophones et anglophones camerounais qui prônent des solutions de compromis doivent se mobiliser pour faire pression sur les séparatistes et le gouvernement », propose-t-on à Icg. Une initiative que devront soutenir les pays amis du Cameroun et des organisations internationales qui se sont déjà exprimées sur le sujet. Sous l’égide d’un médiateur international qu’Icg voit entre les Nations unies, l’Union africaine, l’Eglise catholique et la Suisse, en les supposant impartiaux aux yeux des parties en conflit. Ainsi, « une fois la confiance instaurée, des discussions préparatoires seront nécessaires entre émissaires du gouvernement, des fédéralistes et des séparatistes ; elles devraient avoir lieu à l’étranger ».

Mais cette voie n’empêche pas des poursuites judiciaires que l’Ong souhaite voir s’ouvrir avec comme cibles des fautifs des deux camps. « La procureure générale de la Cour pénale internationale devrait ouvrir des enquêtes préliminaires sur les abus des deux parties, afin de souligner que la poursuite des violences aura des conséquences judiciaires ». En attendant, le rapport d’Icg appelle l’Union européenne et les Etats-Unis, entre autres partenaires du Cameroun, à « envisager des sanctions ciblées contre les pontes du pouvoir et les hauts gradés qui continuent de faire obstacle au dialogue (interdictions de voyages, gels des avoirs), et les séparatistes qui prônent ou organisent la violence (poursuites judiciaires) ».

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