L’ancien directeur des éditions Clés revient sur l’importance du retour au livre unique et donne les raisons de l’absence des livres dans certaines matières.

Vous avez récemment publié la liste du manuel scolaire pour la rentrée scolaire prochaine. Qu’est ce qui change avec le retour au livre unique ?

La première chose qui change c’est le nombre de livres qui a drastiquement baissé. A la maternelle par exemple, on est passé de onze manuels à trois ; au primaire d’une moyenne de douze à huit manuels. Evidemment, la conséquence est la baisse des prix. A la maternelle, pour le système francophone, les trois manuels vont coûter moins de trois mille cinq cents francs CFA alors que les onze manuels de l’année dernière coûtaient treize mille cinq cent francs CFA. Et pour la maternelle du système anglophone, à quatre mille cinq cent francs FCA, nous aurons les trois livres  de nursy 1 et à trois mille quatre cent francs, nous aurons les trois livres de nursy 2. Nous avons aussi la baisse du coût du cartable de plus de 70 % et celle du poids près de 80 %. Il convient également de noter comme changement important le fait que le même manuel sera utilisé par tous les élèves du privé et du public sur l’ensemble du territoire national pendant une période de cinq.

 Mais cette liste aurait dû être publiée quelques semaines plutôt. Qu’est ce qui justifie ce retard ?

Vous savez, les listes, cette année ont été signées le 13 juin 2018. Celles de l’année dernière ont été publiées le 12 juin 2017 pour le Ministère de l’Education de base et le 15 juin pour le Ministère des Enseignements secondaires. Nous ne sommes donc pas plus en retard cette année que l’année dernière. Plusieurs des livres figurant sur la liste de cette année existant déjà dans les stocks des éditeurs, ces livres pourront être immédiatement mis sur le marché. Il faut noter que le retard dans la publication des listes cette année est dû à la mise en place du nouveau Conseil dont les responsables ont été désignés en décembre 2017 et les membres jusqu’en février 2018.

On note le retour des grands classiques et les éditeurs choisis sont pour la plupart locaux.  Quelles ont été les critères de sélection?

L’inscription d’une œuvre littéraire dans les programmes scolaires est le niveau le plus élevé de la consécration d’un écrivain. Inscrire une œuvre littéraire (roman, théâtre, poésie, essai) au programme scolaire, c’est la donner en modèle, à la fois par la profondeur de l’analyse qu’elle fait de la condition humaine (ce dont s’occupe la littérature en général) et dans la maîtrise de la langue dans laquelle s’exprime l’auteur de cette œuvre. On ne peut donc pas mettre une œuvre à peine sortie des presses d’un éditeur au programme, sauf s’il s’agit d’une œuvre d’une exceptionnelle qualité, amplement reconnue par la critique et les spécialistes.  Après l’inscription dans les programmes scolaires, il n’y a plus rien à attendre en termes de reconnaissance sociale pour un écrivain ; c’est donc un aboutissement et non un commencement pour une carrière littéraire, sauf exception.

Pensez-vous que ces éditeurs seront capables d’approvisionner le marché à temps et en quantité ?

Le nombre d’éditeurs dont les manuels ont été agréés a substantiellement baissé en raison des exigences professionnelles que nous leur avons imposées. Nous  sommes passés de plus de 120 l’année dernière à 80 cette année ; après l’évaluation, il en est resté moins de 50. Il s’agit essentiellement de professionnels qui ont les capacités nécessaires pour approvisionner le marché en quantité et à temps.

Pourquoi certaines matières n’ont pas de livre inscrit au programme ?

Exactement, certaines matières n’ont pas de livres conformes aux programmes. C’est le cas de l’histoire, de la géographie, dans certaines classes. C’est surtout le cas dans l’enseignement technique où nous n’avons reçu qu’une vingtaine de manuels alors que la demande, dans les spécialités diverses de cet ordre d’enseignement, se chiffre en centaines de manuels. Pour y remédier, nous entendons poser le problème au Ministre des enseignements secondaires et envisager des formations appropriées pour que les enseignants s’intéressent et se forment à la rédaction des manuels.

Il est tout de même grave de ne pas avoir des livres sur l’histoire ou la géographie du Cameroun…

Il est effectivement grave de ne pas avoir de manuels appropriés en Histoire, en Géographie. Le Pr Jean Koufan, dans un exposé à l’Assemblée nationale l’année dernière avait clairement indiqué que la méconnaissance de l’histoire de son pays, de sa géographie était l’une des causes du déficit de patriotisme qui caractérise les Camerounais. Par ailleurs, il convient de relever l’urgence d’uniformiser le contenu de l’histoire enseignée dans les deux sous-systèmes de notre système éducatif : l’histoire enseignée aux élèves anglophone est différente de cette enseignée aux francophones alors que la seule différence dans l’enseignement de cette discipline devrait être la langue et non les contenus. Cette situation est interpellateur pour les enseignants de ces disciplines.

Cela voudrait-il également dire que ces matières ne seront pas dispensées ?

Il faut d’abord comprendre que le manuel est un outil d’accompagnement de l’enseignement. En  l’absence du manuel, l’enseignant se sert du programme pour faire son cours. Donc, l’absence du livre n’empêche pas aux enseignants de dispenser les cours sur les différents chapitres de l’histoire ou de la géographie du Cameroun tels qu’ils sont déclinés par le programme.

Comparativement à l’année dernière, les livres au programme sont moins coûteux. Avez-vous pris des dispositions pour que ces prix soient respectés sur le marché ?

Les prix des livres sont indiqués sur la liste officielle. Ils devront être affichés dans les écoles, les collèges et les lycées, à l’entrée des librairies. Les parents devront en allant à la librairie avoir les listes et les prix. Les libraires auront l’obligation de les respecter, par professionnalisme mais aussi pour se mettre à l’abri des problèmes inutiles qui pourraient découler de leur non-respect.

propos recueillis par Ghislaine Ngancha

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