Investissements : Comment l’Etat va mobiliser 7000 milliards d’épargne intérieure

Selon le Ministre des Finances, l'objectif est de réduire la dépendance du Cameroun vis à vis des financements extérieurs

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Les spécialistes sont formels. « Pour se développer, tous les Etats du monde ont besoin de financements ». Cela est d’autant plus vrai pour le Cameroun qui, depuis quelques années, a lancé de vastes projets d’infrastructures. Sauf que, depuis la chute des cours des matières premières en 2014, les ressources financières se font de plus en plus rares. D’où la nécessité de recourir à l’épargne nationale pour continuer à investir et par conséquent, atteindre ses objectifs de croissance. C’est dans cette perspective que le ministère des Finances a récemment rendu publics les résultats d’une étude portant sur l’élaboration d’une politique de mobilisation de l’épargne longue. En d’autres termes, le gouvernement examine en profondeur la possibilité de transformer l’épargne intérieure courte en épargne longue, afin qu’elle puisse servir au développement du pays. Mais pourquoi une telle initiative ? En effet, selon les données issues de cette étude, l’Etat, les Petites et Moyennes Entreprises, tout comme les ménages ont, chacun, besoin de ressources financières pour mener à bien certains projets.

L’Etat

En ce qui concerne l’Etat par exemple, l’étude révèle que dans le cadre de la mise en œuvre du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi, celui-ci envisage de réaliser un vaste programme d’investissement notamment dans les domaines de l’énergie, du transport, des télécommunications, de l’agriculture et de la santé. A cet effet, « les besoins de financement pour réaliser ce programme sont estimés à 6800 milliards de francs CFA pour la période 2010-2020 ». De plus, insiste l’étude, « la réalisation du Plan d’urgence triennal 2015-2017 pour l’accélération de la croissance économique (Planut) nécessitait un investissement de l’ordre de 570 milliards et le coût de construction du complexe sportif d’Olembé, à lui tout seul, s’élève à plus de 165 milliards ». Pour ce faire, pour pouvoir couvrir ces besoins de financement, il sera nécessaire de mobiliser l’épargne longue des ménages, adaptée aux investissements de long terme, argue le Minfi. Cette épargne, affirment les experts qui ont réalisé cette étude, « est par ailleurs nécessaire pour le financement de l’économie et pour réduire la dépendance du Cameroun vis-à-vis des financements extérieurs ». Quid des PME ?

PME

En ce qui concerne les PME, des données officielles font état de qu’elles représentent 95 % du tissu économique au Cameroun. Et, de ce fait, participent à hauteur de 36 % au Produit Intérieur Brut. Toutefois, malgré le rôle important qu’elles jouent, l’accès aux financements des PME est très limité, reconnaît un expert du domaine. La preuve, ajoute-t-il, « moins de 10 % des crédits octroyés par le secteur bancaire en 2015 étaient destinés aux PME ». Par ailleurs, « les crédits octroyés à ces structures sont de court terme et donc, ne sont pas adaptés aux financements de leurs investissements”. Ainsi, argumente l’étude, « pour être compétitives, ces entreprises ont besoin de financer, par des ressources longues, des investissements pour renforcer leur capacité et leur productivité notamment dans la modernisation de l’outil de production, l’innovation, etc ». Dans cette quête de financements, les ménages ne sont pas en reste.

Les ménages

Pour ce qui est des ménages, l’étude conduite par le Minfi démontre qu’ils ont besoin d’épargne de long terme pour « assurer l’accès au logement et la disponibilité des revenus à la vieillesse ». En effet, la stratégie du logement au Cameroun estime à plus d’un million le nombre de logements nécessaires pour résorber les besoins les plus urgents des populations urbaines, en constante augmentation (7 % en moyenne par an). Ainsi, face à l’ampleur de ces besoins, les politiques publiques seront incapables de résorber le déficit sans un relèvement significatif de l’épargne longue des ménages. En outre, d’après certaines études, au Cameroun, environ 90 % des travailleurs ne sont pas assurés. Ce qui représente une charge pour les finances publiques. Sans oublier le fait que « les cotisations sont insuffisantes pour assurer un niveau de vie décent pendant la retraite ». D’où la nécessité « d’encourager les ménages à accroître leur épargne en vue d’assurer les besoins liés à leur retraite », recommande l’un des experts ayant conduit l’étude. Par ailleurs, poursuit-il, « l’augmentation de cette épargne longue permettra à l’économie nationale de disposer des ressources longues nécessaires à son financement ».

Junior Matock

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