mardi 25 juillet 2017
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Louise Nouanegue : «C’est l’artisan qui donne de la valeur au chocolat»

La promotrice de Sipo Sarl, une micro industrie agroalimentaire, nourrit le rêve de voir le cacao camerounais être transformé localement en chocolat typiquement local.

Qu’est-ce qui vous a motivée à vous lancer dans la transformation du cacao ?


En fait, nous transformons plusieurs produits agricoles, puisqu’en fonction des saisons, les produits abondent et disparaissent. Donc nous ne faisons pas que dans la transformation du cacao. Le cacao ne vient que dans cette chaine-là.


Intéressons-nous essentiellement au cacao ; vous lui accordez une grosse part…


Oui ça se comprend. Nous avons été quatrième producteur mondial de cacao mais nous ne consommons pas du chocolat. Nous produisons et nous exportons tout, les autres mangent le chocolat. C’est ce qui m’a motivée ; alors que le chocolat n’est pas si difficile à fabriquer.


Vous avez exposé à Promote, donné une conférence sur le chocolat à Yaoundé récemment. Vous avez l’impression que le message passe chez ces Camerounais que vous voulez former à cela ?


C’est au lancement de la formation qu’on pourra être assez édifié, mais depuis la conférence de Yaoundé (il y a une semaine), douze personnes se sont déjà inscrites ; il y en a d’autres qui se sont encore manifestées. Il y a un tel engouement que moi-même je n’en reviens pas.


Quel est le contenu de la formation que vous comptez offrir aux intéressés ?


Nous avons divisé la formation en trois modules. Le premier module est intitulé ‘’chocolat pour tous’’. Tout le monde peut être intéressé à ce module, pas pour être professionnel, mais pour pouvoir apprendre à faire des matières intermédiaires, comme par exemple le boulanger qui utilise la farine pour faire u pain ou la ménagère qui en fait son gâteau à la maison. On va donc leur montrer comment utiliser cette matière première pour faire n’importe quelle forme de chocolat. Ils apprendront également quelles sont les vertus du chocolat et du cacao. Dans le deuxième module que nous avons intitulé ‘’devenir maître chocolatier’’, nous nous adressons aux artisans qui voudront en faire un métier. C’est l’occasion qui est donnée aux jeunes de saisir l’opportunité de se lancer dans de petites activités autour du cacao. C’est l’artisan qui donne de la valeur au chocolat, car chacun y va de son sens de l’art et de créativité. Le 3ème module s’adresse à ceux que j’appelle ‘’industriels’ car c’est eux qui vont prendre le cacao et le transformer en la matière première que les deux premières catégories vont utiliser. En réalité, on ne peut pas se lancer dans toute cette chaîne. C’est comme si vous demandiez à un boulanger de commencer son processus par le blé, ou à un tailleur d’aller chercher le coton pour transformer jusqu’à l’habit qu’il va coudre ; ce serait trop long. Donc dans le cacao aussi, il y a une division du travail, chacun est dans sa spécialisation.


Qui sont les formateurs et d’où viennent-ils ?


C’est mon équipe ; moi-même je suis formatrice, pour avoir été moi formée en Europe. J’ai pensé que je pouvais former d’autres parce que j’ai appris beaucoup de choses, j’ai beaucoup travaillé sur le chocolat et j’ai moi-même beaucoup inventé. A force d’imaginer, j’ai fini par inventer beaucoup de moyens de contournement en matière d’équipements, car c’est le plus grand frein à la consommation du chocolat. J’ai transmis tout ce savoir et toutes ces connaissances à l’équipe qui travaille avec moi et qui devra les transmettre à toute personne qui s’en montrera intéressée.


On produira pour quel marché lorsque les Camerounais n’ont pas une grande habitude du chocolat ?


Je vais vous dire qu’à la pose de la première pierre du centre de formation professionnelle de Bandjoun, le ministre de la Formation professionnelle et sa suite ont été séduites par nos produits. Le ministre m’avait spécialement écrit pour me demander d’apporter le fruit de mon savoir-faire, j’ai apporté le chocolat. J’avais apprêté de petits chocolats et lors de la visite des stands, le protocole voulait le détourner, j’ai insisté que chacun prenne un bout de chocolats, ce qu’ils ont fait. A peine ils ont gouté, quelques mètres après, tout le monde a abandonné le ministre était pratiquement seul parce que les autres ont fait demi-tour pour revenir s’approvisionner. C’est pour dire que les gens aiment et mangent le chocolat. Il faut simplement le leur proposer.


Sur le terrain, vous allez affronter des multinationales et importateurs. Etes-vous prête pour la concurrence ?


Je n’ai pas peur de la concurrence. Ils viennent me trouver ici. Le cacao est produit ici, on le leur vend là-bas. Ce n’est pas le même chocolat d’ailleurs. Je veux amener les Camerounais à consommer leur chocolat. Chaque maître chocolatier a quelque chose de particulier. Pourquoi les gens aiment mon chocolat ? Parce qu’ils s’y reconnaissent. J’y ajoute des ingrédients qui ne sont pas des produits chimiques mais des produits naturels de leur environnement, et ça en donne des parfums particuliers. Nous sommes en train de mettre sur pied de grandes unités de transformation de cacao ; et si on ne forme pas des artisans à cela, on continuera de vendre notre cacao à l’étranger et d’importer le cacao. Les artisans formés vont produire le chocolat de couverture qu’on va même exporter, ça donnera des niches d’emploi et des opportunités pour la main d’œuvre localement. Le blé ne peut être mangé que lorsque le pâtissier existe.

*Source: Défis actuels

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