Martin Camus Mimb, PDG RSI : « En matière de journalisme sportif, j’ai encore beaucoup à donner »

Malgré son handicap moteur, il est le journaliste sportif le plus adulé de sa génération. Entretien avec le fondateur de Radio Sport Infos, l’unique chaine sportive spécialisée de l’Afrique Centrale.  

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Martin Mimb le fondateur de la Radio RSI

Comment êtes-vous devenu journaliste sportif ?

J’ai été frappé par la poliomyélite à l’âge d’un an et demi. Tous mes frères jouaient au football et ils étaient bien obligés de me traîner partout où ils allaient jouer. Je pense que c’est de cette façon que j’ai aimé le ballon rond. En outre, mon papa achetait beaucoup de journaux de foot et comme je n’avais pas grand-chose à faire à cause de ma mobilité réduite, je passais le plus clair de mon temps à lire les journaux. C’est ainsi que sont nés ma passion pour le football et pour le journalisme. Et j’ai commencé à m’exercer comme certains jeunes au lycée lors des championnats inter-classes.

Quelles sont les principales étapes de votre évolution dans le métier et quelles sont les clés de votre réussite ?

J’ai véritablement démarré ma passion pour ce métier à Dikalo où j’étais chef du service des sports. J’ai trouvé une rédaction avec de véritables requins, des signatures réputées, et on m’a confiné dans le sport parce qu’il y avait personne d’autre sous la main. Dès mes premiers papiers, les aînés qui étaient là, notamment Teteh Armah et Thomas Eyoum à Ntoh  sont arrivés à la conclusion que je pouvais tenir cette rubrique. Par la suite, je suis entré à Equinoxe, la radio du groupe de la Nouvelle Expression où j’ai été tout à tour, chef du desk sport et rédacteur en chef sport du groupe, à la fois pour la télévision et la presse écrite. Après quoi j’ai migré à Spectrum Télévision (STV), où j’étais également chef du desk sport. Evidement j’y ai écourté mon passage parce que je pensais déjà me consacrer à l’international. Mais avant de partir de STV, j’ai commenté la Coupe du Monde 2010 pour l’Union Africaine des Radiodiffusion, la Coupe d’Afrique des Nations 2012 pour le compte de Canal+ et la Coupe du Monde 2014 (Canal +). A ce moment là, j’avais déjà créé ma propre structure. J’ai également été consultant de Canal+ pendant plus de cinq ans et chroniqueur dans l’émission Talents d’Afrique avant d’ouvrir ma propre société. Aujourd’hui j’ai mis sur pied cette la Radio Sports Infos , dont le but est d’encadrer et de former les jeunes, de leur transmettre cette passion pour le journalisme sportif.

Qu’est-ce qui vous a inspiré le concept de cette première radio thématique sportive dans la sous-région ?

Après un constat simple. En 2004, en voyant les aînés comme Jean Lambert Nang et Abed Nego Messang disparaître de la scène, les gens estimaient que le journalisme sportif national était fini. J’ai pensé qu’il fallait remédier à ce pessimisme ambiant.  Et j’ai essayé d’incarner la relève en 2010 avec mon commentaire de la Coupe du Monde sur des grandes chaînes internationales, et le public a adhéré. Je me suis dit que nos aînés n’avaient rien fait pour que le journalisme sportif ne disparaisse pas après eux. Donc, j’ai décidé de travailler dans ce sens. Beaucoup de jeunes ne peuvent pas avoir comme moi la chance de se former à Canal+, je me devais donc de mettre ces modestes savoirs et expériences à la disposition des plus jeunes. Le 28 août 2012, un événement viendra me conforter dans cette voie. J’ai eu un accident, et ma jambe d’appui s’est cassée alors que j’avais un rendez-vous quatre jours plus tard à Abidjan avec les responsables de Canal+, où il était question d’étudier l’opportunité d’un recrutement sur Paris pour commenter des matchs et faire d’autres émissions. J’ai passé cinq mois à l’hôpital. C’est vrai que la porte restait ouverte chez Canal+, mais j’ai préféré montrer aux miens que j’étais un gagneur, que je pouvais surmonter cette épreuve. C’est ainsi que j’ai monté ma radio avec le soutien de beaucoup d’amis. C’est vrai qu’au départ d’autres personnes ont tenté de me décourager en me disant qu’il serait difficile de faire marcher une radio exclusivement consacrée au sport. Problème : moi, je ne savais faire que ça. Je me suis donc lancé, et c’est ainsi que Radio Sport Infos est née.

En Studio avec ses jeunes collègues

Quelle sont les thématiques développées par RSI ?

RSI est une radio à thématique sportive qui s’est inspirée un peu de RMC en France mais avec un penchant pour la musique. C’est-à-dire que nous faisons sport et musique et c’est d’ailleurs pour cela que notre slogan c’est « sport and music only ». C’est donc 90 % de sport et 10 % de musique. On traite de toute l’actualité sportive et on couvre toutes les compétitions mondiales en direct grâce à l’écurie des jeunes commentateurs que j’ai pu mettre en place, sortis tout droit des universités camerounaises. Je leur donne des outils pour commenter les matches et bien sûr on couvre toutes les compétitions auxquelles prennent part les équipes nationales camerounaises et même les compétitions internationales comme la Champions League ou la Coupe du Monde. Nous déployons des reporters partout pour pouvoir le faire. Beaucoup de gens ne comprennent pas le concept, se disant que nous sommes là du matin au soir pour donner des résultats de matches. Mais non. Nous parlons de politique du sport et c’est d’ailleurs pour cette raison que pour la campagne électorale en vue de la présidentielle d’octobre 2018, une grande rubrique sera ouverte pour les candidats. Ils vont pouvoir exposer leurs programmes et projets pour le sport. Nous parlons du sport dans toutes ses déclinaisons, et de tout ce qui tourne autour de lui. Voilà globalement notre concept, qui, de mon point de vue, intéresse beaucoup de monde dans notre aire de diffusion, notamment le littoral et le Sud-Ouest ainsi qu’une partie de l’Ouest. On a pu quand même apporter une petite fraicheur sur les ondes et aujourd’hui je vois que beaucoup de médias ont copié le concept puisque les débats sportifs se multiplient. C’est tant mieux pour nous tous.

Fort du succès de RSI, avez-vous  d’autres projets dans le monde médiatique au Cameroun, ou au-delà ?

J’ai quelques projets en tête. Premièrement, mettre en place une unité de télévision, mais pas une télévision dans le sens classique, qui coûte une fortune. Je voudrais faire une télévision qui ne sera visible que sur une application web, sur les téléphones et autres équipements connectés. Avec ce dispositif, j’espère pouvoir aller sur le satellite en utilisant la fibre optique pour atteindre tout le monde. D’autre part, je pense qu’un pays ne peut pas développer son secteur sportif sans des media puissants qui s’y consacrent. Je pense bien pouvoir lancer un quotidien consacré au sport pour permettre aux jeunes sportifs qui sont basés au Cameroun d’avoir un minimum de visibilité. Depuis qu’on a créé la radio, je vois des jeunes sportifs fiers que l’on puisse parler d’eux à la radio. Il faut qu’on apporte cette expérience sur la presse écrite. Enfin, je pense qu’avec tous les réseaux que j’ai aujourd’hui, c’est de pouvoir mettre sur pied un cabinet de lobbying et d’intermédiation pour aider les sportifs de haut niveau à accroître leur visibilité, à améliorer leurs images.

Martin Camus Mimb

Quels sont les facteurs clés qui ont contribué à votre ascension dans le métier ?

Mon handicap physique  m‘a sans doute fait comprendre dès le départ que je devais travailler davantage. C’est ce que j’ai fait, et continue de faire. Je faisais plus d’efforts que n’importe qui partout où j’ai travaillé. J‘ajoute que lorsqu’on est travailleur et passionné par quelque chose, on avance en se disant qu’on n’a pas de limites. Et j’ai encore beaucoup à prouver dans ma carrière. Et il faut que je donne encore plus aux jeunes. Il n’y a pas de structure de formation dans cette spécialité. Les écoles sont devenues de simples centres de théorie. Les jeunes en sortent sans aucune compétence. Aujourd’hui, les jeunes sont en mal de repères. Et je pense que je peux leur être utile dans ce sens. Je prie juste la nature de me donner encore suffisamment de force pour avancer et pouvoir le faire.

A propos de cette jeune génération de journalistes, on note qu’ils sont attirés principalement pour le journalisme politique. Mais il n’y a pas assez de vocations dans le journalisme sportif. Comment comptez-vous leur inculquer ce goût, dans un pays comme le Cameroun où le sport est clairement une passion nationale ?

Chez nous, on a des a priori. On pense parfois que le journalisme sportif est réservé à ceux qui ne peuvent pas travailler en politique ou en économie. En partant de là, le débat est faussé d’avance. Je me souviens de cette anecdote vécue par Abel Mbengue : lorsqu’il est arrivé à la rédaction de la radio nationale, on l’a envoyé au service sport, estimant qu’il était moins diplômé que d’autres. Comme une punition. Heureusement pour nous, il est devenu est très grand journaliste. Jean-Lambert Nang ou Abed Nego Messang étaient aussi de véritables génies du métier. Ils ont montré qu’on peut être brillant et choisir le journalisme sportif. C’est ce que je veux communiquer aux jeunes d’aujourd’hui. Ils ont compris qu’avec le nombre de médias internationaux qui s’installent chez nous, de nombreuses passerelles et opportunités s’offrent à eux.

Parlons du championnat local de football qui n’est pas de très bonne facture, alors que les joueurs camerounais excellent à l’étranger. Selon vous, que pourrions-nous faire pour rendre notre championnat plus attractif?

Vous le savez, on a malheureusement inversé les rôles au Cameroun. Les dirigeants sont plus connus que les athlètes. Ce qui n’arrive jamais sous d’autres cieux. Je ne suis pas sûr qu’on puisse citer cinq noms du directoire du football français, mais on peut citer cinq noms de vedettes de son championnat national, comme Mbappe, Neymar, Cavani, Verrati, Buffon, etc. Chez nous, devenir dirigeant de club est un ascenseur social ou politique. Et quand vous voyez avec quel mépris ils parlent de leurs sportifs, vous comprenez qu’il y a un vrai souci, une inversion des valeurs. Quand vous êtes à une séance d’entrainement, vous verrez les dirigeants arriver avec leur véhicule et les joueurs en moto taxi. Il faut évidemment valoriser le sportif au Cameroun. Et les media spécialisés, si ils se multiplient, prennent du poids, y contribueront. Radio Sport Infos est dans une démarche. Ailleurs, ce sont les droits audiovisuels qui nourrissent les clubs de football. Ici, il n’y en a pas. La première chose à souhaiter, c’est que les politiques lâchent un peu le sport, afin qu’il puisse voler de ses propres ailes. Ils doivent laisser les professionnels du secteur travailler librement.

Propos recueillis par François Bambou

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