Justice : L’affaire Michel Biem Tong

Poursuivi pour « apologie du terrorisme » et « outrage au chef de l’Etat », le journaliste risque la peine de mort. un Comité international de soutien s’apprête à manifester dans les rues pour sa libération.

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Les nouvelles ne sont pas bonnes. Michel Biem Tong, cyber journaliste engagé, arrêté le 23 octobre dernier a été placé sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé il y a quelques jours. Il est poursuivi pour « apologie du terrorisme », « incitation à la rébellion » et « outrage au chef de l’Etat ». Il risque la « peine de mort » prévue à l’article 2 de la Loi N°2014/028 du 23 décembre 2014 portant répression des actes de terrorisme qui dispose en substance que : « Est puni de la peine de mort, celui qui, à titre personnel, en complicité ou en coaction, commet tout acte ou menace susceptible de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages de ressources naturelles, à l’environnement ou au patrimoine culturel dans l’intention » d’intimider la population, de provoquer une situation de terreur ou de contraindre la victime, le gouvernement et/ou une organisation nationale ou internationale, à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque, à adopter ou à renoncer à une position particulière ou à agir selon certains principes. Mais aussi dans l’intention de perturber le fonctionnement normal des services publics, la prestation de services essentiels aux populations ou de créer une situation de crise au sein des populations ; et de créer une insurrection générale dans le pays.

Message audio et appel à la résistance

De sources avisées, il serait reproché au cyber journaliste, promoteur du site internet Hurinews.com d’avoir enregistré des messages audio qu’il a ensuite envoyés aux populations résidant dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest parmi lesquelles des membres du mouvement indépendantiste autoproclamé qui tue et rançonne les habitants dans leur guerre contre les forces nationales de défense. Dans ce message audio dit-on, le journaliste aurait lancé un appel de résistance contre le régime de Yaoundé. Toute chose qui divise ses confrères de la presse. Alors qu’ils sont montés au créneau pour la libération d’une autre journaliste (Mimi Mefo en service à Equinoxe TV) il y a quelques jours, la mobilisation des hommes et femmes de médias pour la libération de Michel Biem Tong n’est pas aussi forte. « La mobilisation est différente parce que, contrairement au cas de Mimi Mefo, il y a ce message vocal de Michel Biem Tong qui incite des anglophones à résister dans leurs revendications. C’est clairement un acte qui est difficile à défendre dans un contexte où les Camerounais dans leur majorité appellent au calme et à la paix », indique une source, membre du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc). Pourtant, il faut bien que Michel Biem Tong soit libéré. « C’est vrai que son cas est compliqué, mais le Snjc ne compte pas abandonner l’un de ses membres, poursuit notre source. Nous travaillons à trouver la meilleure stratégie pour obtenir sa libération. Les Fédérations africaines et internationale des journalistes suivent attentivement l’évolution de la situation. Nous allons nous rassembler pour adopter la démarche à suivre dans les prochains jours ». Un Collectif international de soutien à Michel Biem Tong a même été créé au Cameroun. Ce Collectif qui rassemble des associations de défense des droits de l’homme, des journalistes et des hommes politiques a dénoncé certaines violations commises à l’encontre du cyber journaliste, depuis son interpellation. « Michel Biem Tong a été arrêté dans l’enceinte du ministère de la Défense à Yaoundé, alors qu’il répondait à une invitation du Directeur de la Sécurité militaire (Semil). Nous nous inquiétons de ce qui apparaît comme une dérive de certains responsables de l’armée à travers des arrestations et détentions arbitraires, des traitements cruels, inhumains et dégradants », laissent entendre des membres du Collectif qui prévoit d’organiser des manifestations dans les rues, jusqu’à la libération de Michel Biem Tong. La première audience de cette affaire est prévue le 5 décembre 2018 au Tribunal militaire de Yaoundé.

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