Franc CFA : il n’y aura pas de dévaluation

Dans un communiqué rendu public le 12 mai dernier, le gouverneur de la beac explique que l'évolution de la pandémie du Covid-19 n'a pas négativement influencé le niveau des réserves de change, lequel demeure stable.

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Le spectre de la dévaluation du franc CFA s’éloigne davantage de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (Cemac). Le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Beac), Abbas Mahamat Tolli, a rendu public un communiqué le 12 mai dernier, dans lequel il levait l’équivoque sur le sujet. « Au 10 mai 2020, les réserves de change de la Beac se situent à 5 348,8 milliards de francs CFA, représentant près de 5 mois d’importations de biens et services, pour un taux de couverture extérieure de la monnaie de 74,16 % », a-t-il écrit dans son communiqué. Répondant ainsi à une information qui a été largement relayée sur la base d’un rapport de politique monétaire publié par l’institution qui soulignait que : « si les pays de la Cemac ne luttent pas efficacement contre la pandémie du Covid-19, pour en limiter les conséquences économiques et financières, la situation macroéconomique deviendrait insoutenable ». Ce qui pourrait déboucher, ajoutait la banque centrale, « à un fort recul des réserves autour de 2 mois d’importations des biens et services, voire en deçà ». Plus grave, martèle la Beac, « une telle évolution se traduirait par une réelle menace pour la stabilité extérieure de la monnaie, soulignant ainsi le fait qu’en l’absence d’ajustement budgétaire et de mobilisation conséquents des financements extérieurs, la Beac serait de nouveau soumise aux mêmes risques sur la parité de sa monnaie qu’en fin 2016 ». Mais l’institution monétaire de la Cemac semble avoir révisé sa position, si l’on s’en tient à sa dernière sortie. Au point de relativisé en rassurant que : « l’évolution de la pandémie du Covid-19 dans sa zone d’émission n’a pas influencé négativement le niveau des réserves de change, qui demeure confortable ». En effet, une analyse comparative du niveau des réserves de changes en 2019 et en 2020 démontre que la situation en 2020 est bien meilleure que l’année précédente. L’on se souvient que le 10 mai 2019, les réserves de changes affichaient 4 113 milliards de francs CFA, ce qui correspond à un taux de couverture extérieure de la monnaie de 63,55 %. Tandis qu’à la même période en 2020, ces réserves ont connu une hausse substantielle pour se stagner à 5 348,8 milliards de francs CFA, ce qui correspond à près de cinq mois d’importation, soit un taux de couverture extérieure de 74,16 %, soit une évolution de 30 %. C’est sans doute sur la base de ces éléments que le gouverneur de la Beac, Abbas Mahamat Tolli a indiqué qu’au « regard de cette évolution, l’on peut se satisfaire de la consolidation des réserves de change de la Communauté, à la faveur non seulement d’une mise en œuvre efficace des dispositions de la réglementation des changes, en particulier celles relatives aux rapatriements et aux rétrocessions, mais aussi des actions des pouvoirs publics des Etats membres de la Cemac, soutenus en cela par les partenaires au développement, pour maîtriser les effets de cette pandémie sur la situation économique desdits Etats ».

Standard & poor’s donne raison à La Beac

Dans l’un de ses derniers rapports, l’agence de notation Standard & Poor’s est revenu sur la situation d’une probable dévaluation du franc CFA. L’institution se veut d’ailleurs péremptoire sur le sujet, lorsqu’elle affirme que : « nous ne prévoyons pas une dévaluation du franc CFA en Afrique centrale ». Pour étayer son argumentaire, S&P écrit que « malgré une détérioration significative de la position extérieure de la Cemac en 2020, nous n’anticipons pas de dévaluation du franc CFA. Les réserves de change et les actifs publics liquides de la région sont beaucoup plus faibles aujourd’hui qu’avant le choc pétrolier de 2014 ». Bien plus, S&P souligne que « les retards dans la réponse politique au choc de 2014 ont épuisé ces réserves et, bien qu’elles aient augmenté ces dernières années grâce au soutien financier extérieur et à l’assainissement budgétaire, les réserves de devises étrangères restent considérablement plus faibles aujourd’hui qu’à la fin de 2013. Dans ce contexte, nous prévoyons que les importants déficits budgétaires et commerciaux de la région, aggravés par l’effondrement des flux de capitaux internationaux, entraîneront une forte diminution des réserves internationales communes de la Cemac ». Par ailleurs, S&P pense même que la coopération entre les pays de la Cemac et le Fonds Monétaire International (FMI) peutêtre salutaire à plus d’un titre. « Nous pensons que la coopération continue avec le FMI et les donateurs, au-delà d’un soutien financier important, fournira un ancrage politique solide aux pays de la Cemac. Par conséquent, les ajustements devraient être mis en œuvre plus rapidement que lors de la crise précédente, ce qui atténuera dans une certaine mesure son impact sur les réserves ». Parallèlement à la garantie de convertibilité illimitée fournie par le Trésor français dans le cadre de l’accord monétaire en franc CFA, nous prévoyons, poursuit S&P « la poursuite d’un soutien financier extérieur important du FMI et des institutions de développement à la région. Cela inclut le renouvellement des programmes triennaux du FMI soutenus par les donateurs au Cameroun, au Gabon et au Tchad cette année. La Guinée équatoriale et le Congo ont signé leurs programmes l’année dernière. Malgré les retards actuels dans la première révision du programme du Congo-Brazzaville, nous prévoyons que le soutien financier reprendra en 2020. Cette importante aide financière soutiendra le niveau des réserves de devises étrangères ».

Par Junior Matock

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