Les locaux peuvent-ils hériter du banc de touche?

L’équipe nationale fanion de football du Cameroun cherche de nouveau un entraîneur. Après avoir limogé mardi, Clarence Seedorf et Patrick Kluivert suite à l’élimination prématurée des Lions Indomptables aux huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui s’achève ce 19 juillet en Egypte, la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) doit à présent trouver des successeurs aux deux anciens internationaux néerlandais. De quoi remettre sur la table l’éternel débat sur la « nationalisation » du poste d’entraîneur-sélectionneur de l’équipe championne d’Afrique 2017. Alors que nombre de commentateurs et de fans soutiennent – comme à chaque fois que le Cameroun se sépare de ses entraîneurs étrangers – qu’il est judicieux de confier la sélection nationale à des techniciens nationaux, en face, il y a ceux qui estiment que les entraîneurs locaux ne sont pas suffisamment « prêts » pour assumer librement cette fonction et garantir des victoires à la nation vert-rouge-jaune. Mais pourquoi ?

Le diplôme c’est bien, l’expérience c’est mieux

C’est un principe. Pour entraîner une équipe nationale senior, il faut le mériter. Au Cameroun, quelques techniciens peuvent se targuer de remplir ce critère important. Sans doute parce que, dit-on, « ils ont les mêmes diplômes que les entraîneurs étrangers ». Cependant, le diplôme seul ne suffit pas. Il faut la compétence et le palmarès. Et sur ces deux points, les techniciens locaux n’ont pas beaucoup d’arguments à faire valoir. Bien sûr, l’histoire des Lions Indomptables s’est écrite avec des entraîneurs comme Jules Nyongha, François Omam Biyik, Jean Manga Onguéné, Alexandre Bélinga, Raymond Fobété et le plus célèbre, Jean Paul Akono, vainqueur des Jeux Olympiques de Sidney 2000. Mais depuis, on n’a pas beaucoup entendu parler d’eux. Que ce soit à la tête de clubs locaux ou de sélections nationales inférieures, rares sont ceux qui, comme Thomas Libiih, vainqueur de la CAN des moins de 17 ans cette année, peuvent brandir leurs CV. Même si cela ne fait pas le poids face à des entraîneurs expatriés qui accumulent des dizaines d’années d’expérience à la tête de grandes nations africaines comme Hervé Renard, Claude Le Roy, Michel Dussuyer, Alain Giresse, Gernot Rohr, etc.

Désintérêt ou peur d’échouer ?

Certes, recruter un entraîneur national a ses avantages : il connait l’environnement camerounais et ne coûte pas cher. Mais cela peut également s’avérer être un inconvénient. « Avoir un entraîneur local est une bonne idée, argue sous cap, un entraîneur camerounais. Mais en plus du problème lié au niveau, il y a celui du salaire. Face à des joueurs qui touchent des fortunes en Europe, on s’expose à un problème d’autorité. Pour gérer des multimillionnaires et autres milliardaires, il faut être ne serait-ce que modestement à leur dimension. Sinon, ils vont vous marcher dessus. Il y aura une indiscipline caractérisée parce que le sélectionneur local n’aura ni la poigne, ni la rigueur nécessaire pour contenir les caprices de ces stars ». Mais encore, pour entraîner une sélection nationale senior, il faut de l’expérience. Beaucoup d’expérience. Et autant dire que dans l’environnement camerounais actuel, ce n’est pas ce qu’il manque le moins.

Du coup, il est assez difficile de peindre le portrait robot de l’entraîneur local idéal. Ce technicien qui doit être seul maître de ses choix de joueurs, capable de s’affirmer face aux manipulateurs, un entraîneur charismatique qui peut dire « non » à la corruption et aux pressions de sa hiérarchie. Un technicien expérimenté qui a une bonne maîtrise du management… Une véritable perle. Seul bémol, les anciens grands joueurs camerounais ne semblent pas tentés par la fonction. Si certains se tournent facilement vers le métier de consultant comme Patrick Mboma, d’autres préfèrent être spectateurs et de temps en temps… donneurs de leçons. « C’est plus facile d’être devant son poste de télévision et de critiquer, explique Michel Tadoun, un ancien footballeur. Entraîner, c’est un métier extrêmement difficile. Il y a une pression énorme : de la part des dirigeants, du public, des supporters, des joueurs, des médias. C’est un super boulot, mais il y a un risque. Et les grands joueurs ne veulent pas toujours abîmer leur image ». Faut-il alors nationaliser le staff technique des Lions Indomptables juste pour le plaisir de nationaliser ? Ou ce serait juste pour imiter le Sénégal d’Aliou Cissé ou l’Algérie de Djamel Belmadi ? Quels entraîneurs locaux faut-il recruter et pour quel projet ? Le débat est ouvert.

Par Arthur Wandji

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