Docteur André Francis Mfegue : « On ne peut pas trouver la vraie chloroquine au Cameroun. »

Le 30 mars dernier, le Laboratoire National de Contrôle de Qualité des Médicaments et d’Expertise du Cameroun (Lanacome) dénonçait la présence sur le marché du médicament, d’une chloroquine contrefaite. Selon le communiqué publié par Lanacome, le médicament contrefait avait été introduit dans le circuit de commercialisation, à la suite des déclarations de certains médecins qui annonçaient, il y a quelques jours, que la chloroquine avait des propriétés curatives contre le Covid 19. Docteur Andre Francis Mfegue, pharmacien au district de santé de Biyem-Assi, revient sur cette actualité et présente les conséquences de la consommation d’un médicament de mauvaise qualité.

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Qu’est-ce qu’un faux médicament ?

Dans votre question il y a immédiatement deux notions qui le viennent à l’esprit, d’une part les médicaments contrefaits et d’autres part les médicaments non conformes. Il est à noter que dans les deux cas, les deux produits sont impropres à la consommation. Le plus souvent, le terme générique de faux médicaments renvoie aux médicaments de la rue et dont aux médicaments contrefaits. Ceci dit le “faux médicaments” ou médicaments contrefait est un produit qui est délibérément et frauduleusement muni d’une étiquette n’indiquant pas son identité et/ou sa source véritable. Il peut s’agir d’une spécialité ou d’un générique. Parler de médicaments contrefait (faux médicaments) c’est parler des produits qui ne contiennent pas le plus souvent des principes actifs et s’ils en contiennent, ce principe se trouve parfois en quantité insuffisante et le conditionnement (emballage) et dans la plupart des cas falsifié. Je voudrais que le citoyen lambda note le caractère illicite et dangereux des faux médicaments puisque dans la plupart des cas ces produits sont inefficaces contre les maladies et peuvent même mettre en danger la vie du patient.

Comment fait-on pour reconnaitre un médicament contrefait ?

Il n’est pas évident, pour un non professionnel, de reconnaître un médicament contrefait. Ce que je dis est tout à fait logique dans le sens où le médicament contrefait est fait dans la logique ou il doit ressembler à un vrai médicament. Ceci ne veut pas dire que le ministère de la santé avec tous ses experts n’a pas les moyens de reconnaitre un faux médicament bien au contraire, notre pays est doté de deux institutions capables de conforter les professionnels du médicament que sont les pharmaciens et la population de la qualité des médicaments qu’ils distribuent où consomment. Je veux parler de la DPML dont la mission est entre autre d’homologuer les médicaments et le Lanacome donc les missions sont entre autres de contrôler la qualité des produits pharmaceutiques sur toutes l’étendue du territoire. Il serait intéressant, même si cela était possible, de dire aux usagers comment reconnaître un médicament contrefait (faux médicaments), je préfère encourager les usagers, les patients à acheter leurs médicaments dans des endroits sûrs. Le seul endroit sûr que le pharmacien que je suis connaisse c’est la pharmacie.

Revenons à la question de la chloroquine qui est vendue actuellement dans le circuit du médicament, qu’en est-il exactement ?

Justement pour déboucher sur cette question de la chloroquine en rapport avec l’actualité sur le Covid19, j’aimerai préciser que le ministre de la Santé a fait une communication relative à la prise en charge des malades du Covid19 par l’Etat. Cependant la circulation anarchique des informations dans les réseaux sociaux fait en sorte que les usagers essayent de se soigner eux-mêmes en se ruant vers la chloroquine qui avait été annoncée par certains experts comme pouvant traiter cette maladie. A notre niveau, nous avons essayé de sensibiliser les usagers de ne pas se lancer vers cette course folle à la chloroquine. Ce qui est important de savoir c’est que la chloroquine qui était utilisée pour traiter le paludisme, avait été retirée depuis longtemps du marché du médicament, à cause des multiples résistances qu’on avait. De ce fait, il n’est pas évident de retrouver la chloroquine de nos jours dans une structure sanitaire agréee qui s’approvisionne dans le circuit normal. Par contre l’hydroxy chloroquine (PLAQUENIL) pouvait, il y a de cela 2 ou 3 semaine, être retrouvée dans certaines pharmacies. Mais celle-ci était prescrit dans le cadre de la prise en charge des polyarthrites rhumatoïde et non du paludisme. Maintenant avec le Covid 19, des personnes mal intentionnées ont trouvé l’opportunité pour se faire de l’argent, en produisant de la fausse chloroquine qui n’a pas d’autorisation de mise sur le marché au Cameroun. Il n’est donc pas envisageable pour un usager, en l’état actuel des choses, de trouver de la vraie chloroquine au Cameroun. Et s’il faut que la chloroquine revienne sur le marché, il faut attendre que les autorités mettent toutes les machines en marche pour que ce médicament soit remis sur le circuit normal de vente du médicament. Je suis donc désolé, attristé, voire même effrayé de voir que les usagers accourent vers ce qu’on leur vend et qu’on dit être de la chloroquine. Ceux qui consomment ces produits s’exposent à des complications graves. Il faut déjà préciser que si vous consommer la chloroquine originale sans le contrôle d’un médecin, vous vous exposez en cas de surdosage à un arrêt cardiaque ou respiratoire.

D’où viennent ces médicaments de mauvaise qualité ?

Les origines sont multiples, dans le cas des médicaments non conformes, ce sont des laboratoires déjà connus qui lors du processus de fabrication peuvent faire des erreur (mais c’est extrêmement rare). L’avantage dans ce cadre c’est qu’il existe un réel système de traçabilité des médicaments. Je dis toujours, c’est lors d’un contrôle qualité qu’on se rend compte qu’un médicament est contrefait ou non conforme. Dans le cas des médicaments contrefaits, il faut déjà voir de prime à bord, l’aspect illégal de ces médicaments. Maintenant n’importe qui peut s’asseoir et faire des mélanges douteux qu’il emballe et introduit dans le marché noir. Ce sont des gens qui fabriquent ces faux produits pour tromper les populations. Il arrive aussi et ce dans la plupart des cas que certaines personnes importent de façon totalement illicite des faux médicaments. Dans ces médicaments, on n’est jamais sûr qu’il y ait effectivement un principe actif et quand bien même il y en a, est ce que c’est le bon dosage, autant de question à n’en point finir.

Quelles sont les conséquences d’un médicament contrefait sur la santé ?

Les conséquences sont légions. Elles peuvent aller de la simple incapacitation du patient jusqu’à son décès. Imaginez-vous qu’un patient qui a le paludisme prenne un médicament qui n’a pas de principe actif, il sait qu’il se soigne, alors qu’il ne prend aucun médicament, son état va tout simplement empirer. Imagions un autre scenario où à l’intérieur d’un médicament, on a mis un poison, vous l’avalez, vous mourez. Il faut donc dire qu’il n’y a que du mauvais dans le médicament contrefait. De mon avis de pharmacien, l’Etat fait déjà beaucoup d’efforts pour lutter contre les médicaments contrefaits, et nous ne pouvons pas abandonner l’Etat dans cette guerre contre le médicament contrefait. Ce n’est pas une guerre qui concerne uniquement le ministère de la santé, c’est une guerre qui concerne tout le monde. Il est donc important que les populations comprennent et s’inscrivent dans cette bataille que mènent les autorités, en s’approvisionnant uniquement en médicament dans les circuits officiels.

Interview réalisée par Joseph Essama

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