Finances publiques : Le budget 2019 passe de 4850 à 5212 milliards

Les mesures de rigueur budgétaire et d’optimisation des recouvrements fiscaux imposées par le ministre des finances ont permis la révision à la hausse du budget 2019. Malgré cette augmentation, plusieurs ministères subissent des coupes dans leurs dépenses non-essentielles.

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Le collectif budgétaire signé le 29 mai dernier par le président de la République, Paul Biya, apporte plusieurs modifications dans la loi de finances exécutée depuis le début de l’exercice budgétaire en cours. Ainsi, le budget 2019 qui avait été arrêtée à 4 850,5 milliards de francs CFA, connait une hausse de 361,5 milliards de francs CFA pour se situer désormais à 5212 milliards de francs CFA. Bien plus, pour assurer l’équilibre de ce nouveau budget, notamment en termes de recettes et de dépenses, de nouvelles poches de recettes ont été définies. Soit 121,5 milliards de francs CFA de recettes propres, dont 56 milliards de recettes pétrolières et 24, 5 milliards de recettes fiscales et 240 milliards de francs CFA d’emprunts. Dans ce dernier registre, l’Etat a fixé le montant de ses emprunts extérieurs à 188 milliards de francs CFA. En matière de dépenses, on note globalement que les projections de dépenses courantes baissent de 14,5 milliards de francs CFA. Tout comme l’on observe certaines réallocations qui ont été effectuées concernant certains postes de dépenses. Le tout dicté par l’objectif de « maintenir le déficit du solde budgétaire à 2 % du Produit Intérieur Brut ». Mais comment est-on arrivé à ces modifications ?

Pour Edmond T, économiste, « Cette situation trouve son explication sur les évolutions récentes enregistrées sur certains données telles que les ressources pétrolières et fiscales », lesquelles reflètent, a-t-il insisté, « l’ensemble des mesures de discipline budgétaire et d’optimisation des recouvrements fiscaux imposées par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze ». Notamment la circulaire instruisant la rigueur dans les dépenses publiques, traduit entre autres par l’Opération de Comptage Physique, l’appel lancé à l’endroit régies financières, pour plus d’efforts dans la mobilisation des ressources internes, etc.

La circulaire du 11 mars 2019 : stop aux dépenses improductives

Tenir compte de la morosité du contexte économique, marquée entre autres par la baisse drastique des ressources pétrolières, éviter le gaspillage des ressources publiques en ne dépensant qu’à concurrence ce dont on dispose. Tel est résumé le contenu de la circulaire signée le 11 mars dernier par le Minfi, Louis Paul Motaze. Dans cette note adressée aux ordonnateurs du budget, maîtres d’ouvrages et autres contrôleurs financiers, le Minfi sonnait la fin des dépenses improductives, en expliquant par ailleurs que cette mesure pouvait permettre à l’Etat d’économiser des ressources pour des causes bien plus utiles. Il rappelait justement  que « le Cameroun est frappé de plein fouet par la crise économique préoccupante liée à la baisse des prix des matières premières , ce qui induit une baisse des recettes de l’Etat, tandis qu’au plan interne les défis à relever sont nombreux et exigent d’importantes ressources financières ». Parmi ces défis, il énumérait : « la perspective d’importantes échéances électorales, le renforcement de la décentralisation, la finalisation des projets d’infrastructures, et la lutte contre l’insécurité », se souvient Bertrand P, spécialiste des politiques publiques.

Résultats : baisse de 50 milliards sur les dépenses de biens et services

L’Opération de Comptage Physique du Personnel de l’Etat (Coppe) 2018 a permis de réaliser des économies budgétaires. En effet, les retombées de cette opération font ressortir « des économies de 3 milliards de francs CFA par mois », souligne-t-on au Minfi. Bien plus, en répercutant ces ressources sur la projection de la masse salariale 2019, les dépenses de personnels subissent « une diminution de 26 milliards de francs CFA », martèle-t-on du côté de ce même département ministériel. Par ailleurs, on enregistre désormais une baisse de 50 milliards de francs CFA sur les enveloppes des dépenses de biens et services des administrations, ce qui correspond, « à tous les blocages de précaution opérés dans les chapitres budgétaires en début d’exercice 2019 »,indiquent des sources proches du dossier au Minfi. Ces mêmes sources expliquent que l’on a pu en outre, effectuer « une réduction de 17,6 milliards de francs CFA des dépenses d’investissement sur ressources propres, compte tenu du fait que les dépenses d’investissement sur ressources extérieures ont connu une hausse importante ». Il était donc question d’éviter l’érosion du solde primaire, en maintenant le niveau du déficit à 2 % du Produit Intérieur Brut (PIB).

Augmentation des recettes fiscales 

« Même si l’on note des améliorations au niveau de la mobilisation des ressources internes, notamment les recettes fiscales et douanières, je me dois de rappeler à ces différents responsables l’obligation de faire mieux. Parce que le contexte économique qui est le nôtre ne nous en donne pas le choix ». Ce message du Minfi repris à plusieurs occasions, sonne tel un refrain dans l’esprit des responsables des administrations d’assiette et des douanes. Ceux-ci ont pris à bras le corps cette instruction, avec à la clé, des résultats qui ne sont pas faits attendre. En effet, selon des données officielles récentes, les réalisations de recettes fiscales à la fin 2018 ont été plus importantes que celles estimées lors de la préparation du budget et utilisées comme base de projection des recettes fiscales de 2019, explique-t-on du côté du Minfi. Concrètement, on note « une augmentation des recettes fiscales de 24,5 milliards de francs CFA ». De manière distincte, les recettes de l’administration fiscale connaissent une hausse de 16 milliards de francs CFA, tandis que l’administration douanière affiche 8,5 milliards de francs CFA. Tout ceci a donné lieu à une révision à la hausse de l’objectif projeté en 2019. Ainsi, l’objectif attendu au titre des recettes non fiscales passe de 180 milliards de francs CFA à 200 milliards, ce qui traduit une variation de 20 milliards de francs CFA.

Par ailleurs, au niveau des recettes pétrolières, des sources au Minfi soutiennent que « malgré la quasi stabilité observé par rapport à l’évolution des cours mondiaux de pétrole, les recettes pétrolières connaissent une augmentation de l’ordre de 56 milliards de francs du principalement à un accroissement de la production ».

Les priorités

Selon des sources au Minfi, le collectif budgétaire qui vient d’être signée, prend en charge « les nombreuses contraintes supplémentaires qui pèsent sur l’exécution du budget 2019 », notamment, précisent ces sources, « la réduction du stock d’arriérés intérieurs, le relèvement des dépenses d’investissements sur financement extérieurs, l’organisation des élections régionales et la mise en place des régions, le soutien du prix des carburants à la pompe, la sécurité et le relèvement de l’allocation dédiée  à la prise en charge des pensions ». Concrètement, il s’agit, expliquent ces sources, d’orienter ces ressources additionnels vers : « la provision à hauteur de 20,3 milliards des dépenses liées au soutien du prix du carburant à la pompe ; le renforcement de la provision de sécurité par un accroissement de 20 milliards, la recapitalisation de la Banque des Petites et Moyennes Entreprises à hauteur de 10 milliards, la prise en charge des dépenses liées à l’organisation des prochaines échéances électorales à hauteur de 30 milliards, etc  ».   

Junior Matock

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