Louis Paul Motaze : « Nous entamons des discussions pour un nouvel accord avec le FMi »

Le ministre des Finances revient sur les différentes étapes de sa visite dans le Sud où il a notamment procédé la semaine dernière au lancement technique du budget et à l’inauguration de l’hôtel des finances d’Ambam.

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Le budget 2021 est lancé, qu’est-on est en droit d’attendre de son exécution ?

Nous sommes modérément optimistes quant au relèvement du taux de croissance. Depuis la survenue de la pandémie, nous avons eu à prendre un ensemble de mesures fiscales et douanières pour accompagner les opérateurs économiques et nous nous attendions à une baisse forte des recettes. Mais l’observation que nous avons eu à faire est que les recettes ne se comportaient pas si mal. C’est la raison pour laquelle pour 2021 nous avons estimé que nous pouvons prévoir une légère hausse et cela a aussi été prévu à travers les différentes analyses qui ont été faites par la Banque Mondiale. Ceci étant, si pour 2020 nous avons constaté une baisse de la croissance de 2,2 %, en 2021 nous pouvons passer à un taux de croissance supérieur à 3 %. Ce qui veut dire que l’on repart vers un taux de croissance supérieur. Mais pour atteindre cette croissance il y a des conditions préalables à remplir. La première est que nous puissions maîtriser la pandémie. La deuxième condition est que nous parvenions à conclure un nouvel accord avec le Fonds Monétaire International (FMI). Nous entamons les discussions le 20 janvier prochain pour un nouvel accord avec le FMI. La troisième condition est que la paix revienne dans toutes les régions, car les conditions sécuritaires actuelles sont un frein à l’atteinte de nos objectifs. La quatrième condition est la discipline. La discipline dans la collecte des recettes, la discipline dans l’exécution de la dépense, la discipline dans le processus de passation des marchés publics… Tout ceci arrive à un moment où nous faisons face à une nouvelle donnée qu’est l’avènement des régions. A propos, nous pensons que quelque chose devrait être fait pour accompagner les nouvelles structures que sont les régions. Parce que lorsqu’on parle d’exécution du budget on parle de croissance. Si l’exécution du budget est stoppée à n’importe quel niveau, c’est la croissance qui est stoppée. C’est pour cela que nous devons vraiment nous discipliner dans l’exécution du budget.

Au cours de votre séjour dans le Sud vous avez tenu une réunion de travail avec le personnel des services déconcentrés de votre administration. Comment évaluez-vous les performances de vos collaborateurs dans cette région ?

Le bilan des activités du personnel de l’administration des finances dans le Sud est positif. Les chiffres qu’ils m’ont présentés sont encourageants. Le secteur Sud 2 des Douanes installé à Kribi peut désormais atteindre plus de dix milliards de francs CFA par mois en termes de recettes douanières. Ils ont certes des problèmes mais nous constatons qu’ils font bien. A chaque fois que je vais hors de Yaoundé dans le cadre d’une mission de travail je tiens à rencontrer mes collaborateurs afin d’avoir des séances de travail avec eux. Pour moi c’est une opportunité de leur expliquer quelle est la situation des finances publiques et de notre économie, ainsi que ce qui devrait être fait pour améliorer les difficultés que nous rencontrons. En l’occurrence il s’agit de la crise sanitaire et de ses répercussions sur notre économie. Nous avons échangé et ils m’ont fait des propositions. Leur situation est plutôt bonne.

L’autre axe de cette visite a été l’inauguration de l’Hôtel des finances d’ambam. Que pourra être l’apport de ce bâtiment dans le déploiement du personnel du ministère des Finances dans la vallée du Ntem?

Le bâtiment n’est qu’un outil, un instrument qui permet au personnel de travailler dans des conditions optimales. Ce qui est recherché c’est une plus grande performance, une meilleure productivité du personnel. Nous avons été heureux de voir que les finitions de l’immeuble sont celles qui étaient attendues. Nous l’avons visité, le mobilier a récemment été acheté et nous pensons que le personnel du ministère des Finances va travailler dans des conditions optimales. J’aimerais cependant insister sur le fait que le bâtiment n’est qu’un outil mais ce que nous recherchons c’est la productivité et la performance. À l’heure actuelle nous vivons une crise qui est connue de tous, et la Vallée du Ntem a ceci de particulier qu’elle est vraiment au fronton de la crise parce qu’elle est placée dans ce qu’on appelle la zone des trois frontières (Cameroun, Guinée Equatoriale, Gabon). Cela sous-entend donc que l’économie de ce département a subi de plein fouet la crise. Lorsque les frontières sont fermées, ce sont les échanges qui s’estompent. Cependant, le Cameroun sous l’impulsion du chef de l’Etat se lance dans une nouvelle ère dans sa planification, ce qu’on appelle la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030. Cette stratégie a pour objectif essentiel la transformation structurelle de l’économie. Prenant avantage du discours du maire de la ville d’Ambam qui présentait comme principale activité économique de la ville l’exploitation forestière pour interpeller les élites et les populations de la localité à changer cette donne. Le budget 2021 promulgué par le chef de l’Etat parle de transformer durablement l’économie notamment en faisant en sorte que nous cessions d’être des importateurs des choses que nous pouvons produire localement notamment le poisson, le riz, le maïs…Or le département de la Vallée du Ntem compte des atouts naturels nécessaires pour opérer ce changement. Avec une meilleure organisation et un engagement des élites locales, la Vallée du Ntem pourra aspirer à une agriculture de seconde génération comme le préconise le président de la République. La première chose à faire est que les populations du département, les populations de la région du Sud avec leur Conseil régional s’essayent et étudient leur potentiel ainsi que les stratégies pour mettre en valeurs ces atouts dont ils disposent. C’est ainsi que le gouvernement pourra les aider afin qu’ils puissent durablement transformer leur paysage économique. Encore une fois, le bâtiment c’est bien, le personnel va travailler dans des conditions optimales, mais il faudra cependant que les moyens permettent d’atteindre le but ultime qu’est l’amélioration substantielle de l’économie.
Propos recueillis par Canicha Djakba

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