Et si les séparatistes avaient tourné la page Ayuk Tabe ?

Plus de 5 mois après l’annonce de son extradition au Cameroun, il n’y a plus personne chez les partisans anglophones de la sécession pour revendiquer la libération de leur leader.

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26 janvier 2018. La nouvelle de l’extradition à Yaoundé de Sisiku Julius Ayuk Tabe, le leader autoproclamé du Southern Cameroon national council (Scnc) et neuf de ses partisans, arrêtés trois semaines plus tôt à Abuja au Nigeria vient de tomber. Tout de suite, les partisans de la sécession du Cameroun inondent les réseaux sociaux et lancent un ultimatum de 48h au régime de Yaoundé, pour libérer leur leader et ses camarades. Au moment des faits, les membres du mouvement séparatiste pensent sérieusement que leurs menaces feront plier le gouvernement. Mais rien. Les 48h données à Yaoundé sont passées. Et rien. Cela fait plus de 5 mois que le président de l’autoproclamée « République fédérale d’Ambazonie » a été placé en détention préventive au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED) à Yaoundé. Depuis, il n’y a plus personne chez ses partisans pour revendiquer sa libération. « Au regard du comportement de ceux qu’il a recruté dans son combat, on a bien l’impression qu’Ayuk Tabe ne manque à personne », tranche une source sécuritaire. Sisiku Julius Ayuk Tabe aurait donc définitivement été jeté aux oubliettes. Pourtant, la crise se poursuit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun. Pas un mois ne passe sans que les populations de ces deux régions anglophones n’assistent, impuissantes et apeurées, à des affrontements entre les combattants séparatistes et les éléments des forces nationales de sécurité déployés dans la zone.

Le nouveau visage de la sécession

Or même si les morts se comptent dans les deux camps, des experts rassurent que la mise à l’écart de Julius Ayuk Tabe contribue fortement à affaiblir le mouvement sécessionniste. « Aujourd’hui, on est divisés, ça ne peut pas marcher comme ça ». Sur les réseaux sociaux, les séparatistes anglophones ne cachent plus leur désarroi en effet. L’arrestation au Nigeria et l’extradition à Yaoundé fin-janvier de leur « président » impacte considérablement sur leur déploiement. Dominée par des groupuscules qui s’opposent, l’insurrection souffre de l’absence d’un leader politique et a cédé la place à une intense bataille de leadership et au rançonnement des populations. D’un côté, il y a les anciens leaders du Southern Cameroon National Council (Scnc), vieux mouvement interdit par Yaoundé qui plaide pour la cause séparatiste depuis les années 1995. Ces derniers se sont regroupés au sein du Scacuf, le Southern Cameroons Ambazonia Consortium United Front dans lequel ils prônent la lutte pacifique. « Les négociations sont notre meilleure arme », affirmait à Jeune Afrique, Millan Atam, un leader du Scacuf ? cette nébuleuse politique qui dispose d’une télévision en ligne et de grands activistes sur les réseaux sociaux.

Or, de l’autre côté s’est peu à peu formée une seconde nébuleuse de groupes indépendantistes, qui, pour la plupart, prônent la lutte armée contre « les forces d’occupation colonialistes ». Il s’agit selon des médias internationaux, de l’Ambazonia Defense Forces (ADF) et du Southern Cameroons Defence Forces (Socadef). A côté de ces deux groupes, plusieurs autres revendiquent une identité propre, sans qu’il soit possible de déterminer leur impact sur le terrain : le Scdf (Southern Cameroons Defence Forces, homonyme du Socadef), les Tigers of Ambazonia, les Vipers, l’Ambazonia Restoration Army (ARA), les Ambaland Forces…

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