Emmanuel Pohowé : “remettre l’homme du Septentrion debout”

Le Directeur général adjoint de la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM), fait le tour des motivations fondamentales qui ont entrainé la création de cette association apolitique et laïque qui respecte les libertés individuelles.

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Qu’est ce qui a motivé la création de la « Dynamique Septentrionale du Cameroun » (DSC) ? 

Pour la petite histoire, la Dynamique Septentrionale du Cameroun (DSC), en seulement quelques semaines d’existence, a connu une mutation profonde. Il s’est d’abord agit de la Dynamique Septentrionale du Littoral (DSL). C’est-à-dire une association qui regroupe les ressortissants des trois régions septentrionales du Cameroun, à savoir l’Extrême-Nord, le Nord et l’Adamaoua, mais également ceux que nous avons appelé la diaspora. Il s’agit des fils et filles originaires de ces régions et installées dans la partie Sud du pays depuis des décennies. Voilà la Dynamique telle qu’elle se présentait au départ.

Mais avec les dynamiques migratoires des populations, notamment les mouvements liés aux affectations et autres objectifs des employés, beaucoup de ceux qui sont aujourd’hui dans la région du Littoral pourraient se retrouver dans d’autres régions. Le débat était donc de savoir s’il faut à partir de ce moment dénier à ces personnes la qualité de membre de la Dynamique. Il fallait donc trouver un mécanisme qui ne soit pas un obstacle pour les membres qui partiraient de la région du Littoral pour une raison ou une autre.

Bien plus, dans la démarche qui a conduit à cette création, nous nous sommes ouverts à d’autres personnes ressources. Lors de nos échanges avec ces ressortissants des régions septentrionales résidants dans d’autres localités, il nous a été fortement conseillé d’ouvrir cette association pour qu’elle devienne nationale. Voilà ce qui est de la mutation au niveau de la forme. Mais dans le fond, nos principales motivations restent la promotion des cultures soudano-sahéliennes avec un retour marqué vers nos coutumes ancestrales et le développement des activités socioéconomiques pour l’épanouissement de nos communautés respectives.

Quels sont les objectifs de cette association ? 

Nous avons été marqués par le fait que la circulation des hommes à la recherche du bien-être et des intérêts divers a entrainé la chute des barrières artificielles qui séparaient les peuples et a précipité l’avènement de la mondialisation. Cette mondialisation caractérisée par la poursuite des intérêts particuliers et la recherche absolue du gain a eu pour conséquences la montée du nationalisme, de l’individualisme et de la xénophobie dans le monde en général ; et comme conséquences dans les Etats africains en particulier et notamment au Cameroun la montée du repli identitaire, le rejet des coutumes ancestrales et la perte des repères sociaux et culturels jadis considérés comme des vecteurs de paix et de rassemblement.

Dans ce contexte, notre vision s’articule autour des objectifs majeurs, à savoir  la conscientisation des peuples du Septentrion et en particulier notre jeunesse sur les grands enjeux économiques, sociaux et culturels de l’heure, la promotion d’une solidarité agissante entre les personnes appartenant aux différentes communautés originaires des régions du Septentrion résidant sur toute l’étendue du territoire national, le développement d’un « vivre-ensemble » plus harmonieux entre les fils et filles du Septentrion et les communautés autochtones qui nous accueillent partout où nous sommes installés. Tout ceci s’illustre mieux à travers notre devise : Dignité, Vérité, Liberté.

Pourquoi ce réveil seulement aujourd’hui ? 

Le Cameroun connait des moments difficiles. L’Etat fait face à de nombreux engagements. Et il devient de plus en plus très difficile à l’Etat d’apporter des solutions à tous les problèmes des Camerounais, notamment les jeunes et du genre. Nous devons par conséquent redoubler d‘ingéniosité pour sortir de la situation de manque d’emplois.  Nous sommes allés puiser dans les valeurs ancestrales soudano sahéliennes pour remettre l’homme au centre de nos préoccupations et remettre l’homme du Septentrion debout pour son épanouissement intégral.

Comment êtes-vous parvenu à rassembler tout ce monde ? 

La modeste personne que je suis est simplement l’élément fédérateur. En tant que chef traditionnel, je sais au moins une chose : pour être un bon leader, il faut toujours se battre pour rassembler le maximum. Accepter de prendre des coups, l’humiliation au besoin. Nous sommes allés humblement vers l’ensemble des communautés. L’adhésion s’est faite, j’allais dire, de façon naturelle. C’est évident que tout le monde ne peut être d’accord sur tout. Heureusement que nous avons réussi pour le moment à intéresser le plus grand nombre de ressortissants des régions septentrionales. Nous couvrons tout le département du Wouri à travers des démembrements au niveau des quartiers et des arrondissements. In fine, il faut vraiment mourir un peu en vous pour que vive l’autre. Et c’est la capitalisation de ce passé dans les hommes que Dieu a mis sur notre route qui fait son chemin bâti sur la vérité.

Quelles sont les priorités de la D.S.C, notamment dans un contexte où l’homme originaire des régions septentrionales est considéré comme un travailleur réservé à certaines tâches ?

Nous axons notre priorité sur la formation et la création des entreprises capables d’absorber un bon nombre de jeunes aujourd’hui sans emploi. Aussi, nous faisons un travail psychologique et pédagogique en disant aux jeunes que le « Rêve Camerounais » est possible, c’est-à-dire qu’on peut partir de rien et atteindre les sommets de la société. Beaucoup de nos dirigeants actuels en sont de parfaits exemples. De même, une commission économique travaille sur le montage des projets. Nous en avons déjà quelques-uns dans les tiroirs et n’attendons que de finaliser les détails pour les implémenter. En gros, notre développement devra intégrer fondamentalement l’entrepreneuriat responsable.

Y a-t-il pas d’inquiétudes de récupération politique dans le contexte actuel ?

Nous en sommes conscients, mais comme je vous l’ai dit, les communautés originaires du Septentrion sont aujourd’hui suffisamment intelligentes, matures et organisées pour se laisser distraire par quelques personnes dont l’unique objectif est la sauvegarde de leur position politique. C’est une position que nous rappelons à chacune de nos rencontres. Car il est évident que même si l’association est apolitique, nous n’allons pas empêcher à ceux qui militent dans les partis politiques d’être membres. Les membres sont conscients que certains des dirigeants ont des positions politiques bien affichées, mais il n’est pas question de venir à la DSC les faire valoir vaille que vaille. Nous n’excluons personne. Nous ne combattons personne. Nous nous battons pour le bien être socioéconomique de nos adhérents. Nous faisons tout pour que l’aspect création de richesses, promotion de nos compétences prenne le dessus sur le reste.

Les communautés originaires des régions septentrionales résidant dans le Littoral vous plébiscitent comme président de la DSC. Ceci n’illustre-il pas leur volonté de voir émerger de nouveaux leaders dans cette métropole économique ?

Difficile de répondre à cette question. Il fallait peut-être adresser cette question aux chefs traditionnels, leaders d’association, autorités religieuses et même leaders politiques.  Je sais une seule chose : les communautés des régions Septentrionales étaient à la recherche d’un homme de grande qualité morale, intègre et assez proche des communautés pour comprendre leurs préoccupations et aspirations. Bref, un leader éclairé. Je ne suis pas le seul ayant ces qualités-là, mais ils ont décidé de porter leur choix sur ma modeste personne qui peut être considérée comme serviteur courageux, intègre et quelque part compétent pour résoudre un certain nombre de problèmes.

Comment les communautés autochtones du Littoral apprécient-elles cette initiative ?

La Dynamique Septentrionale du Cameroun a son siège à Douala, chef-lieu du département du Wouri dans la région du Littoral. Nous sommes en terre « SAWA », je puis vous assurer qu’il y’a pas meilleure illustration du « Vivre-ensemble » que celle qui existe entre les communautés autochtones SAWA dans leur globalité et les différentes communautés originaires des régions Septentrionales. Ces communautés nous soutiennent dans cette initiative et nous le démontrent à suffisance chaque jour à travers leur grande hospitalité surtout que nous sommes tous issus de la même « souche primaire ».

Aussi, c’est dans cette solidarité africaine légendaire et partagée que nous trouvons la vraie essence du ‘’vivre ensemble’’ ici sur les berges du Wouri, terre cosmopolite et vivier de paix.

Interview réalisée par Douworé Ousmane

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