Guy Beaudry Jengu : « Une modification de la coloration politique de la chambre basse du parlement est envisageable »

Doctorant en Sciences politique à l’Université de Yaoundé II, il évalue les chances de l’opposition aux futures échéances législatives et explique comment une éventuelle majorité de l’opposition à Assemblée nationale peut participer à équilibrer le jeu démocratique.

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En se basant sur le score de la dernière présidentielle quelles sont les chances de l’opposition pour les prochaines consultations législatives ?

Il est hasardeux de se baser sur les résultats de la présidentielle pour présager des résultats des législatives. Les enjeux et les postures des acteurs varient grandement en fonction de l’échelle. On a plusieurs fois vu des alliés au niveau national pour la présidentielle s’affronter au niveau local autour d’un siège de député. Et des partis au score modeste au plan national comme l’UDC ou l’UPC ont toujours su se maintenir dans leur fief. Nonobstant les effets produits par le changement d’échelle, les résultats de la présidentielle d’octobre ont mis en évidence une tendance que les législatives pourraient confirmer à savoir un recul du SDF, un éclatement de l’UPC et une montée en puissance du MRC et de la formation qui portera les candidatures soutenues par Cabral Liibi. Une modification de la coloration politique de la chambre basse du parlement est donc envisageable.

Au cas où elle est majoritaire à l’Assemblée, l’opposition peut-elle équilibrer le jeu Démocratique ?

Le contrôle de l’une ou des deux chambres du parlement ferait de l’opposition de quelque bord qu’elle soit, un interlocuteur incontournable dans la conduite des affaires nationales. En effet, dans l’hypothèse d’une prise de contrôle de l’Assemblée nationale, l’opposition aurait le contrôle du pouvoir législatif. Ce qui lui donnerait la capacité de voter le budget de l’Etat, de choisir les lois qu’elle vote et de contrôler l’action du gouvernement avec l’onction de la constitution. Concrètement, l’opposition aurait virtuellement le pouvoir de modifier le fonctionnement de l’Etat car, l’organisation politique, administrative et judiciaire de l’Etat sont du domaine de la loi. L’opposition aura une capacité d’influence dans la conduite des affaires de la nation, ce qui ferait d’elle une véritable force.

Les députés ont pour rôle de voter les lois. Est-ce que toutes les lois doivent impérativement passer par l’Assemblée avant d’être appliquée ?

Seul le parlement est habilité à adopter des lois. Cependant, la loi n’est pas la seule source du droit. Le droit a grosso modo des sources écrites et des sources « non écrites ». Les sources écrites du droit renvoient à la Constitution (source mère), les traités ratifiés, la loi, les décrets et les arrêtés. Il y a aussi des règles qui ne sont pas [vraiment] écrites mais qui s’imposent à tous.

A leur propre initiative, les députés peuvent-ils introduire de nouvelles lois et les voter ?
Comme le dispose clairement l’article 25 de la loi fondamentale camerounaise, les membres du parlement détiennent l’initiative de la loi concurremment avec le Président de la République. Lorsqu’ils font usage de cette prérogative, les députés formulent par écrit un texte qui prend le nom de proposition de loi, il est adressé au président de l’assemblée nationale qui le transmet à la conférence des présidents. Celle-ci décide de leur recevabilité et de leur transmission à une commission générale.

Au regard de la réglementation actuelle qui régit notamment les rapports entre l’exécutif et le législatif, est-il possible de se prévaloir d’un réel jeu démocratique ?

Du point de vue des lois actuellement en vigueur, il existe un certain équilibre des pouvoirs même si la balance penche légèrement en faveur du pouvoir exécutif qui nomme certains détenteurs du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire sans que la réciprocité ne soit possible. Cet état des choses consacre la dimension présidentielle de la démocratie camerounaise.

Interview réalisée par Joseph Essama
Source : Défis actuels

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