Election : L’affaire Maurice Kamto 

Critiqué par la classe politique pour son empressement à s'auto-proclamer élu avant même le verdict des instances compétentes, le candidat du MRC clame sa bonne foi et se prépare pour le contentieux. 

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8 octobre 2018. Peu de Camerounais sont prêts à oublier à cette date. Ce jour où, moins de 24h après la tenue de l’élection présidentielle, Maurice Kamto déclarait sa victoire à ce scrutin devant la presse, avant même la proclamation des résultats. « J’ai reçu mission de tirer le penalty, je l’ai tiré et je l’ai marqué », a déclaré le candidat du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). « J’ai reçu du peuple un mandat clair que j’entends défendre jusqu’au bout », at-il poursuivi. Sans donner de chiffres ni de pourcentages vérifiables, l’ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice dénonce « plusieurs cas de fraude orchestrés par le pouvoir » à qui il tend néanmoins la main. « J’invite, dit-il, le président de la République à organiser les conditions d’une transition pacifique afin de protéger le Cameroun d’une crise électorale dont notre pays n’a pas besoin ». Pourquoi cette sortie si brusque ? « Nous l’avons fait sur la base d’informations fiables que nous avons déjà rassemblées », « répond le candidat au journal français Libération. Dans la plupart des pays du monde, les résultats sont proclamés le soir même ou le lendemain du vote ». Or au Cameroun dit-il, « le Conseil constitutionnel, dont tous les membres sont nommés par le président, dispose de quinze jours pour le faire (…) Néanmoins, avec les procès-verbaux en notre possession, j’ai la certitude d’une victoire incontestable. Pourquoi attendre ? Tout ce que je revendique, c’est l’alternance par les urnes. Je n’ai rien fait de criminel ».

Kamto : « Je N’Ai JAMAiS iNCité à L’iNSURRECTION »

Des allégations qui, devenues virales, n’ont pas eu le mérite de faire l’unanimité au sein de l’opinion. Sur les réseaux sociaux ou par médias interposés, les réactions qui ont suivi cette sortie inattendue du « Tireur de penalty » s’opposent. Dans un camp, il y a ceux qui condamnent Maurice Kamto, concluant qu’il aurait non seulement violé les lois en vigueur au Cameroun, mais également lancé un appel à l’insurrection. « La communication du candidat du MRC est une violation de la loi ; il s’agit bel et bien d’une auto-proclamation car il affirme être président élu avant même que la Commission nationale de recensement des votes ait commencé son travail. Il s’agit de créer un chaos post-électoral », commente sur Facebook, Mathias Eric Owona Nguini, analyste politique. Faux, rétorque Maurice Kamto. « Relisez ma déclaration : je n’ai jamais incité à l’insurrection. J’ai parlé de changement dans la paix, j’ai offert des garanties d’immunité au président sortant. Nous allons pacifiquement mais fermement défendre les résultats que nous avons compilés », confie-t-il au journal Libération. Trop tard. Les membres du gouvernement et d’autres cadres du parti au pouvoir l’avaient déjà cloué sur une croix. Interrogé par France 24, Issa Tchiroma, le ministre de la Communication, a affirmé que la déclaration de Maurice Kamto ne valait « rien ». « On ne peut pas vouloir gouverner le Cameroun et se mettre en travers des lois qui régissent ce pays », a-t-il ajouté, évoquant l’œuvre «d’officines » dont l’objet serait « de déstabiliser le Cameroun ». Son collègue de l’Enseignement supérieur par ailleurs secrétaire de la communication du Rdpc, a qualifié de «loufoque»et de«fantaisiste », la manœuvre de Maurice Kamto. « Il s’agit d’une allégation narcissique qui relève de la fantasmagorie. Elle n’a aucun fondement juridique, politique ou sociologique », a repliqué Jacques Fame Ndongo sur RFI.

SOUTIEN

En face, nombre d’observateurs soutiennent que le candidat du MRC aurait juste posé « un acte politique » dans une stratégie visant non seulement à distraire le régime de Yaoundé tout en fourbissant ses armes juridiques pour la phase du contentieux, mais aussi à mettre la pression sur les membres du Conseil constitutionnel dont l’opposition doute de la neutralité au regard de leur proximité avec le parti au pouvoir.

Arthur Wandji

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